Bonjour à tous. Longue est la mémoire des journaux… Et je me souviens ce matin, devant tant de lait répandu par les agriculteurs en colère, de « Mendès-Lolo » ! le Président du Conseil ainsi surnommé, parce qu’il faisait distribuer gratuitement un verre de lait, aux petits écoliers des années cinquante. Je me souviens aussi, de Monsieur Bonhoure, coiffeur à Tarascon, qui dans les années trente, décrocha le premier gros lot de la loterie nationale et figura longtemps comme un recordman de la chance. Il avait gagné cinq millions de francs ! Nettement moins que ce joueur des Bouches-du-Rhône, qui a empoché hier soir les cent millions d’euros du loto européen, en cochant simplement les sept bons numéros du premier rang. Il avait, souligne le PARISIEN, une chance sur 76 millions de toucher le jack-pot ! D’autres veinards ont pu revisiter hier soir à l’Olympia notre passé à tous. Il était 23 heures, quand dans un Music-hall bourré à craquer, Sylvie Vartan est revenue sur scène avec Johnny Hallyday. Smoking, nœud-papillon aux côtés de son ex-compagne vedette de la soirée, Johnny a chanté avec elle deux succès d’Edith Piaf : « L’hymne à l’amour » et « Non, rien de rien… je ne regrette rien ». La photo figure aujourd’hui à la page 34 du PARISIEN et je vous fiche mon billet que vous allez vous y arrêter. Vous vous arrêterez peut-être aussi ce week-end à la page 54 du MONDE MAGAZINE, qui revient sur le discours du Général de gaulle du 16 septembre 1959, où il lâcha un mot, mais quel mot : « Autodétermination des Algériens ». Ce jour-là, le premier Président de la Vème République prit tout le monde par surprise. Et Thomas Wieder qui signe ce dossier aide-mémoire, a raison d’expliquer qu’après 5 années d’une guerre sans merci, le tournant n’aurait jamais été possible, sans la volonté du Général. Je me souviens de la phrase essentielle que le MONDE MAGAZINE rappelle aujourd’hui. « Devant la France, un problème difficile et sanglant resté posé, il nous faut le résoudre… Nous le ferons comme une grande Nation et par la seule voie qui vaille, je veux dire par le libre choix que les Algériens eux-mêmes voudront faire de leur avenir… » Je me souviens d’un autre 16 septembre… c’était en 1969, à l’Assemblée nationale… De Gaulle n’était plus là, mais nous avions hérité d’un autre communiquant-phénomène : Daniel Cohn-Bendit. Mai 68-le choc. Juin 1968, des élections en réaction avec un Alexandre Sanguinetti qui prétendait, que son chien coiffé d’un képi aurait pu être élu député de la majorité. Un an plus tard, de Gaulle a perdu le Référendum qui devait le sauver. Pompidou est élu Président, et un premier ministre rayonnant et heureux entreprend de réconcilier les Français. Il associe le politique et le social. Il engage à ses côtés Jacques Delors, il libère la télévision et jette les bases de ce qu’il appelle « une nouvelle société ». Il y avait cette semaine à l’Assemblée nationale du beau monde, pour en parler : Michel Rocard, Alain Juppé, François Bayrou, Marie-France Garaud, Catherine Nay. Avec aussi une intervention filmée de Valéry Giscard d’Estaing, lâchant au passage une petite pointe, que la presse a oublié de relever. « Il y a eu », a-t-il dit, « sous la Vème République, trois bons premiers ministres : Georges Pompidou, Jacques Chaban Delmas et Raymonde Barre ». Tête de Rocard et de Juppé… « Nous sommes », a commenté ce dernier, « le couple de l’année et n’avons pas la chance de figurer au Panthéon des bons premiers ministres de la Vème république ! » Je me souviens… avec tous les hebdomadaires et toute la presse de ces derniers jours, des rapports singuliers qu’entretiennent les politiques, les journalistes et les citoyens de notre cher et vieux pays. Je me souviens de François Mitterrand, prévenant, il y a vingt ans, et donc bien avant Internet et la crise de presse, quelques journalistes réunis à l’Elysée. « Méfiez-vous », disait-il, « aujourd’hui, ce sont les politiques qui souffrent de discrédit… Grâce à vous… Mais demain, viendra votre tour ». Ce week-end, MARIANNE, le POINT, l’EXPRESS, la CROIX et le mensuel MEDIAS… traitent sans concession de la question. Les uns, en tapant sur la presse qui en fait trop. Les autres, sur celle qui n’en ferait pas assez. Tandis que Bruno Frappat dans la CROIX, rappelle aux uns et aux autres, qu’il y a des bons mots, des bonnes blagues, mais aussi des mauvais mots, dont il ne faut pas abuser, car ils collent définitivement à la biographie. Franz-Olivier Giesbert préfère battre sa coulpe (et la nôtre dans le POINT) en écrivant, je le cite : « Le journalisme est une école de modestie, où l’on met souvent sur le même plan une mauvaise blague et un effondrement de civilisation. Ces derniers temps, poursuit-il, nous avons donc beaucoup tartiné sur la formule malheureuse de Brice Hortefeux à l’université des jeunes de l’UMP, comme s’il s’agissait d’une affaire d’Etat… Nous avions pourtant, conclut Franz-Olivier Giesbert, d’autres grains à moudre, par exemple l’engagement de Barack Obama de réformer Wall Street. Ou bien la goinfrerie des patrons britanniques, dont on vient d’apprendre qu’ils ont osé en 2008 augmenter leurs salaires fixes de 10 %, pour compenser la baisse de leurs bonus. Maurice Szafran et Jean-François Kahn ne font pas le détail et ils rassemblent dans MARIANNE, cette semaine, tous les tricheurs de l’actualité. « Les Tricheurs », c’était un film de Marcel Carné sur les jeunes de l’après-guerre. Aujourd’hui, MARIANNE additionne, comme si tout se valait… les milliards de fraude fiscale, les truquages au Gabon, les manips de l’affaire Clearstream, les bidonnages dans les chiffres de la délinquance et les magouilles au PS. Comme disait Clémenceau… On ment surtout avant les élections, pendant la guerre… et au retour de la chasse. L’EXPRESS préfère historiciser en expliquant que de De Gaulle à Sarkozy, en passant par Mitterrand et Chirac… les communiquants des Présidents de la Vème nous manipulent ! En réalité, pour le mensuel MEDIAS… entre les journalistes d’aujourd’hui et Nicolas Sarkozy les torts seraient partagés. Le Président serait méchant et les journalistes courtisans. On se souvient ou pas de Manouchian et de l’Armée du crime. Toute la presse salue le film de Guédiguian. Je me souviens de l’Affiche Rouge et du poème d’Aragon : « Bonheur à tous, Bonheur à ceux qui vont survivre Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand Adieu la peine et le plaisir, Adieu les roses Adieu la vie, adieu la lumière et le vent Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses Quand tout sera fini plus tard en Erivan Un grand soleil d’hiver éclaire la colline Que la nature est belle et que le cœur me fend La justice viendra sur nos pas triomphants Ma Mélinée, ô mon amour mon orpheline Et je te fis de vivre et d’avoir un enfant ».

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