Bonjour à tous… Joyeux ! Joyau ! Joyon ! Joyon, Francis de son prénom, a franchi ce matin à 0 h 39, pendant que nous dormions, la ligne d’arrivée de son tour du monde en solitaire. « Bravo au génial artisan des mers » s’écrie Frédéric Augendre dans LE PARISIEN. Un journal où l’on ne craint pas de veiller tard le soir, pour attendre la dernière minute de l’exploit, et imprimer la nouvelle fraîche, sans s’en remettre aux radios et aux télés, qui vont la diffuser et la commenter toute la journée… On a veillé tard aussi au TELEGRAMME DE BREST, plus proche de la ligne d’arrivée franchie cette nuit par Francis Joyon, navigateur courageux et taiseux. D’où ce titre admiratif du quotidien brestois « Grandiose » et cette courte explication : « Francis Joyon a pulvérisé en moins de 58 jours le record détenu par Ellen Mac Arthur ». Tout à l’heure, au port du Commerce de Brest, des centaines de personnes lui réserveront un triomphe. « Historique, magnifique exploit » renchérissent aux pages sportives des deux quotidiens cités, mes confrères experts de la voile en solitaire. « Vous allez voir l’ovation, qui va saluer tout à l’heure, notre diable de navigateur bâti comme une armoire normande, prévoit Frédéric Augendre. Quant à son record, certains vont se mettre en tête de le déposséder, comme il dépossède aujourd’hui Ellen Mac Arthur du sien… mais ce n’est pas pour demain » Alors bien sûr, les journaux, comme notre ami Christian Beix de France Inter et France Info, avaient prévu depuis quelques jours l’exploit joyeux du joyau Joyon. Et la plupart ont écrit sur l’exploit avant l’exploit, en mettant prudemment la nouvelle au conditionnel : Joyau devrait franchir cette nuit la ligne d’arrivée de son tour du monde en solitaire. Mais je voudrais détacher deux portraits du navigateur français. Celui de Patricia Jolly dans LE MONDE daté de dimanche/lundi, et aussi celui que signe Alexis Bernard dans LE COURRIER PICARD. Pour mon confrère amienois, Joyon est fou à lier. « Il faut en effet être allumé, écrit-il, pour réussir – et même seulement tenter – un tour du monde comme il vient de l’accomplir : sans escale, sans assistance, en solitaire sur un multicoque de 30 mètres. En bouclant sa petite balade en 57 jours, le skipper morbihannais met la barre haut, très haut, là où beaucoup pensaient qu’il est déraisonnable de la repousser. Pour mesurer cet exploit, il ne faut même plus regarder les précédents records en solitaire. Il faut désormais le comparer avec les temps de référence… en équipage. Joyon réalise ainsi le troisième chrono de l’histoire des tours du monde à la voile, toutes catégories confondues. A peine huit jours de plus que Bruno Peyron et son armée de 13 équipiers ! Joyon lui, était tout seul. Personne pour prendre le relais à la barre. Personne pour surveiller les icebergs dans les 50ème hurlants. Personne pour le hisser en haut de son mât de 32 mètres quant il a fallu le rafistoler… Joyon lui, n’a pu compter que sur lui et sur son trimaran pour y arriver. Son record n’en est que plus noble. Plus fou surtout. » Francis Joyon, maître des vents, renchérit Patricia Jolly dans son enquête du MONDE, sur l’homme et son trimaran. « En mer, écrit-elle, en citant le skipper Roland Jourdain, en mer, rien n’arrête Francis. Il a cette incroyable capacité à ne garder en éveil que les neurones nécessaires à la survie ». Suit la biographie du marin de 51 ans, formé à l’école des Glénans, et à celle de la vie, avec travail des mains pour ce fils d’un entrepreneur en bâtiment, natif de l’Eure et Loire. La suite est simple, c’est Patrice Lafargue, PDG d’IDEC qui raconte : « Francis n’avait pas de bateau. Entre nous, ça s’est passé à l’ancienne, avec une poignée de main, et je l’aide à vivre sans le considérer comme un salarié. Ce n’est pas un homme à enfermer dans un cadre. Il le don de faire partager les choses et une sérénité étonnante par rapport aux évènements. » Avec une enveloppe globale de 3 millions d’euros « pas dépassé d’un centime » pour cette deuxième tentative, le patron de cette PME spécialisée dans l’immobilier d’entreprise a offert au skipper, le luxe d’un bateau neuf, étranger à ses habitudes. Et sur l’eau, me direz-vous… sur l’eau, pendant 58 jours et 58 nuits, ça se passe comment… Réponse de Patricia Jolly, dans LE MONDE daté de dimanche/lundi : « Tous les soirs, vers 19 heures, Francis téléphone chez lui. Virginie lui envoie deux courriels quotidiens. "Seules trois ou quatre personnes peuvent lui écrire" , explique sa femme. Se refusant à utiliser une énergie fossile polluante, Francis Joyon se passe du traditionnel moteur qui fournit l’énergie du bord indispensable au pilote automatique ou au système informatique embarqué. Il se contente de panneaux solaires et d’une éolienne qu’il a lui-même posés. Il prive aussi de toute source de chaleur, l’intérieur totalement dépouillé d’IDEC. "Quand il fait trop bon à l’intérieur, on n’a plus envie de sortir pour faire avancer le bateau" argue-t-il. "Mon frère est farouchement à l’écoute de la planète" appuie Christian Joyon. A bord le navigateur s’est d’ailleurs réjoui de l’annulation du Dakar et de la décision de suspendre la culture des OGM. Des réminiscences de son enfance passée à cultiver un petit potager bio en Eure-et-Loir. » Après Joyon… Fillon. Et oui… la presse découvre le Premier ministre et se prend même d’affection pour lui, profitant de la dépression sondagière que traverse Nicolas Sarkozy. D’où cette manchette du PARISIEN ce matin. « Et si François Fillon devenait à la mode ? » C’est écrit comme ça, avec un point d’interrogation. Ce qui rappellera à certains les propos du regretté ministre canadien Trudeau : « Si ma tante avait des roulettes, ce serait un autobus ». Si François Fillon devenait à la mode et finissait par séduire les Français ? C’est la question du PARISIEN. En deux pages, le journal explique qu’il existe une sarkoze obsessionnelle, et cite un militant UMP, fasciné par le côté taiseux du Premier ministre… Et Béatrice Houchard de conclure : « Alors que la côte d’amour du président commence à s’effriter, Fillon rassure par son image apaisante. A lui de transformer la tendance en phénomène durable. » LE JOURNAL DU DIMANCHE est sur la même ligne. Avec pour la justifier, un sondage de l’Ifop, mauvais pour Nicolas Sarkozy, qui enregistre plus de mécontents que de satisfaits, et bon pour François Fillon, qui satisfait 50% des personnes interrogées contre 46% de mécontents, et dépasse le président de trois points. « Surprise », résume LE JOURNAL DU DIMANCHE qui rappelle néanmoins que ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la Vème République, que l’hôte de Matignon voit sa côte d’amour l’emporter sur celle de l’hôte de l’Elysée. Qu’on se rappelle seulement… Jacques Chaban Delmas, plus populaire que Georges Pompidou, Pierre Mauroy, plus populaire que François Mitterrand, idem pour Pierre Beregovoy et pour Michel Rocard… et Dominique Villepin. A ceci près que les fusibles restaient des fusibles, et sautaient quand le président jugeait qu’ils le devaient. Sur le même thème…. Actualisé, avec Sarkozy, victime du pouvoir d’achat, de la conjoncture, de l’hypermédiatisation de sa vie privée… et de ses idées de réforme, le point de vue d’Eric le Boucher, en dernière dans LE MONDE. « On fera le point sur le pouvoir d’achat. Pourquoi diable (ô ! pardon) le président s’est-il enferré dans cette impasse de promettre du pouvoir d’achat alors que ce n’est pas le problème de la France et qu’il n’a aucun moyen pour tenir sa promesse, comme il l’a reconnu lors de sa conférence de presse ? Entre la politique économique dite de la demande et celle de l’offre, il est temps pour Nicolas Sarkozy d’établir une cohérence. Et d’écarter des conseillers qui l’égarent dans de nouvelles promesses providentielles. » Un livre à lire toute affaire cessante, celui de Jean Mauriac, le fils d’André Mauriac. Ça s’appelle « Le Général et le Journaliste ». Le général de Gaulle n’aimait pas les journalistes, ce que rappelle Jean Mauriac à son égard. Voici que disait de Gaulle : « Recevoir un grand nombre de journalistes, c’est un plaisir, un petit nombre, c’est un ennui, un seul d’entre eux, c’est un supplice ».

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