Par Lionel Thompson

Je n'ai pas l'impression de faire du business. C'est tellement gratifiant de faire naitre des bébés et de rendre nos clients heureux

Propos d'un médecin obstétricien interrogé dans son cabinet de l'Upper East Side, un des quartiers les plus chics de la ville de New York.

Ce praticien propose tous les services imaginables autour de la conception : la fécondation in-vitro, bien sûr, mais aussi la congélation d'embryons, la vente d'ovule et de sperme, les mères porteuses et les diagnostics préimplantatoires.

Il ne fait pas de business, dit-il, mais il a fait fortune dans un commerce qui est interdit en France, celui de la procréation médicale assistée qui a atteint aux États-Unis un niveau inimaginable chez nous.

C'est le supplément hebdomadaire du journal Les Echos, qui y consacre cette semaine un long et très instructif article que vous pouvez trouver aujourd'hui encore en kiosque ou sur internet. Ce que le journal appelle "Les milliards des bébés dollars".

Ce qui y est décrit choquera sans doute ceux qui considèrent qu'on ne peut pas faire commerce de tout, et notamment du vivant. Car ce qui ressort de cet article, c'est que les États-Unis ont pris une "avance" étonnante dans ce domaine par rapport aux pays Européens.

Dans l'article de Lucie Robequain, on apprend par exemple ce qu'est une "egg freezing party", littéralement une "soirée congélation d'ovule", un peu sur le mode réunion Tupperware, où les femmes viennent s'informer sur cette pratique. Une pratique encouragée par des entreprises comme Apple ou Facebook, qui aident même leurs salariées à la financer pour qu'elles restent au travail et repoussent leur grossesse à plus tard, explique la journaliste.

Une pratique critiquée par une journaliste britannique interrogée : "Avec ces prétendus progrès sociaux les entreprises laissent entendre que le travail passe avant la famille et la santé", note-t-elle. Une femme d'affaire américaine répond : "la pilule a permis de libérer la femme, en lui donnant le choix du moment où elle faisait des enfants. La congélation d'ovules procède de la même logique : elle permet aux femmes de maîtriser au mieux leur calendrier".

Deux façons radicalement différente d'envisager ces pratiques. Chacun se fera son opinion. Le fait est qu'un nombre croissants de couples américains et étrangers se tournent vers ces pratiques, profitant de la réglementation très libérale aux États-Unis. C'est un marché qui pèse 4 milliards de dollars par an. Et l'article ne cache rien de ses turpitudes. Les dons d'ovules ou les mères porteuses qu'on sélectionne sur leur supposées qualités génétiques. Une étudiante mesurant plus d'1m75 et affichant d'excellents résultats au Bac peut monnayer ses ovules jusqu'à 40.000 dollars, tandis qu'une femme "normale" ne peut en espérer que 10.000 dollars, explique la journaliste. La sélection des embryons en fonction de leur sexe. Ou encore ces parents qui changent d'avis en cours de route et demandent à la mère porteuse de garder l'enfant parce qu'ils divorcent ou que le fœtus présente une anomalie.

En Italie, la cohabitation entre le loup et les bergers n'est pas aussi simple qu'on le dit parfois

Les défenseurs du loup en France présentent souvent l'Italie comme un modèle de bonne entente entre le canidé sauvage et les éleveurs de moutons. Mais un reportage d'Audrey Garric publié dans le Monde daté d'aujourd'hui montre que les choses ne sont peut-être pas aussi simple et que "La guerre des loups gagne l'Italie", comme le dit le titre de l'article.

A tel point que face à la colère de certains éleveurs, le gouvernement italien pourrait bien légaliser l'abattage du loup, ce qui serait une première dans ce pays où il est strictement protégé depuis 1971, explique la journaliste.

En fait, le reportage montre bien qu'en Italie, comme en France, ce sont deux conceptions différentes du pastoralisme qui s'opposent. Dans le parc national des Abruzzes, où ont été menées les premières campagnes de protection du loup et où il est devenu une attraction touristique, les bergers semblent avoir adapté leur pratique et s'en accommoder. « Mon grand-père me disait : “Si tu veux élever des moutons, tu dois en compter quelques-uns en plus pour le loup.” », explique ainsi Gregorio. Une sagesse ancestrale aidée par des dédommagements rapides des éleveurs par le parc en cas d'attaque de loup.

Mais une sagesse ancestrale que n'entendent pas les éleveurs d'autres régions italiennes. "Nous avons perdu un millier de brebis en 2016", note Carlo, éleveur toscan. Ce n'est pas tant le nombre de brebis tuées que les conséquences sur le troupeau qui l'inquiète. Il explique que les éleveurs des Abruzzes produisent surtout de la viande, alors qu'eux produisent du lait. Et qu'un troupeau stressé par une attaque de loup produit deux fois moins...

Quoi qu'il en soit, le plan d'abattage de loup envisagé par le gouvernement italien désole le directeur du parc des Abruzzes : avec ce plan, nous retournons quarante ans en arrière », conclue-t-il.

La campagne électorale pour l'élection présidentielle occupe toujours une place importante dans les journaux ce matin

Même si les unes n'y sont pas toutes consacrées, la campagne fait quelques gros titres... La Dépêche du Midi et Ouest France font le décompte des candidats après la clôture des parrainages auprès du Conseil constitutionnel hier. "11 au départ" titre la Dépêche du Midi. Ce qui provoque cette question de Bruno Dive, dans Sud-Ouest : "A-t-on vraiment besoin d'autant de candidats ? " Et l'éditorialiste ajoute "qu'il serait temps de chercher un autre système pour la sélection des prétendants".

L'actualité du jour dans la campagne, elle est surtout à gauche, avec le rassemblement auquel appelle aujourd'hui Jean-Luc Mélenchon place de la Bastille à Paris. "Mélenchon, dernière ligne gauche", écrit Libération qui indique que cette manifestation doit marquer un tournant pour le candidat de la France Insoumise qui a prévu, dans la dernière ligne droite, d'être plus présent sur le terrain après avoir privilégié les médias et internet.

Plusieurs éditorialistes commentent à cette occasion la division qui persiste à gauche, en rejetant plus ou moins explicitement la faute sur Jean-Luc Mélenchon, "qui préfère de toute évidence la pureté solitaire au compromis collectif", écrit ainsi Laurent Joffrin dans Libération. Tandis que Florence Chedotal, dans la Montagne, considère que "Mélenchon n'est pas du genre à se laisser prendre par de vieux sentiments".

Pour le Figaro, c'est "Un week-end test" non seulement pour Jean-Luc Mélenchon, mais aussi pour Benoît Hamon, qui sera en meeting demain à Bercy. Pour le quotidien de droite, les deux candidats de gauche "à la peine, tentent de relancer leur campagne".

Et pendant ce temps François Fillon est toujours empêtré dans les affaires

Rien n'y fait, les affaires lui collent aux basques, comme le sparadrap du capitaine Haddock... Et plusieurs de vos quotidiens reviennent ce matin sur la dernière en date : celle des costumes que lui a offert le sulfureux Robert Bourgi, grande figure de la "Françafrique".

"François a un côté bourgeois, il n'aurait jamais dû se faire payer ses costards par Bourgi", regrette un de ses proches dans Libération. "Mais il n'y a pas de contrepartie en Afrique", s'empresse-t-il d'ajouter. Cela reste à prouver. Renaud Lecadre rappelle que, même si c'est le cas, ces achats de costumes pourraient constituer d'autres délits, certes moins grave. Comme l'infraction au code monétaire et financier qui prohibe tout paiement en espèce supérieur à 3000 euros (et même 1000 euros depuis juin 2015). Ou bien un manquement de François Fillon à ses déclarations fiscales, au titre des dons manuels.

Libération qui note dans un autre article que de nombreux cadres Les Républicains penseraient déjà à l'après-élection face aux mauvais sondages. "Cela va bien finir par s'arrêter. Après tout, l'opinion est contre la torture", note avec ironie un élu dépité.

Pour terminer, une autre façon de voir la campagne

Avec les ouvriers de l'usine Whirlpool à Amiens, promise à la fermeture. Ou ceux des autres sites industriels déjà fermés de cette ville. La ville d'Emmanuel Macron ou de François Ruffin, le journaliste auteur du documentaire Merci Patron ! et candidat aux prochaines élections législatives pour la France Insoumise.

C'est le site Médiapart qui consacre un long article aux ouvriers de cette ville où l'industrie est sinistrée... Leur sentiment est assez bien résumé par un délégué CFDT de l'usine Whirlpool : « Il faut être franc, on n’intéresse pas grand monde. On fait partie d’une classe dont on ne s’est jamais occupé, personne n’a jamais rien fait pour nous ».

Plus loin le patron de la CGT dans le département rappelle : « Pour la dernière présidentielle, presque tous les candidats étaient venus voir les Whirlpool, ils s’étaient engagés à agir, en disant que les licenciements étaient anormaux pour un groupe engrangeant les bénéfices [...] Mais une fois qu’ils sont arrivés au pouvoir, il a fallu se rendre à l’évidence : c’était des promesses en l’air. »

Tous les observateurs rencontrés par les deux auteurs de l'article, Dan Israel et Donatien Huet, craignent une explosion de l’abstention et observent avec une grande inquiétude la montée, ininterrompue depuis 2012, du vote FN dans le département. « Ici, le ressort du vote FN est très simple, conclut une militante... Les immigrés, c’est ceux qui viennent piquer le boulot. La peur des étrangers, c’est la peur de perdre son travail. »

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