La fin de cavale d’un salaud.

Deux actualités dominent ce matin, deux actualités pour lesquelles on parle de "succès". Succès, en premier lieu, avec l'arrestation de Salah Abdeslam. Succès, ensuite, avec la signature de l'accord unanime sur la crise migratoire conclu par la Turquie et l'Union Européenne. Sauf que dans le premier cas, "succès" ne veut pas dire "victoire". Et dans le second cas, il pourrait même signifier "échec".

Mais commençons donc par celui dont la photo est à la Une de quasiment toute la presse : Salah Abdeslam, arrêté hier en Belgique après une cavale qui aura duré quatre mois. « On l’a eu » , titre LA PROVENCE , reprenant la phrase du Secrétaire d'Etat belge à l'Immigration. « Ils l’ont eu » , confirme NICE-MATIN , alors que LA NOUVELLE REPUBLIQUE précise qu'Abdeslam a été « capturé vivant » . On notera, en passant, que les journaux n'ont pas tous la même façon de le qualifier. Pour LE COURRIER DE L'OUEST , il est « l’ennemi public n°1 » . Pour LA CHARENTE LIBRE , il est « le suspect-clé » des tueries du 13 novembre. Pour L'EST ECLAIR , il est « le probable dixième homme » des attentats à Paris. « Logisticien des attentats » , assure LE FIGARO , tandis que LIBERATION le présente comme « le dernier membre présumé du commando » .

Finalement, c'est peut-être dans LE PARISIEN qu'on lit le terme le plus clair. Dans son éditorial, Donat Vidal Revel évoque « la capture d’un salaud »« Bien sûr, écrit-il, la vie de sera pas rendue aux 130 innocents des attentats de Paris, et rien n'effacera la douleur psychologique et physique des victimes et de leurs familles. Mais il est impossible de ne pas se réjouir de la capture de ce salaud . »

__

Portrait dudit salaud dans les colonnes du même journal : « Un petit fumeur de shit devenu terroriste » . « Terroriste flambeur » , abonde LIBERATION , précisant qu'il y a encore cinq ans, il n'était connu ni de la justice, ni la police. Sa vie, à l'époque, c'était la fête, les boîtes de nuit, les belles fringues et les belles voitures. Et de l'avis de ceux qui le côtoyaient, c'était un garçon sans problème – si, bien sûr, on fait exception du trafic de drogue.

Ce matin, toute la presse salue donc le "succès" des polices françaises et belges. Succès incontestable des polices internationales, estiment les éditorialistes, se félicitant de l'étroite collaboration de services qu'on avait pourtant copieusement critiqués. Un succès « qui rassure » , selon Christophe Bonnefoy dans LE JOURNAL DE LA HAUTE-MARNE , car, écrit-il, « il confirme que les policiers antiterroristes n'ont pas relâché leur attention » . Et maintenant, « enfin arrêté, Abdeslam va devoir parler » , titre à sa Une SUD OUEST . Parler, et répondre à la multitude de questions que chacun continue de se poser.

Comment les attaques se sont-elles préparées ? Comment les réseaux s'organisent-ils ? Pourquoi ne s'est-il pas fait sauter, comme cela était vraisemblablement prévu au départ ? S'est-il dégonflé ? Par ailleurs, dans sa fuite, de quelles complicités a-t-il bénéficié ? Comment est-il passé à travers les souricières mises en place par la police ? Et puis, plus largement, qui sont ces islamistes fanatisés, surarmés et déterminés ? « Il reste maintenant à lui extirper sa part de vérité » , résume Philippe Parcacci dans L'EST REPUBLICAIN , tandis qu'Yves Thréard note dans LE FIGARO que, certes, on a envie, ce matin de « crier victoire » , mais qu'il faut « raison garder, tant la lutte contre le terrorisme est loin, très loin d'être terminée » .

Un succès, mais pas une victoire. Et, surtout, un jour, un procès. C'est surtout cela qui compte pour les survivants et les proches des victimes des attentats rencontrés par LE PARISIEN . « C'est génial, voilà » , exulte presque Sonia, rescapée de l'explosion dans le café "Le Comptoir Voltaire" – « ça veut dire que je l'aurai peut-être un jour en face de moi. » « Je ne voulais surtout pas qu'il meure , confie de son côté Robin, un rescapé du Bataclanc - ça aurait fait de lui un nouveau martyr, et là, dit-il, j'espère que son arrestation va faire péter tout le réseau de Molenbeek. » Le père d'une victime explique, lui, que la fin de la cavale d'Abdeslam va lui apporter une sorte d'apaisement. Mais d'autres se montrent, disons, plus pragmatique, à l'image de Michel, dont le fils a été très grièvement blessé. « Je suis content, mais bon, il devenait risible que ce type échappe à toutes les polices. Et puis s'il est jugé, qu'est-ce que l'on apprendra ? On saura que c'est un méchant, et puis c'est tout. »

Un méchant, un salaud, dont il faudra bien sûr assurer la défense. Dans LIBERATION , on apprend qu'un avocat belge a été contacté. Il s'appelle Sven Mary et il a déjà déclaré qu'il attendait de savoir ce que comptait dire Abdeslam. « Si ça ligne, c'est de dire 'Je n'étais pas à Paris', je ne pourrais pas le défendre. »

__

__

A propos de terrorisme, LE FIGARO nous explique qu’en Afghanistan, les troupes de l'Etat Islamique ont battu en retraite. Attaquées par l'armée, les forces américaines et les talibans, elles viennent de perdre leur principal bastion, le Nangarhar, dans l'est du pays. Et puis je ne saurais trop vous conseiller la lecture de la passionnante enquête publiée par MEDIAPART , enquête surle marché des kalachnikovs, de la Slovénie à Paris . On l'on apprend qu'un simple mécanicien disposant de "matériel de garage" peut aisément contourner les standards slovaques de neutralisation d'armes de guerre. Où l'on apprend, surtout, qu'au nom de la libre circulation des marchandises, c'est Bruxelles qui a laissé prospérer en Europe ce funeste marché . Malgré plusieurs alertes des services spécialisés, la loi n'a jamais été modifiée. D'où le titre à la Une du site : « Les armes de la terreur : la faillite de l'Europe » .

Et c'est également cette faillite que dénonce LIBERATION avec l'accord conclu hier entre l'Union et Ankara . Un accord qui permet à l'Union Européenne de renvoyer vers la Turquie, à partir de demain dimanche, tous les migrants débarqués en Grèce. Ce qui, signe, peu ou prou, la fin du droit d'asile. L'accord a été conclu à l'unanimité – officiellement, c'est donc "un succès". Mais pour le quotidien, c'est « l’accord de la honte » . « Les dégâts de cette négociations sont considérables, constate Jean Quatremer. La Turquie, au prix de son nouveau rôle de garde-frontière, obtient un blanc-seing des Européens. Le couple franco-allemand a sombré. Quant à l'Union, elle devient une forteresse fermée aux migrants économiques et aux réfugiés, priés de rester près du pays qu'ils fuient . Elle a abandonné l'un de ses principes fondateurs. »

__

Une faillite de l'Europe également illustrée dans la toujours très pertinente REVUE DESSINEE , à travers un flash-back, en bande dessinée, sur les pires naufrages des mois écoulés, et donc sur les réponses d'une Europe débordée qui ne sait qu'ériger des murs. Sachant que, bien sûr, il faut de l'argent pour construire des murs – au sens propre comme au figuré . Ces quinze dernières années, l'Union a dépensé plus d'11 milliards d'euros pour expulser des clandestins, et plus d'1 milliard et demi d'euros pour la protection de ses frontières. Dans le même temps, on estime à 16 milliards d'euros ce qu'ont dû débourser les réfugiés pour payer leur arrivée sur le continent. Et si l'on additionne ces chiffres, ça fait donc 29 milliards : 29 milliards d'euros que se sont répartis, d'un côté les passeurs et, de l'autre, les compagnies aériennes et les industriels du secteur de la défense. Un juteux marché, mais un marché de dupes, car pour les auteurs du dossier, il n'est que le prix d'un mensonge : non, écrivent-ils, quoiqu'on fasse,« on ne peut pas empêcher les êtres humains de circuler » .

Dans les journaux, on parle aussi de la situation au Brésil. Le scandale Petrobas est en train d'embraser le pays et la chef de l'Etat risque la destitution, alors que le retour au gouvernement de Lula met le feu aux poudres. « Le Brésil en plein chaos » , titre ainsi LE PARISIEN . Et puis, dans LE FIGARO , Etienne de Montety s'amuse de ce diminutif, Lula, qui appelle volontiers l'allitération. Billet réjouissant, un libelle contre Lula... « L'as-tu lu, Lula, le Lully de la lambada ? Il nous a leurrés, linottes que nous sommes. Le lutin de la liberté était depuis belle lurette l'homme de la licence et du luxe. Hélas, c'est là qu'est l'os. Le Brésil lésé s'est levé, et ligue contre un lascar devenu illisible. Pour Lula, c'est l'hallali. Alors, quel lendemain pour lui ? » La réponse dans les jours qui viennent.

En Russie, c'est une actualité dramatique qui fait la Une ce samedi : le crash d'un Boeing en provenance de Dubaï , qui s'est écrasé en tentant d'atterrir sur un aéroport situé dans le sud du pays. Il y avait 61 personnes à bord et toutes sont mortes, a indiqué le ministère des situations d'urgence, invoquant de mauvaises conditions météo. Et puis, la presse russe se fait par ailleurs l'écho d'une conséquence inattendue des révélations de dopage concernant Maria Sharapova. Au début du mois, l'ancienne n°1 mondiale du tennis féminin a reconnu avoir été contrôlée positive au meldonium , médicament améliorant la résistance à l'effort. Eh bien, depuis cette confidence, les ventes de ce produit dopant ont doublé en Russie. Le directeur du groupe qui le commercialise ne cache pas sa satisfaction : « Les gens ont compris que si Sharapova l'utilise, ça veut dire que le meldonium a vraiment de l'effet. Pour nous, ce scandale dopage a été une excellente publicité. »

Et puis un chiffre, pour finir. Le chiffre 2. Presque deux jours par an : c'est ce perdent, en moyenne, les automobilistes de la région parisienne dans les bouchons. Estimation donnée par une étude des services d'Infotrafic, étude à partir de laquelle LIBERATION propose une cartographie des zones métropolitaines les plus engorgées. Avec 45 heures - quasiment deux jours, donc – la capitale arrive en tête. Et dans le classement, elle est suivie par Lyon, Toulon, Bordeaux, Toulouse, Strasbourg, Grenoble, Nantes, Rennes et Caen : top dix des agglomérations où ça roule le plus mal en France. Alors oui, c'est du temps perdu, des heures perdues en voiture, même si dans les embouteillages, on peut écouter la radio. Bonne route et bonne journée !

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.