Bonjour à tous… « La campagne électorale vous barbe. Les montebourdes vous glacent. Les sarkoseries vous lassent. La royalitude vous coince : changez de présidentielle ! Quittez le réel et allez voir du côté du virtuel. De chez soi, au bureau, derrière son ordinateur, on peut maintenant faire de la politique autrement. » « Qui se prononce ainsi en ce tiède samedi ? Qui nous suggère de cette manière, d’aller voter avec les trois millions d’internautes qui se sont créé une autre vie en taquinant la souris ? Ne cherchez pas. C’est Jean-Michel Thénard qui retrouve dans « Libération », les accents de Pierre Dac et Francis Blanche quand ils se gaussaient des injonctions de la publicité. « Pour rentrer chez vous, une seule adresse, la vôtre ! Si vous prenez le métro, descendez à Saint-Philippe du Roule, la seule station qui n’amasse pas mousse… » Brave Pierre Dac qui saluait ses auditeurs, d’un retentissant : « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Mon général, ma sœur… » du plus bel effet ! Fini, fini ce temps-là, comme l’écrit aujourd’hui Jean-Michel Thénard… « Avec un peu de chance, on pourra bientôt mettre de chez soi, son bulletin dans l’urne, et désigner un président numérique différent du candidat physique. Le battu du réel devenant l’élu du virtuel ou vice-versa ! Et les deux cohabitant pendant cinq ans. Ce qui constituerait une première dans l’histoire de la Vème République, avec deux présidents, forts chacun de la légitimité de leur camp, de leur monde. » Du Nouvel Observateur à La Croix, et du Figaro Magazine au Point, nombre d’éditorialistes, s’étonnent ensemble ce matin d’une élection présidentielle, ou le deuxième tour précède le premier. Ils sont 44 prétendants recensés, avec ou sans les 500 signatures, et deux dégagés de la mêlée, qui créent, ironise Bruno Frappat, une température bipolaire. « Cela tourne à l’obsession… » soupire mon confrère de La Croix, dans sa jolie chronique d’humeur. Lui ou elle. Elle et lui. L’un ou l’autre, l’autre ou l’une. Ségo ou Sarko. Nicolas et Ségolène, l’homme et la femme, bras dessus bras dessous dans les sondages. Et dans les têtes. C’est le couple de l’année. Il règne sur la France une température bipolaire. Résultat : on ne sait plus comment s’habiller pour sortir, pour penser et, demain, pour voter. C’est peut-être la faute aux médias. Pas un jour en effet depuis des années, sans Nicolas Sarkozy. Pas un jour, depuis des mois, sans Ségolène Royal. Il est allé par ici, elle repassera par là. Ils sont les furets du bois joli. Il a dit ci, elle a dit ça. On l’a vu dans cette ville, elle a visité ce village. Il a parlé sécurité, elle a parlé fiscalité. Et de discourir, et de se montrer, et d’aller « vers les Français », l’un pour dire « ce que je pense, moi », l’autre pour demander, « et vous, qu’en pensez-vous ? » Médiatiquement, ajoute Bruno Frappat, ils sont, chacun dans son genre, parfaits. Lui, très net de contours et d’aspérités. Elle, plus fluide, le charme et la grâce. Lui, carré de mots, parlant très « mec », si l’on peut se permettre. Elle, parlant dans un sourire ouaté, la parole parfois alanguie, très « nana », si l’on peut se permettre aussi. Résultat, conclut l’éditorialiste de La Croix : beaucoup de gens hésitent. Il suffit de tendre l’oreille : « Je lui trouve ceci, à Sarkozy, mais elle, Ségolène, je lui trouve cela. Il m’inquiète et me séduit. Elle me séduit et m’inquiète. » Pas de programme, trop de programme. Le flou, le dur. Le citoyen s’égare, la citoyenne doute. Lui ? Elle ? On n’en sort pas. On tourne en rond. Dans les consciences, sur les ondes et les écrans, dans la presse, c’est déjà le second tour ! Sur le même thème, dans un éditorial brillant du Point, Claude Imbert rappelle qu’une élection présidentielle sert en principe à donner une direction à la France. L’électeur, explique-t-il, est prié de dire ce qu’il veut, plutôt que ce qu’il est. Scrutin majoritaire, avec un second tour, limité à deux candidats, il incline à un choix binaire. Et au vote utile. Il en est aussi, dans la plupart des grandes démocraties. Avec une différence, que l’éditorialiste du Point souligne ce matin. Chez nous, le total des candidatures extrêmes de gauche et extrême de droite, plus l’abstention, prive les deux principaux partis de gouvernement de l’adhésion populaire dont ils jouissent dans les autres pays. Résultat, selon Claude Imbert… « Chez nous, le duel, malgré ses vertus de clarté et d’efficacité est toujours précédé, de divisions et de confusion. Est-ce que ce comportement est en passe de changer. Réponse dans cent jours. Et l’éditorialiste du Point, de considérer, qu’en attendant, les résultats l’opinion fortifie deux leaders… Ségolène, qui souligne-t-il, brille encore au firmament socialiste. Tandis que parallèlement à droite, s’est imposé, déjà depuis dimanche dernier Nicolas ! Et Imbert de conclure sur ce point : « Les médias s’en régalent, sans qu’il faille les soupçonner d’on ne sait quel complot. Ils vont, en effet, où leur public va. L’égalité parfaite des acteurs ça n’existe pas. Pas plus au théâtre politique, qu’au théâtre de boulevard. » Suit, sous la plume, du même Claude Imbert, un examen lucide, de ce qu’il appelle l’adieu chiraquien, qui sera bien différent dans trois mois, de l’adieu gaullien sur une lande irlandaise. C’était triste, c’était noir. Chirac écrit-il… Chirac, lui, ose être ce qu’il est : un affairé, un affamé, un drogué de pouvoir. Il veut encore en respirer le fumet, courir la poste un continent l’autre. Et, faute de réveiller le peuple, remuer la foule. Le voici qui sort de son chapeau une volée de promesses intenables au moment où son chapeau le quitte. Il muguette Sarkozy, tripote l’hypothèse de sa propre candidature, joue au chat et à la souris. Mais la souris est, désormais, plus grosse que le chat. Son tort fut d’aimer le genre humain plus que les français, et les français plus que la France, jusqu’au point de tout leur passer. » Et François Bayrou, me direz-vous ? Jacques Julliard, explique dans Le Nouvel Observateur que Bayrou a bien changé lui aussi. Le Béarnais s’est fait garçon, et comme il ne peut présenter une solution politique viable, il est condamné à une surenchère égalitaire permanente d’où la guerre qu’il fait aux médias. En vérité, dans la majorité de Bayrou, il n’y a que Bayrou lui-même. Le talent peut-il se substituer à la cohérence ? Faute de pouvoir présenter une solution politique viable, Bayrou est condamné à une surenchère égalitaire permanente. D’où son insistance sur les aspects formels de la démocratie, en quoi il rejoint parfois l’extrême-gauche et l’extrême-droite dans une impuissance pieuse. Mais ce vide ne laisse pas d’inquiéter. Son extrême centrisme, à la Jean-François Kahn, fait à la fois chaud au cœur et froid dans le dos. C’est l’aventure en charentaises. Fin de citation. A la page précédente du Nouvel Observateur, Jean Daniel fait un pas de plus en expliquant que tout le monde plagie tout le monde. Et oui, soupire Jean Daniel, l’humanisme est œcuménique, même si les valeurs de solidarités restent à gauche, et les valeurs de compétition à droite. Il ne faut donc pas s’étonner, ajoute Jean Daniel, d’entendre Nicolas Sarkzoy citer Victor Hugo, Jaurès, Zola et Camus. Blum citait Jaurès et c’était dans l’ordre des choses. Mais de Gaulle l’a fait de la même manière. Et Giscard d’Estaing a cité Blum. Quant à Mendès France, il se référait volontiers à Jaurès et à Blum et à Poincaré. Cette évocation rassembleuse et stratégique montre que c’en est fini, pour une majorité de Français, de la droite raciste, conservatrice, nostalgique de l’Ancien Régime, appuyée par une Eglise catholique qui était puissante et réactionnaire. Alors voilà, Sarkozy conclut Jean Daniel n’est pas Le Pen. Il faut d’ailleurs ajouter que Le Pen lui-même ne veut plus, en apparence, être tout à fait Le Pen. Dans Le Parisien, je lis à la rubrique déplacement… Hier à Millau, dans l’Aveyron, Sarkozy a de nouveau invoqué Jean Jaurès… en citant cette belle métaphore. « C’est en allant vers la mer que le fleuve est fidèle à sa source… » Cette belle image appartient évidemment à tout le monde… comme celle de Prévert, vous savez dans Le cancre : Il dit oui avec la tête, il dit non avec le cœur… il dit oui à ceux qu’il aime, il dit non au professeur. Dans l’Express, deux ministres de l’éducation sont en plein accord… Ils débattent ensemble et ils le disent. Il y a François Fillon, le sarkozyste et Claude Allègre, le jospiniste… Je vous conseille de ne pas mettre cet article, ce débat de l’Express dans toutes les mains parce que les profs vont manifester cet après-midi parce que Fillon et Allègre qui disent ensemble : oui, il faut dégraisser le mamouth. Je le dis tout bas pour qu’on ne l’entende pas.

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