Toc, dans les dents…

Mais veut donc la peau d’Auguste Renoir ? Posée en ces termes, la question prête à sourire. Et pourtant, l’affaire est sérieuse, si l’on en juge par l’écho que lui donnent les journaux : deux pleines pages dans SOCIETY, et toute une page dansM, LE MAGAZINE DU MONDE, qui nous explique qu’un collectif, né aux Etats-Unis, réclame aujourd’hui qu’on décroche des musées toutes les toiles du maitre de l’impressionnisme. Pourquoi ? « Parce que c’est moche, ses tableaux sont nauséabonds, une collection de gribouillis » , rétorque, sans rire, Max Geller, le jeune Américain à l’origine de ce groupe baptisé, sur Internet, ‘Renoir Sucks At Painting’ . Traduction : ‘Renoir craint vraiment en peinture’ … Un groupe qui multiplie les initiatives : pétition déposée sur le site de la Maison Blanche, et manifestation devant le musée des Beaux-arts de Boston, avec des panneaux sur lesquels on pouvait lire que « Renoir, c’est nul » . Renoir, qui compte pourtant, et depuis des années, parmi les peintres les plus côtés du marché de l’art… « Mais ce n’est pas le premier artiste encensé sans raison. Les gens se plantent tout le temps » , analyse l’initiateur du collectif, dont la démarche ne tient pas seulement de la pochade : en exigeant le retrait des œuvres de Renoir, il entend surtout dénoncer la dictature du « bon goût » qu’imposent, selon lui, les musées. Et du côté des pro-Renoir, qu’est-ce qu’on pense de cette action ? Eh bien, pas de surprise : on proteste, on s’indigne, on s’insurge… Ainsi Geneviève Renoir, l’une des descendantes du peintre, qui, sur internet, a répondu par une pirouette à l’insolent qui veut démolir le prestige de l’œuvre de son aïeul : « Quand ton arrière-arrière-grand-père aura peint quelque-chose qui vaut 78 millions de dollars, t’auras le droit de critiquer ! » Et toc, dans les dents !

Toc dans les dents : c'est également ce qu'on peut dire à la lecture de l'entretien que le JOURNAL DU DIMANCHE met à sa Une ce matin... Une interview de Philippe Martinez, le leader de la CGT, qui explique tout le mal qu'il pense de l'action du gouvernement...

Et c'est avant tout sur Manuel Valls qu'il cogne - c'est lui dont il veut la peau... Un Premier ministre qui, dit-il, "s'entête à ignorer les salariés"... "Dans la crise à Air France, il n'a pas eu un mot pour les 3.000 personnes qui seront bientôt licenciées...Et pas un mot non plus quand ceux qui, après l'épisode de la chemise déchiré, ont été arrêtés chez eux, devant leur famille, puis gardés à vue 36 heures, comme des malfrats de la pire espèce... Pas un mot pour dire que c'est exagéré." Mais bon, ces salariés, Manuel Valls les avait qualifiés de "voyous", provoquant du reste la colère de la centrale syndicale... Philippe Martinez : un homme en colère et qui boycottera demain la grande conférence sociale lancée par le chef de l'Etat... D'ailleurs, pour lui, François Hollande est, sur le plan social, "dans la continuité de son prédécesseur"... Raison pour laquelle l'exaspération sociale ne cesse, d'après lui, de grandir... Une exaspération dont le brun moustachu se fait chaque fois le relai quand il croise des ministres... "Chaque fois, on leur dit : "Faites attention, ça va exploser." Mais eux, ils nous répondent de calmer les salariés. Or, à la CGT, on n'est pas les pompiers de service ! On n'est pas là pour réparer les bêtises du patronat ou celles du gouvernement !" Parmi ces bêtises : l'accord signé vendredi sur les retraites complémentaires... Accord que le syndicaliste juge tout simplement "scandaleux", car les économies seront faites "sur le dos des salariés"... Un point de vue tempéré toutefois par Dominique de Montvalon, qui, dans son édito, estime que cet accord est au contraire "une réussite indiscutable du tandem Hollande-Valls ; une réussite qui fera date et qui montre à la fois que le dialogue social existe, et que malgré la crise, l'exécutif n'est pas totalement impuissant."

A propos de la CGT, je vous conseille la lecture des confidences de l'un de ses anciens leaders dans les colonnes de SOCIETY … Croustillantes confidences de Bernard Thibault, qui a dirigé le syndicat pendant quatorze ans… Quatorze ans à faire descendre les gens dans la rue, et à côtoyer les plus hautes sphères du pouvoir… Il se souvient ainsi de ce ministre du travail lui expliquant, le jour de leur première rencontre : « Je vous préviens, je n’y connais rien en matière sociale, et je n’ai pas l’intention de m’y mettre. Mais mon chef m’a dit que c’était un passage obligé pour mon cursus ministériel. » Malheureusement, Bernard Thibault ne donne pas le nom du ministre… En revanche, il donne des détails sur les menaces qu’il a subies, au début des années 2000 ; un chat égorgé retrouvé devant sa maison, mais aussi une tête de cochon, transpercée d’un poignard, avec ce message accroché : « La prochaine fois, ce sera toi. » Aujourd’hui, l’ancien cheminot œuvre pour l’Organisation Internationale du Travail, et il s’amuse quand, dans la rue, les gens lui réclament des selfies… « Ce qui est marrant, raconte-t-il, c’est ceux qui se trompent de profil… Ils me reconnaissent, parce qu’ils m’ont vu à la télé, mais ils ne savent plus dans quel cadre… » Par exemple, il est arrivé qu’on le prenne pour un présentateur de la météo. Un jour, quelqu’un l’a également confondu avec Jacques Dutronc… Ils n’ont pourtant pas le même coiffeur. Et toc, dans les cheveux !

Au sujet de la télévision, LE PARISIEN fait ce matin sa Une sur crise qui couve à Canal +... "Canal + au plus mal", titre le quotidien, qui nous explique que la reprise en main de la chaîne crypté par le milliardaire Vincent Bolloré, reprise en main musclée, n'a pas freiné la chute d'audience de ses émissions... Bien au contraire, c'est de pire en pire... Depuis la rentrée, les programmes en clair ont perdu, en moyenne, 40% de leurs téléspectateurs... Même près de 50% pour le mythique "Grand Journal", et plus encore pour le "Canal Football club"... Les programmes cryptés ne font pas mieux... Ainsi la saison 2 des "Revenants" est un bide... Et, qui dit "moins d'audience" dit aussi nettement moins de recettes publicitaires"... Les spots de réclames sont bradés pour la période de janvier... Signes catastrophiques pour une chaîne qui n'est plus celle de l'impertinence et qui pourrait, dès lors, connaître une autre chute : celle de ses abonnements... Bref, c'est la panique générale, si l'on en croit le journal...

Et puis LE CANARD ENCHAINE nous apprend cette semaine que Vincent Bolloré ne se contente pas de licencier et de censurer certains documentaires gênants : il s’adonne également à un sport plus discret : faire pression sur les professionnels de la musique et ceux du cinéma – les chanteurs, les acteurs – pour qu’ils viennent uniquement dans les programmes du groupe Canal. Et gare à ceux qui seraient tentés d’aller sur le plateau de « C’est à vous » sur France 5 : ils pourraient perdre le soutien financier de Canal + et d’Universal Music. Il me semble que cela peut s’appeler du chantage...

Mais le CANARD s’en prend aussi à la presse magazine qui, ces dernières semaines, ne cesse de mettre à sa Une des penseurs que le journal qualifie de « néo-réacs » . En l’occurrence : Debray, Finkielkraut et Onfray. « Après les pervers narcissiques, les pépères nostalgiques » , ironise ainsi le palmipède, tandis que CHARLIE HEBDO imagine les couvertures auxquelles on aura droit bientôt. Michel Onfray dans LUI, dans PIF GADGET ou AUTO PLUS, au volant d’une vieille Traban : « La Traban de l’Est vue par la Traban de la pensée ! » Alain Finkielkraut dans DETECTIVE ou bien, carabine à la main, dans LE CHASSEUR FRANÇAIS : « Contre la prolifération des jeunes qui font du bruit, la seule solution : le fusil ! » Régis Debray dans QUE CHOISIR, dans CLOSER ou vêtu d’une peau de bête dans HISTORIA. Le titre : « C’était mieux avant. » Des couvertures pour rire, mais d’après CHARLIE, le succès médiatique de ces trois hommes n’a rien, vraiment rien de réjouissant car finalement, ce qu’ils expriment, c’est « leur haine du présent » . « Il résument la pensée dominante dans notre pays, une pensée qui tient en un mot : antimoderne. »

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Il est d'ailleurs question de CHARLIE HEBDO ce matin, dans les colonnes du PARISIEN, qui revient sur les circonstances de la tuerie du 7 janvier...__ Avec un nouveau témoignage et nombre d'interrogations… Des interrogations soulevées par ledit témoignage : celui de la dernière compagne de Charb... Et il ne s'agit pas de Jeannette Bougrab, non, mais d'une jeune femme prénommée Valérie... Elle est restée dans l'ombre depuis l'attentat, et si elle a choisi d'en sortir aujourd'hui, c'est parce qu'elle se pose des questions et qu'elle estime que l'enquête n'a pas été menée à fond... "La vérité sur l'attentat est encore loin", dit-elle, en révélant que le matin de l'attaque, son compagnon avait repéré une voiture noire au pied de son immeuble... "C'est bizarre, cette voiture", lui avait-il dit... Mais Valérie révèle aussi que le dessinateur entretenait des liens avec de riches, de très riches dignitaires du Proche-Orient... Et puis pourquoi donc le samedi qui a suivi le drame, l'appartement de Charb a été visité : des affaires dérobées, dont son ordinateur portable... Aujourd'hui, dit-elle, "on ne peut pas se contenter de la seule et unique thèse du terrorisme islamiste".

Et puis, pour finir, difficile de ne pas parler de la raclée infligée hier soir à Cardiff aux rugbymen français... C'est à la Une de toute la presse... Des Bleus laminés, piétinés, broyés, humiliés... "Black-out" titre MIDI LIBRE... "Blackboulés", titre LA PROVENCE , tandis qu'une foultitude d'autres journaux évoque tout simplement une "marée noire"... Hier, ils nous disaient qu'on devait prier pour les Bleus... En espérant qu'ils battent les Blacks... On a prié, mais pas de miracle... Les Blacks ont eu la peau des Bleus.

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