Bonjour à tous… Japon – Libye – Fukushima – Benghazi. Dans sa chronique de la CROIX, Bruno Frappat désespère de ce qu’il appelle une actualité en abime. Un printemps noir, sans trop d’espoir. « Certains jours », écrit-il, « on souhaiterait être dispensé de chronique. Avoir le droit, face à l’actualité, d’utiliser un joker. De passer son tour. Car à quoi bon ajouter sa pierre et redire l’horreur, la peine, le doute. Commenter le mystère et broder sur la mort, dans notre monde devenu, un vaste café du commerce ». Et Frappat de conclure : « Cette tentation de désertion n’est pas glorieuse, mais elle est intense, et l’aveu m’en coûte ! ». Face à cette sincérité du chroniqueur de la CROIX, je voudrais opposer la satisfaction très majoritaire, de la presse aujourd’hui, face au Japon qui réagit, et aux démocraties venues enfin, au secours de Benghazi. « Le ciel s’élargira Nous en avions assez D’habiter dans les ruines du sommeil Dans l’ombre basse du repos De la fatigue de l’abandon… » Et Paul Eluard, puisque c’est de son poème d’espérance qu’il s’agit, poursuit : « La terre reprendra la forme de nos corps vivants Le vent nous subira Le soleil et la nuit passeront dans nos yeux Sans jamais les changer O mes frères contraires gardant dans vos prunelles La nuit infuse et son horreur… Où vous ai-je laissés Avec vos lourdes mains dans l’huile paresseuse De vos actes anciens Avec si peu d’espoir que la mort a raison ? O mes frères perdus Moi je vais vers la vie, j’ai l’apparence d’homme Pour prouver que le monde s’est fait à ma mesure Et je ne suis pas seul. » Comment ne pas dédier aujourd’hui, non seulement à Bruno Frappat, mais à Alain Juppé, à Nicolas Sarkozy, à David Cameron, à Barack Obama, à la ligue arabe et aux révoltés de Benghazi, ce poème d’Eluard ? Comment ne pas le destiner aussi, à l’ancien ministre français de la Défense, Paul Quilès, qui depuis trois semaines plaide sur toutes les radios, pour qu’une zone d’exclusion aérienne permette de clouer au sol l’aviation de Kadhafi. Quilès a supplié Nicolas Sarkozy et Alain Juppé d’intervenir. Il a convaincu, avant-hier, Martine Aubry, d’ajouter in extremis, sa voix d’opposante, à celle du Président français. Bref, comme l’écrit Eluard… il fallait élargir le ciel. Nous en avons assez d’habiter dans les ruines du sommeil… dans l’ombre basse du repos, de la fatigue… de l’abandon. Car face à celui que la presse appelle, « ce fou de Kadhafi », Occidentaux, Africains, Arabes ont risqué ce que l’historien Marc Bloch appelait une étrange défaite. Cette défaite de 1940, que Churchill annonçait aux Britanniques dès l’automne 38, au lendemain de Munich. « Notre peuple doit savoir », disait-il, « que nous avons subi une défaite sans guerre, dont les conséquences nous accompagneront longtemps sur notre chemin. A Munich, ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre ». Toute la presse régionale, ce samedi, à quelques exceptions près, salue ce qu’on pourrait appeler « le sursaut churchillien des Français, des Anglais, des Américains et de leurs alliés de la ligue arabe coalisés pour sauver les Libyens. « L’honneur est sauf, même si nous ne sommes pas quittes », écrit ainsi dans OUEST-FRANCE, François-Régis Hutin. « Nous ne sommes pas quittes, car il va falloir honorer notre parole, face à l’Allemagne qui nous déçoit, et face à l’abstention de grands pays émergents : Inde, Brésil, Chine, Russie ». Cette attitude, afflige aussi l’éditorialiste du MONDE qui constate que les puissances censées être les grands du 21ème siècle, ne veulent pas prendre de risques, et ne sont pas au rendez-vous. Et pourtant, ceux-là étaient prêts, ajoute l’éditorialiste du MONDE, il y a deux semaines, à faire inculper Kadhafi de crimes contre l’humanité. Mais peu importe, pour Jean Levallois, qui relève « qu’à l’ONU jeudi soir, la communauté internationale a sauvé son honneur. Et que depuis, à Benghazi, l’espoir à changé de camp, même si l’on mesure mal, la stratégie d’un Kadhafi qui s’efforce pour l’instant surtout de gagner du temps ». Il y aura des difficultés, souligne Philippe Waucampt dans le REPUBLICAIN LORRAIN. Mais stopper militairement Kadhafi, n’a rien d’insurmontable. La suite pourrait l’être, avec un chaos à la somalienne, en cas d’éviction de son pays du fou de Tripoli. Hervé Cannet dans le NOUVELLE REPUBLIQUE du CENTRE-OUEST, considère que Paris devient aujourd’hui, la capitale de la coalition contre le régime libyen. Selon lui c’est très bien et après le vote à l’arraché, obtenu à l’ONU, jeudi, France, Grande-Bretagne et Etats-Unis peuvent poursuivre un objectif politique et pas seulement humanitaire, l’objectif politique consiste à chasser le maître de la Libye… Et mon confrère d’ajouter. La France qui avait raté le virage des 2 premières révolutions arabes, retrouve son rang et sa superbe. Et il faut reconnaître à Nicolas Sarkozy d’avoir recueilli par sa réussite onusienne, l’unanimité politique nationale. Alors peut-on dire unanimité et bien pas tout à fait. Puisque Pierre Bastien dans la MARSEILLAISE, considère que le chef de l’Etat a cédé aux va-t-en-guerre pour faire oublier les compromissions de sa diplomatie dans la crise tunisienne. Jacques Guyon dans la CHARENTE LIBRE craint lui aussi une drôle de guerre, avec de sacrés casse-tête en perspective. Xavier Panon dans la MONTAGNE de Clermont-Ferrand souligne de son côté, qu’en 40 ans, Kadhafi en a vu d’autres, et subi des bombardements qui ne l’ont pas empêché de demeurer. Jean-Marcel Bouguereau dans la REPUBLIQUE des PYRENEES, redoute un dictateur aux abois, assez débile pour envoyer un avion bombarder en Méditerranée des navires de croisière. Les éditorialistes du PROGRES de Lyon, de la VOIX du NORD, de SUD-OUEST, de la DEPECHE du MIDI, du MIDI LIBRE préfèrent arrêter leurs regards au drapeau français, qui flotte sur Benghazi. C’est ainsi, écrit Jean-Claude Soulery que nous sommes entrés en guerre pour sauver un peuple insurgé, et promis à un massacre, si nous n’avions rien fait. C’est ainsi, nous sommes en première ligne, mais notre pays portera aux yeux du monde, l’honneur du sauvetage réussi. Enfin, salue aussi mon confère Pascal Jalabert du PROGRES de Lyon… « Enfin, trois ans après le tapis rouge pour Kadhafi, à Paris, le tapis de bombes à Tripoli. Au bout d’ne valse d’hésitations diplomatiques et d’une salve de déclaration contradictoires, une coalition anglo-arabe-franco-américaine se prépare à clouer au sol les avions de l’armée libyenne et le bec à ce pantin ridicule et sanguinaire. Il était temps. » Je concluerai avec deux éditoriaux à souligner dans la presse quotidienne régionale. Matthieu Verrier dans la VOIX du NORD : « Sur le plan intérieur, l’activisme du chef de l’Etat a été applaudi jusqu’à gauche. Nicolas Sarkozy est peut-être enfin parvenu à représidentialiser son image ». Yves Harté dans SUD-OUEST : « Ce qui s’est passé dans la nuit de jeudi à New-York restera comme un moment diplomatique historique. Certes, on n’en mesurera les conséquences que dans quelques mois, tellement tout reste à faire. Mais où en était-on, avant que la France intervienne devant les Nations Unis, grâce à la stratégie voulue par Alain Juppé, très loin des effets de perrons élyséens de Bernard-Henri Lévy ». Deux magazines… avec ce titre pour MARIANNE : « Libye… Sarko-Juppé-BHL… le grand n’importe quoi ». Et dans le SPECTACLE du MONDE, une bonne question : « Où va l’armée française ». Armée de terre : 305.732 hommes. 3.150 blindés, dont 250 chars. 292 pièces d’artillerie. 210 hélicoptères. Armée de l’air : 830 avions, dont 300 de combat. Marine : 115 bâtiments, dont 10 sous-marins et 1 porte-avions. 162 avions.

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