Bonjour à tous. « Les rois sont avec leurs ministres, comme les cocus avec leurs femmes : ils ne savent jamais ce qui se passe ». C’est Voltaire qui parlait ainsi de l’aveuglement de la monarchie. Mais s’il faut en croire les journaux, le propos vaudrait aussi pour Nicolas Sarkozy… A mi-mandat, le Président de la République sait-il ce qui se passe ? Sent-il toujours aussi bien les vibrations du pays. A-t-il exactement mesuré l’état de tension de sa majorité. « Il y a un climat malsain », reconnaît ce matin le ministre de l’Education Nationale, Luc Châtel, interviewé par le PARISIEN. «Un climat médiatico-politique qui entretient une sorte de chasse à l’homme. Hier, Frédéric Mitterrand était la cible. Aujourd’hui, l’homme à abattre est Jean Sarkozy. Qui est le prochain sur la liste ? Analyse voisine de Georges-Marc Benamou dans NICE-MATIN.. « Il y a 3 semaines », écrit-il, « il fallait tuer Villepin en place publique et montrer son scalp à la télé ! . Il y a quelques mois on bouffait du banquier, comme on bouffait jadis du curé. Il y a des semaines, c’était Ségolène puis Raymond Domenech qui passaient à la moulinette des humeurs. A quel poteau le pendre celui-là… Mais ça va mieux. La France du football n’a pas trébuché cette semaine. Alors allons-y, après Frédéric Mitterrand, Jean Sarkozy, mais quelle que soit l’idée que l’on se fait de cette nomination-élection, pourquoi tant de haine à la fois archaïque et post-moderne ? « Sale temps, soupire le chroniqueur de NICE-MATIN… Sale temps de chasse à l’homme public, s’il est comestible médiatiquement. On a connu ça dans les années trente, quand il s’agissait de tuer l’adversaire avec des campagnes immondes, obsessionnelles ». On retrouve cette ambiance aujourd’hui, amplifiée jusqu’au vertige par internet ». Cette analyse du climat 2009, n’empêche pas le même Georges-Marc Benamou de souligner que ça chauffe à droite, contre Nicolas Sarkozy. La preuve, écrit-il, Jean-Pierre Raffarin, formidable baromètre, bon indicateur des humeurs de la majorité, est sorti de sa tanière, pour critiquer publiquement le Président de la République, sur les dysfonctionnements du système. Et Cardo, et Longuet, et Copé, font entendre aussi une musique critique. Gare, conclut le chroniqueur de NICE-MATIN, le vieux Président Mitterrand l’avait prédit. « Un jour, avait-il dit, après moi il y aura une crise, les députés-godillots se révolteront ». Le JOURNAL du DIMANCHE analyse lui aussi, sur trois pleines pages, ce que le consultant Jean-Luc Parodi appelle la relation complexe de Nicolas Sarkozy avec l’opinion. La côte de popularité du Président de la République, écrit-il, est tombée de 65 % en août 2007 à 38 % aujourd’hui. Au départ le Chef de l’Etat était largement crédité dans l’opinion de son volontarisme optimiste. Deux ans et demi plus tard, à mi-mandat, Nicolas Sarkozy voit sa côte de popularité s’effondrer dans une société française, fragile et angoissée. Son interprétation personnelle et narcissique de la Présidence était tolérée quand les choses allaient bien. Elle est peu supportable quand ce n’est plus le cas. 31 points de moins, souligne Jean-Luc Parodi, c’est l’équivalent de 12 millions d’électeurs passé du soutien au mécontentement. Et le JOURNAL du DIMANCHE de remarquer dans son dossier que c’est plutôt dur de réformer par temps de crise, avec des déficits records et un chômage approchant des 10 %... Il faudra pourtant, ajoutent mes confrères, rebondir après les polémiques, trouver un nouveau souffle et à 6 mois des élections régionales, rassurer la majorité. On a déjà entendu ça… sous Chirac, sous Giscard, sous Mitterrand. D’ailleurs quand Cécile Amar, pose la question à François Hollande… « Le pays est-il bloqué au bord de l’explosion sociale ? »… l’ancien Premier Secrétaire… lucide, réplique : « N’exagérons rien, il est plutôt exaspéré »… Nicolas Sarkozy paie aujourd’hui le prix de ses promesses non tenues. Il voulait être le candidat des usines, il est celui de leur fermeture. Il prétendait garantir le revenu des agriculteurs, ils l’ont perdu. Souvenez-vous de son slogan 2007 : « Gagner plus ? ». Pour qui, en 2009, demande François Hollande, est-ce une réalité. Je signale au passage que HARA-KIRI, le Journal Bête et Méchant des dernières années du siècle dernier, publie un recueil de ses publicités détournées, avec un texte anti-pub signé Cavanna, sur des photos-montage du professeur Choron. Or, sur l’une d’elle, où l’on voit un cadre surmené alimenter au goutte à goutte… je lis à ma grande surprise : « Vous qui n’avez qu’une pensée : travailler plus pour gagner plus et gravir les échelons de la réussite : doublez votre puissance de travail avec Nescafé en goutte à goutte ». HARA-KIRI… année 70… Nicolas Sarkozy avait l’âge de son fils Jean. Wolinski, en page 2 du JOURNAL du DIMANCHE évoque tout cela d’une petite pointe de crayon plutôt aimable. Sur son dessin, Sarko en Lucky Luke trotte dans le désert, direction Sarkoland. Derrière lui, Carla trotte aussi, avec sa guitare. « I am a poor lonesome cow-boy” chante Lucky Nicolas… Derrière le couple présidentiel, Jean Sarkozy arrive à fond de ballon “Eh, papa, attend-moi”. Bruno Frappat, dans sa chronique de LA CROIX interroge : « c’est loin la Défense ? Juste après Neuilly. On ne peut pas se tromper, c’est tout droit. Après une fois arrivé, ça tourne dans tous les sens ». Mais attention conclut Frappat, à la concurrence père-fils et attention aux ambitions véloces qui je le cite, n’attendent l’âge de la décence pour se faire les griffes sur le réel ». Quelques bonnes lectures, pour conclure… Dans l’hebdo protestant, REFORME, l’opinion d’un théologien suisse évoquant Roman Polanski, sa vie, son œuvre et écrit-il, sa dignité. Il s’appelle Denis Muller, voici sa conclusion : « Il y a l’affaire jugée et l’affaire à juger . Dans cette perspective le plus important est que Roman Polanski retrouve la parole vraie et digne d’un homme responsable ». Dans VALEURS ACTUELLES, éditiorial sur le thème des valeurs justement, signé par François d’Orcival, il vaut le détour. Il est intitulé « Désordres » et se termine ainsi : « On trouve dans les passionnantes pages du récit d’Edouard Balladur de sa cohabitation avec François Mitterrand, à la date du 19 avril 1995, cet échange réconfortant. Balladur venait de traverser des moments difficiles. A Mitterrand qui lui en faisait la remarque, il dit : « Vous connaissez l’histoire de Saint Louis de Gonzague à qui l’on demandait ce qu’il ferait si on lui annonçait qu’il allait mourir dans une heure ? ». « Oui, dit Mitterrand, mais rappelez-là-moi ». « Il était très jeune et il a répondu : « Je continuerais à jouer à la balle ». « Et Mitterrand ajouta : « c’est cela qui compte : la paix intérieure. Il y a des tourbillons qui agitent les choses mais, au-dessous, l’âme reste un lac calme ».

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