Bonjour à tous… C’est un « incident » qui fait la première page des quotidiens ce matin ! Un petit rien, une bêtise, comme la mort de la jument grise de la Marquise ou le premier accroc à 200 francs du roman d’Elsa Triolet. L’ennui, évidemment, c’est que l’incident en question coûte la bagatelle de six cents millions d’euros aux Caisses d’Epargne, dont le slogan 2008 prétend justement « Mieux vivre avec votre argent ». En pleine crise financière, six cents millions d’euros, évaporés, envolés, qui provoquent la colère de Madame Lagarde et contraignent le président de la République, Nicolas Sarkozy, à exiger des sanctions. Six cents millions ! Imaginez pour ce prix-là un train de 1.200 péniches résidentielles, garées le long de la Seine, à partir du pont de l’Alma. Imaginez une ville de 2.500 maisons en pays bigouden. Imaginez l’argent pour 60.000 personnes qui auraient besoin par exemple de se faire refaire les dents. Voilà ce qu’ont joué trois traders de l’Ecureuil qui n’avaient pas le droit de le faire. D’où ce titre du PARISIEN : « Scandale à la Caisse d’Epargne ». Et cette fiche signalétique d’un groupe dont la richesse estimée à 20 milliards d’euros, est bâtie sur le fameux livret A, considéré comme un placement de père de famille. L’Ecureuil, c’est 2.000 agences en France. 27 millions de clients. 50.000 collaborateurs. Le 2ème distributeur des produits d’épargne, le 2ème banquier de l’immobilier des particuliers. Que s’est-il passé ? Qui est responsable ? Ce sont les questions du PARISIEN, lequel considère qu’accuser les seuls traders des Caisses est peut-être aussi court que de s’en tenir à Jérôme Kerviel dans les pertes abyssales de la Société Générale. Et le quotidien, qui consacre un dossier à l’affaire, de se demander si Monsieur Charles Milhaud, le Président du groupe Caisse d’Epargne, et Monsieur Nicolas Mérindol, le directeur général, seront oui ou non éjectés de leur fauteuil par le Chef de l’Etat qui a semblé réclamer leur tête ! En attendant, LE PARISIEN cite un banquier, malheureusement anonyme, qui déclare : « Nous sommes tous dans une grande rage froide. Alors que la profession bancaire s’efforce tant bien que mal, de redorer son image depuis le déclenchement de la crise, quelques traders incontrôlés vont suffire à nous ramener à la case départ ». Fin de citation. Rage froide aussi au journal LA PROVENCE à Marseille, au REPUBLICAIN LORRAIN à Metz, où l’on trouve aussi que ces 600 millions perdus tombent plutôt mal. Rage froide enfin de Jacques Camus, dans la REPUBLIQUE DU CENTRE, lequel Jacques Camus considère qu’en parlant d’incidents, les dirigeants des Caisses d’Epargne, se sont montrés très économes… de leurs mots. « La communication de crise », écrit l’éditorialiste de la REPUBLIQUE, « est un art difficile, surtout en temps de crise ». Mais on se demande combien il aurait fallu de pertes à l’Ecureuil aux dents trop longues pour reconnaître un accident boursier. Et non pas un incident boursier, survenu au département « dérivés actions ». L’HUMANITE enrage elle aussi, au point de titrer : « Après Kerviel à la Société Générale, l’Ecureuil croque lui aussi les fruits pourris des marchés financiers ». Yves Housson, qui signe l’enquête du quotidien communiste ce matin, de rappeler qu’il y a 15 jours, le CANARD ENCHAINE affirmait que l’Ecureuil était en peine de 6,5 milliards et demi de fonds propres. Six milliards et demi à trouver. Le Directeur général du groupe, Monsieur Mérindol, avait démenti l’article du CANARD et prétendu que les Caisses d’Epargne étaient à l’abri de la tourmente qui affectait les marchés financiers. Il avait même assuré que le niveau de risques des Caisses d’Epargne était le plus bas de France. Commentaire de l’HUMANITE : « Venant après les graves déboires subis par la banque Natixis, filiale commune de la Caisse d’Epargne et des Banques populaires, cet « incident » va semer une légitime inquiétude parmi les petits épargnants en montrant que leur banque préférée, réputée si sage, s’est finalement livrée aux mêmes jeux spéculatifs que les établissements privés. Il pourrait aussi compliquer le projet de mariage du groupe avec les Banques populaires, projet annoncé il y a quelques jours. ». Bruno Frappat dans sa chronique de LA CROIX se montre plus charitable. Après tout, ses lecteurs sont chrétiens, il l’est aussi. Et il écrit : «Attention, attention à ne pas provoquer un haro sur les banquiers. Cette nouvelle forme de haine qui se développe insidieusement ces temps-ci. On assiste en effet », écrit Frappat, « au retour en force du personnage du « banquier ». Il est plein de morgue, de mépris pour les petits, il s’en met plein le coffre-fort pendant que souffrent les taraudés du « pouvoir d’achat ». Pas un problème, pour lui, le pouvoir d’achat. S’il réussit, on le couvre d’or. S’il commet des erreurs, on le chasse, couvert d’or ». « Telle est », dit-il, "la nouvelle imagerie à la mode. Vous verrez qu’un jour reviendront les caricatures à gros cigares, haut de forme, personnages ventripotents, en attendant les nez crochus ». Et il conclut : « il serait bon de se méfier, de ne pas inventer sous cette forme-là des boucs émissaires, des ennemis publics. On sait où et quand commence la haine. On ne sait jamais où elle s’arrête. Donc restons calmes. Crise toujours. 2 surprises dans le Figaro… D’abord à la foire du livre de Francfort, il y a un auteur, qui revient très, très, très fort, c’est Karl Marx. Son éditeur se réjouit en disant : « Je n’en ai jamais vendu autant que cette année, même si beaucoup achètent Karl Marx ces temps-ci, mais ne le liront pas, car c’est plutôt ardu et touffu!». J’en profite pour rappeler que Raymond Aron, qui n’était pas Marxiste, considérait que Karl Marx était le plus grand philosophe, économiste aussi, du 19ème siècle. Et puis page 2 aussi il y a cela à lire dans le FIGARO aujourd’hui. C’est un reportage de Stéphane Kovacs en Islande, où vous le savez, tout le pays a fait faillite. Je détache du reportage de Stéphane Kovacs le commentaire d’un Père, qui est le Père Rolland. Il est chancelier du diocèse de Reykjavik et alors il a organisé, lui, plusieurs veillées de prières et des dîners gratuits pour ses paroissiens qui vivent plutôt dans un pays en faillite. Et au cours de ces veillées, ces dîners, le Père en question dit : « Au moins constate-t-on déjà dans notre pays un retour aux vraies valeurs, la famille, la solidarité, l’éducation. Maintenant », dit-il, « les jeunes qui ont souvent été trop gâtés, vont retrouver des joies simples, le plaisir d’être ensemble. Leurs grands-parents, qui en ont vu d’autres, leur apprendront à accommoder les restes de poisson ». Je me demande si cette leçon-là ne pourrait pas un beau jour être prise dans certains médias, à propos des faillites à venir. Scandale encore, qui celui-là n’a rien à voir avec l’honneur perdu du capitalisme, comme l’écrit le journaliste de l’HUMANITE, mais plutôt l’honneur perdu et retrouvé de Milan Kundera. Je voudrais citer les journalistes qui n’ont pas pu se retenir, à ce qu’ont lancé tous les médias la semaine dernière, c’est-à-dire ce que dit Kundera lui-même. « Lundi dernier j’étais un salaud. Et j’étais un salaud pour la planète entière ». Et bien il y a des gens qui ne se sont pas contentés de cette information de base. Venu de Prague en 1950, dans un pays où tout était manipulation. Et ces journalistes-là je veux les citer parce qu’ils font honneur à la profession. Il y a Benoit Dutertre dans le FIGARO, Elisabeth Lévy dans le POINT et puis il y a Yasmina Reza dans le MONDE. Et dans Le MONDE daté samedi-dimanche, c’est Yasmina Reza qui défend vraiment et bien comme nous devrions tous le faire, Milan Kundera. Elle écrit ceci : « En quelques secondes, en quelques minutes de temps médiatique, la vie d’un homme peut être balayée, niée, salie à jamais, sans qu’une enquête sérieuse, indépendante, ne vienne corroborer l’accusation portée contre lui et relayée à la vitesse de l’internet. C’est sur la base d’un rapport attribué à la police communiste à Prague en 1950, que l’écrivain français d’origine tchèque. Et quel écrivain, quel écrivain. Nobélisable, il aurait mérité d’avoir, il l’aura probablement un jour, le Prix Nobel. Et bien voilà on l’a soupçonné d’avoir été un délateur au service du pouvoir, un salaud. Et bien non Kundera n’est pas un salaud. Et Benoit Dutertre a eu raison de demander dans le Figaro : « Mais qui en veut à Kundera ». Peut-être des gens qui n’apprécient pas que ce soit vraiment un des plus grands écrivains vivants aujourd’hui.

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