Quelle incidence une œuvre d’art peut-elle avoir sur le cours des choses ? Ou, dit autrement : l’art peut-il changer le monde ?

Changer des hommes, changer des femmes ? Modifier leurs comportements ? Transformer leur façon de penser ?

De telles questions peuvent faire songer à un sujet du bac philo, mais quand il s’agit de cinéma, l’actu, souvent, n’est jamais loin. Et la musique non plus, d’ailleurs. Pour preuve : cet édito du nouveau numéro de JAZZ NEWS, dans lequel Mathieu Durand revient sur le succès de La La Land, la comédie musicale phénomène de ce début d’année… « Je dois t’avouer un truc et après, on n’en parle plus : je déteste le jazz » dit Mia, l’héroïne, à Sebastian, le héros. Une confession qu’entendent souvent les amateurs de jazz. Dans le film, heureusement, le pianiste réussit à convertir son amoureuse : tout est bien qui finit bien, il transmet sa passion.

« Mais dans la vraie vie, c’est autre chose », commente le rédacteur en chef de la revue. « C’est autre chose, car dans 98% des cas (à la louche), les gens qui disent qu’ils ‘détestent le jazz’ n’en ont jamais écouté. Tout comme beaucoup d’électeurs d’extrême droite n’ont jamais côtoyé un immigré de leur vie. » Ceci étant, poursuit l’éditorialiste : avant d’aimer, il faut toujours être initié. « Et peut-être que La La Land sera cette étincelle pour toute une génération ! »

On a ainsi appris que depuis quelques semaines, les touristes se pressent pour découvrir la scène du Caveau de la Huchette à Paris, salle qui a inspiré une partie des décors du film. Autre exemple : si l’on tape ‘Lalaland’ sur Twitter, on tombe sur une flopée de messages du style : « Je suis en pleine écoute de jazz depuis que j’ai vu La La Land. Je découvre cette musique que je ne connaissais pas. »

La La Land a donc initié certains des spectateurs au jazz.

Lesquels se sont ensuite mis à en écouter. Effet de mode ou effet durable : c’est toute la question. Mais à la question « Une œuvre d’art peut-elle modifier les comportements ? », on est donc, ce matin, tenté de répondre oui. Oui, parfois, un film modifie les comportements. Il change des hommes, il change des femmes. Et dès lors, c’est certain, il peut aussi changer le monde.

Cela dit, le phénomène ne fonctionne toujours. Et il est peu probable que le dernier film de Lucas Belvaux parvienne réellement à transformer la façon de penser de ceux qui le verront… Ce film, c’est Chez nous. Et il sort dans les salles mercredi prochain.

Sans doute en avez-vous déjà entendu parler. Il raconte les pratiques d’un parti populiste fictif, mais totalement identifiable. L’histoire de Pauline, une infirmière à domicile qui devient candidate aux municipales, sous les couleurs, donc, de ce parti extrémiste dans lequel on reconnait le Front National. D’ailleurs, au FN, on tire à boulets rouges sur ce thriller politique.

Interview de Lucas Belvaux dans LE JOURNAL DU DIMANCHE

Il revient à la fois sur ses motivations et sur les comportements de ses personnages… De nouvelles recrues qui s’engagent pour combler un vide… « Quand on arrive dans une section d’un parti comme celui-là, on est d’abord valorisé socialement, un peu comme dans une secte : il y a une ambiance chaleureuse, des apéros… On dit à chacun qu’il est formidable et qu’on a besoin de lui. Une partie de la population considère d’ailleurs également que le Front National est devenu la seule alternative… » Et ceci malgré les affaires… « Le FN a beaucoup de casseroles, mais ses électeurs pardonnent et ses militants s’en fichent. », note le réalisateur.

Question du journal : craignez-vous qu’il remporte l’élection présidentielle ? Réponse de Lucas Belvaux : « Ce dont j’ai surtout peur, c’est la banalisation d’un discours dégueulasse. Quand on entend un policier syndicaliste, sur une chaîne publique, qui considère que dire ‘bamboula’ à un jeune Noir est acceptable, ça montre bien l’état de la société. » Et comme sans doute les électeurs du FN n’iront pas voir le film, on peut donc douter que Chez Nous puisse vraiment modifier l’état de la société…

Lucas Belvaux évoque un jeune Noir qu’un policier appelle ‘bamboula’

Référence à « l’affaire ‘Théo’ »… Une affaire qui continue de faire la Une d’une partie des journaux. La Une de MIDI LIBRE : « A Montpellier, ils sont venus soutenir Théo ». « Des défilés sous tension contre les violences policières », titre de son côté SUD OUEST. Hier, des cortèges de plusieurs milliers de personnes à Paris, et de plusieurs centaines dans certaines villes de province. « Place de la République, on n’applaudit plus la police », confirme AUJOURD’HUI LE PARISIEN.

Lucas Belvaux évoque aussi les casseroles du FN

Il y a notamment cette affaire d’emplois fictifs au Parlement Européen. Marine Le Pen dément, réfute tout emploi fictif. Mais, ce matin, MEDIAPART et l’hebdomadaire MARIANNE reviennent sur les zones d’ombre du contrat de son garde du corps. Celui-ci a bien été rémunéré comme assistant parlementaire local de la présidente du FN et ce, à travers deux contrats : un temps partiel en 2009, un trois-quarts temps en 2011. Et ce, pour une rémunération « extrêmement élevée » selon les termes de l’Office européen de lutte antifraude : plus de 7.200 euros nets mensuels. Davantage encore que l’attachée parlementaire de François Fillon… Lequel fait d’ailleurs ce matin la Une du JDD – nous allons y revenir.

Mais pour rester encore sur le Front National et sur son fonctionnement, je vous conseille la lecture de POLITIS cette semaine, qui nous propose des témoignages de repentis du FN.

Témoignage de Guillaume Laroze, ancien militant du collectif Marianne. Ancien électeur socialiste, c’est le souverainisme du FN qui l’a d’abord intéressé… « Très vite, raconte-t-il, ils t’entourent. Tu penses FN, tu respires FN, tu t’éloignes de ton entourage, on te dit que les médias mentent… » Mais s’il a quitté le parti, c’est parce qu’il a pris conscience de ce que pensaient ses militants de base. « En tant qu’homosexuel, j’ai été la victime systématique d’insultes sur les réseaux sociaux ou dans les couloirs du parti : on me traitait de ‘sale pédé’. » Conclusion de son témoignage : ce parti est une escroquerie. Et je quitterai la France s’il arrive au pouvoir…

Ancien électeur socialiste lui aussi, ce que raconte Patrice Hainy est du même acabit. Lui, il a été adjoint au sport de la ville frontiste d’Hayange, et s’il a quitté le parti, c’est à cause du racisme qu’il y a ressenti. Il voulait aider une jeune femme d’origine polonaise qui souhaitait monter un cours de danse orientale. « La danse orientale n’est pas compatible avec le FN », lui a rétorqué le maire, tandis qu’un autre adjoint lançait : « Si les femmes françaises commencent à faire de la danse orientale, on va finir par prier avec eux. »

Troisième témoignage, celui d’Arnaud Cléré, ancienne tête de liste d’un mouvement d’extrême droite aux municipales de Gamaches. Lui raconte les croix gammées tatouées sur les bras de certains militants. Puis les pressions insupportables quand il a quitté le mouvement. Des messages d’insultes, sur Facebook et par téléphone, qui l’ont plongé dans une dépression sévère. « Je ne crois pas, dit-il, que l’on puisse imaginer ce que l’on subit quand on tient tête au FN. »

La présidente du parti fait d’ailleurs ce matin la Une d’AUJOURD’HUI LE PARISIEN

A côté du visage de Jean-Luc Mélenchon. « Mélenchon contre Le Pen : la campagne parallèle », titre le quotidien, en précisant, je cite, que « les deux candidats populistes sont omniprésents sur les réseaux sociaux ». Décorticage, dans le journal, de leurs stratégies respectives. Du côté de Le Pen : une campagne « sans filtre », grâce à des sites proches du parti et sur lesquels on peut lire des propos que les dirigeants du Front National n’osent plus tenir eux-mêmes. Du côté de Mélenchon : un carton sur YouTube, où il parle de son programme et commente l’actualité… La chaîne qu’il a créée compte à ce jour plus de 215.000 abonnés, et elle totalise près de 14 millions de vues. Pourquoi une chaîne sur internet ? « Pour pouvoir avoir une parole autonome vis-à-vis du système médiatique. », explique l’un des responsables du site. L’article rappelle par ailleurs que Jean-Luc Mélenchon a toujours été à la pointe des nouvelles technologies. En 1988, il s’était ainsi emparé du Minitel pour promouvoir la candidature de François Mitterrand à sa réélection : il avait imaginé le « 3615 Tonton ».

L’autre candidat à la Une – celle du JDD, c’est donc François Fillon

Pour l’instant, il n’existe pas encore de « 3615 Fillon ». « Comment il veut tenir », titre l’hebdomadaire. En l’occurrence, François Fillon considère que la justice lui laisse aujourd’hui le champ libre, et il a décidé de muscler sa campagne, notamment sur les questions de sécurité. Quand on lit le dossier, on se rend compte cependant que dans son équipe, l’ambiance n’est pas franchement sereine. Tensions sur le terrain, organisation chaotique, l’entourage de Fillon est au bord de la crise de nerfs. Du simple adhérent jusqu’au cadre du parti, la même plainte revient en boucle : « C’est le bordel ! »

Enfin, tous les journaux reviennent sur la grande manifestation qui s’est tenue hier à Barcelone

160.000 personnes défilant pour demander au gouvernement espagnol d’accueillir davantage de réfugiés. Il s’était engagé à en accueillir 16.000. Pour l’heure, ils ne sont qu’un peu plus d’un millier. La manifestation s’est terminée symboliquement au bord de la Méditerranée, où plus de 5.000 migrants ont péri l’an dernier. Mort d’ordre du rassemblement : « Chez nous, c’est chez vous ! »

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