Bonjour à tous… « Le langage trahit-il la pensée ? ». Pas toujours. Il leur arrive même de bien s’accorder. Voyez plutôt l’Art poétique de Verlaine qui commande : « De la musique avant toute chose, Et pour cela préfère l’impair Plus vague et plus soluble dans l’air, Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. […] De la musique encore et toujours ! Que ton vers soit la chose envolée Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée Vers d’autres cieux et d’autres amours. Que ton vers soit la bonne aventure Eparse au vent crispé du matin Qui va fleurant la menthe et le thym… Et tout le reste est littérature. » Le langage trahit-il la pensée ? Quelquefois les mots nous manquent, mais pas toujours. Ainsi, avant-hier, François Fillon parlait juste en évoquant « le cri de la liberté jeté au visage de l’oppression ». Pensait-il ou ne pensait-il pas alors à l’Iran ? Peu importe. Le Premier ministre dévoilait sur la façade de l’Hôtel Matignon, une plaque rappelant, que quatre ans après l’appel du 18 juin, Charles de Gaulle présidait rue de Varenne le premier Conseil des Ministres de Paris libéré. Peu de journaux ont rapporté ce que le Figaro présente comme le propos inspiré de François Fillon célébrant la mémoire d’un officier presque inconnu au nom prédestiné « de Gaulle ». Un patriote inflexible, un rebelle visionnaire, qui le 18 juin 40 d’une voix brouillée mais ferme, ranima l’espoir d’une Nation brisée. On a perdu l’enregistrement du fameux appel prononcé en fin d’après-midi à la BBC. Mais le 19, et le 22 juin 1940, De Gaulle s’y est exprimé à nouveau, et le son de la voix ferme et brouillée est resté. Tout comme ont été conservés quelques micros Marconi, type AXB 1939, identiques à celui utilisé par Charles de Gaulle à Londres, pour son appel aux soldats français, aux ingénieurs, aux ouvriers, se trouvant en territoire britannique ou venant à s’y trouver, tous invités à se mettre en rapport avec lui. Ce micro que l’on voit sur la photo figurant dans tous nos livres d’histoire est là, branché dans ce studio. Massif, symbolique et émouvant comme une relique défiant le temps. Est-ce le bon ? Pas sûr, mais il provient d’un collectionneur anglais, qui l’a acheté à la BBC puis vendu à l’Association des Anciens combattants et Victimes de guerre de l’audiovisuel. C’est son Président, Monsieur Claude Baeyens qui m’a révélé son existence cette semaine et le don, qu’en avait fait l’association aux Collections muséales de Radio-France. Le 18 juin 1940, au lendemain de la défaite, cinq des quarante millions de Français, possédaient un récepteur. Une TSF, comme on disait alors. Et certains de nos contemporains ont entendu, l’appel lancé à la BBC. Valéry Giscard d’Estaing a dit un jour, qu’il figurait parmi ceux-là. Ici la France. Les Français parlent aux Français. Pom – Pom – Pom – Pom. Point, trait… Point, trait… Point, trait… en morse. L’indicatif le plus célèbre du monde est encore dans toutes les oreilles et dans tous les cœurs. Mais avouez, Stéphane, Sandra, que c’est un sacré privilège, que de brancher, ici et maintenant, le micro symbole des résistances et des luttes des peuples pour leur liberté. La voix brouillée et ferme du Général qu’évoquait François Fillon. On peut, grâce à ce micro Marconi, l’imaginer, avec ce court extrait de l’appel, que je vais reprendre évidemment, sans les accents de son auteur. « Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra jamais. Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la Radio de Londres ». Hier, la radio, aujourd’hui Internet, pour faire passer les mots, les rêves et les actions engagées par les peuples opprimés. OUEST-FRANCE déplore en première page, la prise de position de l’ayatollah Khamenei en faveur de Mahmoud Ahmadinejad. Une prise de position qui pour le journal Rennais n’empêchera pas les manifestations d’aujourd’hui, mais place l’Iran sous haute tension. Avis partagé par le FIGARO, qui titre sur une journée décisive pour la liberté. Selon Georges Malbrunot, le guide suprême a lancé un ultime avertissement à la rue. Un défi prêt à relever par les contestataires, malgré leur crainte d’un bain de sang. LIBERATION relève les réactions occidentales. Celles des 27 Européens qui ont demandé à Téhéran de garantir le droit à l’expression de tous les Iraniens. Celle de Nicolas Sarkozy, appelant plus directement les dirigeants iraniens à ne pas commettre l’irréparable. La France appuie, a-t-il dit, le droit et le souhait des Iraniens à une transparence et à la vérité. Manque, la prise de position de Barack Obama cette nuit sur la chaîne CBS-News. « Je suis très préoccupé, a dit le Président des Etats-Unis, compte tenu de la teneur et du ton des déclarations qui ont été faites, de savoir si le gouvernement de l’Iran est bien conscient que le monde l’observe ». On le voit, Barack Obama reste prudent, mais sort de son silence pour dire : « Attention nous regardons et nous jugerons ». Une phrase encore d’Obama qui derrière Gordon Brown et Nicolas Sarkozy durcit le ton lui aussi : « La façon dont le gouvernement iranien traite les personnes, qui par des moyens pacifiques tentent d’être entendues, enverra un message clair à la communauté internationale sur ce qu’est ou n’est pas l’Iran ». A noter que Gordon Brown visé hier par le Guide suprême, Ali Khamenei, l’est peut-être par l’existence d’une chaîne lancée par la BBC. Une chaîne en farsi qui consacre quinze heures par jour à l’Iran. Détails en page II de LIBERATION, sous la plume de Sonia Delesalle Stolper. J’avais garde d’oublier d’évoquer cette curieuse affaire de l’attentat de Karachi, lié ou pas à des histoires de rétrocommission. Affaire d’Etat, scandale français, qui en veut et pourquoi à Edouard Balladur ? Quelles preuves détiennent les juges, chargés du dossier. La MONTAGNE de Clermont-Ferrand, le REPUBLICAIN LORRAIN, LIBERATION insistent ensemble sur la thèse politique. Nous y reviendrons demain. Dans LA CROIX la chronique de Bruno Frappat sous le titre « Sympatiques dirigeants ». Par qui sommes-nous dirigés ? Dans la tempête qui secoue la planète (au propre et au figuré), on a le droit de connaître le fond et l’arrière-fond des personnages qui jouent les premiers rôles. Soyons juste : ce sont là des forbans de bel acabit, mais qui ne doivent pas masquer l’existence d’honnêtes gens, par ailleurs. Ou, plus précisément, ailleurs. Mais le problème est celui-ci : c’est dans ces pays-là que nous aurions le plus besoin, actuellement, d’hommes sages, d’hommes de paix. On dirait qu’un désir de guerre les unit. Qui nous a concocté cette distribution d’enfer ?

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