Bonjour à tous… Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ? Non bien sûr. Essayons pourtant d’oublier le présent au profit du jour d’après… C’est ainsi que le lendemain du 18 juin 40 le journal « Le MATIN » reparaît à Paris avec cette manchette : « La France doit mettre bas les armes ». Suivent un éditorial justifiant l’armistice demandée par Pétain et quelques nouvelles pratiques, rassurantes à souhait. Les bureaux de Poste vont rouvrir. La ligne de Sceaux fonctionne normalement. Le ravitaillement en farine est assuré et la Chambre de commerce demande la réouverture des magasins et des restaurants ! Mieux encore, la Comédie française va reprendre le cours de ses représentations dès samedi prochain ! Bref, comme l’écrit sans rire, ni pleurer le critique anonyme du journal Le MATIN : « Notre capitale, bien que désertée par la majorité de ses habitants, n’aura pas tardé à reprendre sa physionomie habituelle : Paris reste Paris ! ». Quelques signes néanmoins laissent apparaître la défaite. Ainsi le communiqué officiel allemand publié en une, annonçant que la résistance de l’armée française est brisée. Ainsi, ce petit encadré de bas de page, expliquant ce que vaut la monnaie allemande. 1 mark pour 20 francs. Deux lignes aussi, sur la rencontre Hitler-Mussolini qui doivent confronter leurs points de vue sur les conditions à imposer à la France. Et le MATIN d’espérer, que les pourparlers du führer et du duce répondront aux vœux des Français ! Tu parles Charles ! Mais puisqu’il s’agit de lui, pas question dans cette édition du MATIN, d’évoquer même d’un mot le Général-Micro. On ne trouve que quelques lignes sur l’émotion provoquée en Angleterre par la demande d’armistice française. Avec ce titre : « Nous poursuivrons la lutte malgré tout». Pour le reste, vous savez tout de l’étrange défaite et du glaive relevé le 18 juin, par un homme seul, au moment où huit millions de Français fuyaient sur les routes l’avance allemande… L’historien Jean-Pierre Azema, raconte dans « La France des années noires », ce que fut l’exode, d’un peuple et d’une armée, effondrés d’avoir perdu en cinq semaines tous leurs repères sociaux. Imaginez, écrit-il, les pillages, les malades échappés des asiles… et songez au geste fou de ces quatre infirmières d’Orsay euthanasiant sept grabataires, qu’elles redoutaient de laisser aux mains de l’occupant ! Mais vous savez tout ce matin, grâce à la CROIX, OUEST-FRANCE, le MONDE, le FIGARO, le JOURNAL du DIMANCHE, qui reviennent largement sur la date-clé, qui a vu la France sombrer et les Français libres, espérer. Vous savez tout, surtout si vous avez écouté hier sur France Inter, les 18 heures magnifiques, célébrant le 70ème anniversaire du 18 juin. Tout a été dit, et bien dit, avant la cérémonie évocatrice elle aussi, conduite par David Cameron et Nicolas Sarkozy. Sauf, peut-être ce que fut, la résistance des humoristes en France occupée et au micro de la BBC. J’ai malheureusement oublié le nom de ce chansonnier qui se gaussait d’une dynastie maréchaliste, en s’écriant, dans le cabaret où il se produisait : « Après Pétain, Pete II ». Et de cet autre qui lançait : « Il y a un traître dans la salle… je ne sais pas qui… je ne sais pas qui ? ». Allusion à la Radio-Collabo, et son chroniqueur venimeux… Jean Herold-Paquis. Et que dire des duels à distance, que se livraient Pierre Dac à la BBC et Philippe Henriot sur Radio-Paris. Le premier dénonçait Henriot, qu’il appelait Roi des salauds. Le second, se demandait comment un fantaisiste, juif inventeur-chroniqueur de l’Os à Moëlle, osait prétendre défendre la France. Dac ripostait quelquefois en chansons parodiques intitulées « De Profundis Hitleribus, complainte des nazis, ou Fils de Pétain. (BOBINO - les fils de Pétain) Il arrivait aussi à Pierre Dac, comme dans « ses bagatelles sur un tombeau » de rappeler à Philippe Henriot, que ses parents, ses grands-parents, ses arrière-grands-parents, juifs alsaciens de vieille souche, avaient souffert mille morts des allemands dans leur beau pays : l’Alsace, où lui-même était né, près d’Haguenau. « Pourquoi Monsieur Henriot, ne voulez-vous pas », s’écriait le français libre de la radio de Londres, « parler des camps de déportation, de la Gestapo, de la torture et des Alsaciens-lorrains incorporés de force dans la Wehrmacht. Moi je le fais, mais il est vrai que je ne suis pas français, selon vos théories raciales et nationales-socialistes qui vous font insister complaisamment sur les prénoms de mes parents». ( BOBINO – Si d’aventure ) Ce dernier texte a été diffusé par la BBC, en 44, trois semaines avant qu’un groupe de résistants aillent assassiner Henriot, chez lui, à Paris, provoquant une tempête chez l’occupant et à Vichy. « Alors… Tous gaullistes ? », comme l’écrit en manchette le JOURNAL du DIMANCHE, sur une photo rassemblant hier au Mont-Valérien, Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, Bernard Accoyer et Gérard Larcher. Tous gaullistes ? le jour d’après, puisque Dominique de Villepin profite de ce 19 juin pour se lancer avec les siens. Tous gaullistes… En réalité, rappelle dans OUEST-FRANCE, François-Régis Hutin, en 1940, il fallait bien choisir entre le sacrifice et la résignation. Ce que Pierre Lefranc, vieux compagnon du Général, complète dans la CROIX, en expliquant que jeune étudiant, découvrant Paris occupé, avec des drapeaux à croix gammée sur les monuments, poussait forcément vers Londres et son connétable solitaire. Jean Lacouture, complète, ce dossier de la CROIX en évoquant les fidèles du gaullisme, qui ont servi, sans se servir, et parmi ceux-là, Pierre Lefranc. Franck Nouchi dans le MONDE daté samedi, oppose à ce type de vertu, la République du pas vu, pas pris, d’aujourd’hui. « Curieuse République, selon lui, où les règles éthiques sont fixées, en fonction du degré de curiosité des journaux ». Philippe Bouvard, s’en amuse dans NICE-MATIN, en évoquant un grand sursaut républicain avec des crans mis aux ceintures, grâce à Christian Blanc, Rama Yade et Christine Boutin. Défaite des uns, sursaut des autres. « On ne s’appuie que sur ce qui résiste », disait Sénèque. Le MONDE éditorialise sur la déroute annoncée des Bleus en Afrique du Sud. Ceux-là, n’ont pas résisté. Mais faut-il titrer avec l’EQUIPE sur cette insulte d’Anelka à Domenech : « Va te faire…. sale fils de pute ».

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