la revue de presse du dimanche 19 avril par Marion Lagardère

Dans la presse ce matin, François Hollande sur un bateau…

Ça n’est pas de sa faute, mais c’est ainsi. Il y a, depuis trois ans, une métaphore filée sur le thème de la mer, la marine, l’eau en général, qui accompagne partout le sillage de François Hollande : de cette légende suivant laquelle il fait tomber la pluie, aux récurrentes injonctions sur son cap, qu’il maintient, qu’il doit changer ou juste infléchir…

La photo de Une du JDD ce matin rend donc hommage à cette tradition.

Tout sourire… heureux semble-t-il, à bord de l’Hermione, quelque nuage à l’horizon mais pas d’averse. Pas de Mélenchonesque pédalo dans la tempête. Le Président est immortalisé derrière la barre du navire, qui parait curieusement trop grande pour lui. Perspective perfide de la prise de vue…

Et puis, il y a ce petit détail intriguant… Quitte à jouer le jeu, on se dit que François Hollande aurait pu tenir de chaque côté les poignées en bois pour faire mine de guider le navire. Mais non, il ne tient pas la barre.

On comprend mieux pourquoi en lisant la première phrase de définition de l’article « Barre (bateau) » sur Wikipédia… : « la barre d’un navire est utilisée pour changer de cap… »

C’est donc ça…. Comme quoi « l’image », c’est important.

Et justement l’évènement du jour, c’est cette interview que va donner le président à nos confrères de Canal +…

Et en lisant tous les articles sur cette intervention tant attendue de François Hollande, c’est surtout le champ lexical des « conseillers » élyséens qui est frappant. Le Parisien, Le Monde, le JDD, tous le disent : la nouvelle « cible » du président, ce sont les jeunes branchés, les bobos, la tranche 25-40 ans…

« Le chef de l’Etat, écrit David Revault d’Allonnes dans Le Monde, semble procéder désormais par segments afin d’atteindre des parts de marchés dans l’opinion. » Des cibles, des parts de marché… certes, mais pour leur vendre quoi exactement ? A priori, une prime pour encourager le travail des jeunes. Le JDD détaille : il s’agit d’un chèque mensuel de 100 à 200 euros versés aux moins de 25 ans qui travaillent. Une mesure déjà inscrite dans le projet de loi que présentera mercredi, François Rebsamen en conseil des ministres.

Le Monde ajoute cette phrase de François Hollande : « s’il y avait une annonce particulièrement forte à faire, je ne serai pas allé sur Canal Plus. » Le message est clair : pour ceux qui en doutait, il s’agira donc surtout d’un exercice de style, une énième opération « pour corriger, infléchir, rectifier son image personnel », explique Le Monde.

Sauf qu’à lire la « voix express » du Parisien, c’est pas gagné… Le journal a posé la question à cinq électeurs : « les émissions politiques influencent-elles votre vote ? »

Réponse de Monique, de Langres en Haute-Marne : « je sais que tout ça, c’est un peu du cinéma, bien rodé et loin de la réalité », explique elle avant d’ajouter que « le Général de Gaulle était… un homme exceptionnel »…. Ah… oui… « Monique, 72 ans, retraitée », pas dans la cible « bobo-jeune-parisien » Monique.

Qui d’autre ? Aliénor, 38 ans, habitante à Paris…! Le profil visé donc. Et que dit-elle, Aliénor ? « La qualité du débat politique s’est hyper-dégradée, on nous sert une soupe, sans produire un débat pertinent, on vient à la télé pour faire de la pure communication qui ne sert à rien. »

Un dernier point de vue ? Virginie, 32 ans, gestionnaire financier à Toulouse : « les débats manquent de fond, on se renvoie la balle sans apporter de solution. »

Quoi d’autres dans la presse ?

Cette question : priorité à l’image ? A l’emploi ? A la croissance ? Rien de tout cela ! Priorité à l’avenir de la planète répond Alan Rusbridger, le directeur du journal britannique Gardian. Interview à lire dans le Monde daté d’aujourd’hui : « Il n’y a pas de sujet plus sérieux que le climat », dit-il, lui qui a engagé son journal dans le programme de l’ONG 350.org.

Programme appelé « keep it in the ground », « gardez le sous terre. » « Le », c’est le pétrole, les énergies fossiles en général.

Début avril, le Guardian Media Group, qui dispose de plus d’1 milliards d’euros d’actifs, a annoncé qu’il « commençait » à se débarrasser de ses participations dans l’industrie des combustibles fossiles. Alan Rusbridger explique : « le changement climatique est la plus grande « story » de notre époque, mais elle n’a fait que très rarement la Une de notre journal. »

Il ajoute que le conseiller financier du Guardian est formel : « les énergies fossiles sont devenues de mauvais investissements, qui sous performent. » C’est qu’il faut « performer » quand même…

Le directeur du journal nuance : « sur les dix dernières années, l’industrie de la presse est devenue peureuse, dit-il, on regarde en permanence nos chiffres de vente, nos nombres de lecteurs, d’abonnés.

Mais si vous voulez faire du journalisme, il faut garder l’intérêt général comme moteur, et je n’en vois pas de plus grand que d’aider à la prise de conscience sur le dérèglement climatique. »

Dans sa rédaction, les journalistes suivent, même si l’initiative a très vite dévoilé ses propres limites. Renoncer à l’utilisation des combustibles fossiles, certes, mais pour les remplacer par quoi ? « Notre discussion s’est focalisée sur le nucléaire, conclu-t-il, mais j’ai demandé à ce qu’on ne tranche pas ce débat… »

D’autant qu’il est de plus en plus difficile de plaider « pour » le nucléaire…

Vous l’avez entendu cette semaine : la cuve de l’EPR de Flamanville est défectueuse. Plus que cela, elle n’est semble-t-il « pas réparable. » « Un tel revers technologique, explique l’éditorial du Monde, qui révèlerait l’incapacité d’Areva à forger une cuve répondant à toutes les normes de sécurité, aggraverait l’autre point faible de l’EPR : son coût, exorbitant. »

« Changer la cuve, ajoute le JDD, couterait des centaines de millions d’euros », sans compter la mise en service, repoussée déjà de 2016 à 2017, et désormais à 2018, au plus tôt. Alors l’EPR, vitrine de l’excellence française du nucléaire, est-il mort ? Interroge le journal. La version initiale, conçue il y a 20 ans, oui. Mais EDF et Areva travaillent depuis deux ans à une nouvelle version, moins chère, moins complexe, plus facile à exporter et à construire. Plus sûre ? Ca n’est pas précisé….

Mais si le nucléaire est cerné par les fissures, les milliards d’euros manquant, - et les drones aussi – où donc trouver l’énergie ?

L’interrogation des journalistes du Gardian, enfouie par le directeur de leur journal est pourtant au cœur du débat.

En tout cas, ça ne passera pas par le gaz de schiste. C’est ce que répondent au groupe Total des centaines de militants et habitants de la ville de Dib-vard, au Nord du Danemark. Le site reporterre.net raconte les opérations d’occupation des zones où le géant français prévoyait de commencer ses forages en avril. En photo, une banderole tenue par la population et gardée par un policier : « gaz de schiste : non merci ».

Où trouver l’énergie donc ? Pas dans le charbon non plus. Toujours sur le site reporterre.net, le journaliste Nicolas de la Casinière nous apprend que trois grandes banques françaises ont décidé de se retirer d’un méga-projet charbonnier en Australie, « sous la pression, dit-il, BNP Paribas, Société Générale et le Crédit Agricole ont plié pour préserver leur image. » Tiens, tiens… l’image, on y revient.

Bref, pas de charbon, pas de gaz de schiste, pas de nucléaire, pas de pétrole…. Quoi donc alors ? Les énergies renouvelable, solaire et éolien en tête. C’est la conclusion du sommet annuel de Bloomberg sur l’avenir de l’énergie. Le site internet Slate.fr rapporte que « le prix de l’électricité produite à partir du vent et du soleil continue à baisser, qu’il est même inférieur dans plusieurs régions du monde à celui provenant de centrale thermiques classiques. » L’agence Bloomberg affirme : « la question n’est plus de savoir si la transition vers des énergies plus propres va se faire dans le monde, mais quand elle se fera ». Bloomberg qui donne une date : 2050, année où le solaire doit devenir la principale source de production d’électricité.

Enfin « image » + « énergie » = retour à la politique.

Si l’image de l’eau et de la pluie colle à François Hollande, Nicolas Sarkozy, lui, trouvera dans le JDD de quoi entretenir son image de candidat-prétendant-ex-président énergique. « Il fait la course en tête pour la primaire à l’UMP » explique Dominique de Montvallon, « mais, il n’a pas gagné la partie. » Sondage de l’IFOP en page 7 : 42% d’intentions de vote pour l’ancien chef de l’Etat, contre 33% pour Alain Juppé, et 12% pour Bruno Le Maire.

Sondage qui est un évènement politique, d’après le JDD, « mais novembre 2016 est encore loin, précise le journal – pas à une contradiction près – et qui rappelle les 5% de François Hollande un an avant la primaire socialiste.

Novembre 2016 donc, c’est dans 18 mois. Et 2017, dans deux ans. Le temps de voir passer des kilos tonnes de sondages, d’images et, parallèlement mais très certainement, de nouveau report de l’EPR à Flamanville.

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