Vivement que 2015 se termine…

L'homme qui parle s'appelle Raphaël Prieur. Il est commissaire principal de police à Paris. « Le mercredi 7 janvier, la journée a commencé comme les autres... Un petit café tranquille vers huit heures et demie, puis une réunion avec les chefs de groupe. Et c'est vers 11H45 que le patron de la brigade criminelle reçoit un coup de fil du directeur de la PJ. Au même moment, un chef de section me demande si l'état-major m'a prévenu. Prévenu de quoi ? Des tirs rue Nicolas Appert, dans le 11ème arrondissement. Un individu aurait fait feu sur des cyclistes et il y aurait des blessés. Au début, la rue Nicolas Appert n'évoque rien pour nous. On ne fait pas le lien avec 'Charlie Hebdo'. Mais après, tout s'enchaîne extrêmement rapidement. Le patron file sur place et m'appelle illico : ‘Il y a plusieurs morts. Déclenche l'armada !’ L'armada, c'est toute la crime. L'armada, on ne la déclenche qu'en cas de crise majeure. » Témoignage à lire dans LA REVUE DESSINEE , sous la plume de Raynal Pélissier et le coup de crayon de Titwane, car c'est en BD que cette revue explique l'actualité. Et pour ce dernier numéro de l'année 2015 : retour, donc, sur ce 7 janvier, une date à jamais gravée dans les mémoires. Une image, un son, le paysage alentour… Chacun gardera de l'instant où il a appris la tuerie de CHARLIE HEBDO un souvenir indélébile.

Moi, j'étais dans ma voiture : un flash spécial sur France Inter. Je me rappelle tous les détails. Et ce sont aussi les détails qui sont au cœur de ce récit publié dans le trimestriel. Récit de cette journée, à travers l'expérience de six policiers qui furent parmi tous premiers observateurs du carnage. Récit à froid, quasi clinique : les lieux, la salle de rédaction, les corps, l'audition des témoins... Ces hommes et ces femmes racontent ce que fut leur travail, mais aussi combien ils ont été touchés par ce drame symbole d'une liberté assassinée.

En France, 2015 a donc commencé sous le signe de la tragédie. Puis dix mois plus tard, 13 novembre : nouvelles attaques terroristes dans la capitale. Plus de 130 morts et des centaines de blessés. Jamais, sans doute, on aura eu à ce point envie de passer au plus vite à une nouvelle année. Passer à autre chose, commencer autre chose.

Toutefois, ces derniers mois, on a connu aussi des événements plus heureux, des choses enthousiasmantes que nous rappelle cette semaine LES INROCKUPTIBLES , en répertoriant « 40 raisons d’aimer quand même 2015 » : le succès du foot féminin, celui du volley masculin, la Grèce qui reste dans l'Europe, le salaire minimum instauré en Allemagne, l'encadrement des loyers entré en vigueur à Paris, le dégel des relations entre Cuba et les États-Unis, la victoire du parti d'Aung San Suu Kyi en Birmanie, deux femmes qui entrent au Panthéon ou bien encore la mise en examen de Patrick Balkany… Bref : des raisons de se réjouir, si l'on en croit l'hebdomadaire, qui liste par ailleurs les mots et expressions qui auront marqué l'année écoulée : crise et 'crime climatique', 'radicalisation', 'intellectuel de gauche' et 'repli' de la pensée, mais également 'fraternité'.

« Après les attentats de janvier, constate Jean-Marie Durand, les rassemblements sur les places de France furent les signes d'un attachement sincère à la valeur républicaine, sans laquelle la liberté et l'égalité ne vaudraient rien par elles-mêmes. Plus que jamais, et en dépit de la centralité du Front National dans l'espace politique, l'articulation de notre devise nationale semble polarisée vers sa troisième dimension. » En l'occurrence, donc : la fraternité.

Et c'est précisément à cause de l'importance qu'a prise aujourd'hui le FN, qu'un homme a décidé de faire son retour en politique. Cet homme, c'est Bernard Tapie. Et il l'annonce dans les colonnes du JDD . Alors qu'en Espagne, où se déroulent aujourd'hui des élections législatives qui pourrait chambouler le paysage politique. Des élections que toute la presse salue comme un vent de fraîcheur : l'apparition de jeunes leaders issus de mouvements citoyens. Leaders fédérateurs, qui dénoncent l'affairisme et le manque d'intégrité des dirigeants actuels et des partis traditionnels. Alors donc que l'Espagne nous montre que faire de la politique autrement, c'est possible : en France, nous, la nouveauté, ce serait Bernard Tapie. Tapie, 72 ans, défait par la justice et « ruiné de chez ruiné » , dit-il à ceux qui veulent le croire – ruiné mais pas encore à terre, annonce-t-il aujourd'hui dans LE JOURNAL DU DIMANCHE .

Photo de l'homme d'affaire à la Une de l'hebdomadaire : « Je reviens en politique. » Et c'est effectivement un retour motivé, assure-t-il, par le score du FN lors des dernières régionales. « C'est un signal d'alarme qui doit alerter tous ceux qui ont l'envie, et la compétence d'apporter des réponses aux problèmes du pays. Or personne ne peut contester mes succès face au Front National. Notamment aux européennes de 1994, quand je l'avais ramené à 10% des voix. » Mais 94, c'était il y a plus de 20 ans… Qu'importe, l'ancien patron de l'OM précise qu'il présentera, d'ici la fin janvier, un premier projet pour lutter contre le chômage des jeunes. En dispensant des formations, « et des outils qui permettront de détecter les talents de chacun » . Et ce plan a-t-il une chance d'intéresser le gouvernement, interroge Laurent Valdiguié. Réponse de Tapie : « La volonté du pouvoir actuel semble aller dans ce sens, puisqu'ils ont demandé l'unité nationale sur le sujet de l'emploi. » Et quand le journal veut savoir s'il a prévu de se présenter à la prochaine présidentielle, il évacue d'une phrase : « Chaque chose en son temps. » Cependant, sa femme Dominique confie qu'elle préfèrerait vraiment que son mari ne replonge pas dans le chaudron politique. « Je ferai, dit-elle,tout pour l'en dissuader. » Bernard, il faut sans doute savoir écouter sa femme.

Des idées contre le chômage, LE JOURNAL DU DIMANCHE en liste d'ailleurs plusieurs autres. Instaurer un contrat sans charge, ainsi que le propose le président de la CGPME… Appliquer le projet "zéro chômeur de longue durée", ainsi que le propose la présidente d'ATD Quart Monde… Réformer l'apprentissage, ainsi que le propose le directeur de l'institut Montaigne… Pour le reste, vous lirez dans le journal que la montagne est le premier employeur de saisonniers en France, et qu'avec la baisse du prix du pétrole, les pays du Golfe pourraient bientôt découvrir l'austérité. Foule de sujets dans LE JDD , mais pas une ligne sur la mort de Kurt Mazur. J’ai bien cherché, non : pas une ligne. « Kurt Mazur, un chef de légende » , commente pourtant LE PARISIEN . Il était l’un des plus grands chefs d'orchestre du monde.

LE PARISIEN qui fait sa Une sur la progression de l'enquête sur les attentats de Paris. Et le quotidien annonce même des révélations, sur la base de l'analyse des téléphones portables utilisés par les terroristes. Des échanges de textos le vendredi des attentats : « On est parti, on commence ! » Tout montre que les attaques étaient minutieusement préparées. Mais pas, en revanche, la fuite de Salah Abdeslam. Avant l'aube du 14 novembre, il cherché par tous les moyens à échapper à la police et à quitter Paris. Il s'est d'abord tourné vers son cousin parisien, le suppliant de venir le chercher à Châtillon, dans le 92, parce qu'il était, lui a-t-il dit, « dans la merde » . Scotché à sa télé, le cousin refuse net : « Je ne sais pas si t'es au courant, mais il y a des attentats ! » « Ah ouais, il y a des attentats ? » , lui répond Abdeslam dans cet échange surréaliste.

Récit, ensuite, de sa fuite vers la Belgique. Il enjoint à ses convoyeurs d'emprunter les petites routes, mais le trio se perd et se retrouve sur l'autoroute. Ils n'évitent donc pas les barrages et subissent pas moins de trois contrôles en France. Au premier, « le policier nous a demandé si on avait consommé » , selon le témoignage d'un des deux amis du terroriste. Abdeslam ne bronche pas, mais eux deux rétorquent 'oui', car ils viennent de fumer un joint. « Le policier a dit que ce n'était pas bien, mais que ce n'était pas sa priorité aujourd'hui. » Ce n'est qu'au deuxième contrôle qu'on leur demande leurs papiers. Et au dernier, près de Cambrais, Abdeslam donne même son adresse en Belgique. Mais à cet instant, il n'est pas encore recherché.

Deux actus très, très différentes à la Une de la presse du Nord. Une actu sociale à la Une de NORD LITTORAL , qui s'alarme du désert médical à Calais : la ville vient de perdre son dernier pédiatre... Une actu paillettes à la Une de LA VOIX DU NORD , qui consacre tout un dossier au sacre d'Iris Mittenaere, devenue miss France 2016. Elle est brune, elle a 22 ans, elle est étudiante en chirurgie dentaire et, bien sûr, elle était émue quand on lui a remis la couronne. Une couronne pour une future dentiste, on dira que ça s'imposait.

Et puis nous entrons dans la semaine de Noël et les journaux nous donnent leurs conseils pour le réveillon. Conseils culinaires dans LE PETIT BLEU D'AGEN : réveillez donc votre foie gras avec un bouillon de poule. Mais c'est une idée, pourquoi pas… Les conseils d'une nutritionniste dans les pages de L'ARDENNAIS : comment passer les fête sans prendre de poids. Eh bien faut éviter le foie gras, donc on ne garde que le bouillon de poule, il sera joyeux, le réveillon… De son côté, GRAZIA nous explique comment éradiquer la gueule de bois : du jus de citron dans du thé vert, et puis n'hésitez pas à faire du vélo. Mais faire du vélo quand on a trop bu la veille, je ne suis pas certain que ce soit vraiment la solution.

Lire, par ailleurs, dans SUD OUEST , le joli conte écrit par la chanteuse Juliette. Une conversation attrapée dans un salon de thé : deux vieilles dames dont l'une est l'épouse du marchand de sable et l'autre celle du père Noël… Le père Noël qui, à en croire NICE-MATIN , a débarqué hier sur la promenade des Anglais : photo à la Une du journal, le monsieur fait du ski nautique.

Et puis, à l'occasion des fêtes, très chouette hors-série du très chouette hebdomadaire LE 1 :« Paris sera toujours Paris » . Un numéro deux en un, entièrement dédié aux écrivains qui ont célébré les beautés de notre capitale. « Après les actes terroristes qui nous ont laissés sans voix, souligne Eric Fotorino, plus que jamais il faut parler et exprimer ce que Paris ne cesse de nous inspirer : une joie de vivre inextinguible et une envie de partager. » Et le directeur du journal de citer l'auteur allemand Heinrich Heine : « Quand le bon Dieu s'ennuie dans le ciel, il ouvre la fenêtre et il regarde les boulevard de Paris. » Dès lors, ouvrez les fenêtres, ouvrez les yeux, ouvrez vos cœurs ! Et donc joyeux Noël à tous, avec un petit peu d'avance…

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.