Bonjour à tous… « Sarkozy-Fillon… ça démarre fort ». « Ca bouge ». Et à lire les premiers sondages qui accompagnent les étonnements de la presse dominicale, les Français sont très satisfaits… Les ministres Rachida Dati, Jean-Louis Borloo, Bernard Kouchner sont plébiscités. Alain Juppé le numéro 2 du gouvernement, chargé désormais, des transports, de l’équipement et de l’écologie dit au JOURNAL DU DIMANCHE son bonheur d’aider Nicolas Sarkozy. Quant à François Fillon, c’est chez lui, à Sablé dans la Sarthe, que le Premier ministre s’est engagé, hier avec émotion à risquer et gagner les prochaines élections législatives. Bref, tout se passe comme dans l’exhortation poétique de René Char si souvent citée : « Impose ta chance. Serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. » La chance. Le bonheur. Le risque pour un nouveau gouvernement, on appelait ça, jadis l’état de grâce. Un état qui durait plus ou moins longtemps, quelques semaines, quelques mois. Et que Didier Pobel, évoque joliment ce matin, dans son billet du DAUPHINE LIBERE. L’Etat de grâce, écrit-il, c’est quelque chose comme un sentiment d’apesanteur générale. Un air qui court. Une romance. Et mon confrère d’interroger… Mais qu’est-il donc arrivé, une fois de plus à la France, la France si souvent sujette aux coups de blues ? Voici qu’elle se prend pour une jeune fille ! Elle rit comme une adolescente. Elle sifflote les refrains de Didier Barbelivien et semble vouloir illustrer, comme dans les publicités, le prochain passage de l’ami Ricoré. Et le billettiste du DAUPHINE LIBERE de poursuivre sur l’image d’un Nicolas Sarkozy tout-terrain qui arbore partout sa tenue de jogging en distribuant des poignées de main solides comme des promesses. D’où la question de mon confrère… Alors, heureuse la France, et sa réponse très littéraire… « Oui… Le temps d’un week-end ensoleillé, le Festival de Cannes s’est délocalisé à Brégançon. Loin de la Sarthe où le Premier ministre a retrouvé à Sablé sa petite Madeleine proustienne. Alain Juppé a fait, quant à lui, du vélo à Bordeaux. C’est presque aussi écolo que le cheval de Montaigne. On l’a même vu hier acheter des cerises et une rose. Ressembler à tout le monde paraît être devenu le leitmotiv de nos hommes et de nos femmes politiques. Alors heureuse la France de mai 2007 ? Oui, à 69%, selon l’institut d’enquêtes Opinionway. Tonalité voisine dans LE JOURNAL DU DIMANCHE où Florence Muracciole, décrit Nicolas Sarkozy comme le furet de la comptine… le furet qui court, court, qui passe par ici, et qui repassera par là. Sarkozy est partout. A l’Elysée, au Bois de Boulogne, à Berlin, à Toulouse, à Brégançon. Là en costume. En short. En jean. Il imprime sa marque : celle d’une présidentialisation du régime, décontractée mais très active. C’est là, conclut Florence Muracciole, que commence la rupture tant voulue, par le candidat UMP, tout au long de sa campagne électorale. Mais attention, cette attitude qui consiste à se saisir de tous les dossiers à l’Elysée, n’a rien de tranquille, et peut sembler très risquée. » Impose ta chance. Serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder… ils s’habitueront ! Pas sûr, semble répliquer dans son éditorial, Jacques Espérandieu… « La manœuvre sarkozienne de dynamitage du centre et de la gauche écrit-il est habile, mais risquée. Mécontenter quelques fidèles… ça passe. S’exposer à des couacs, avec des personnalités de l’autre bord au nom de l’ouverture, ça peut très bien passer aussi… Mais attention aux précédents… et attention aux embardées comme viennent de le démontrer, les tribulations du radical de gauche, ami de Jean-Louis Borloo, Monsieur Jean-Michel Baylet. Et Espérandieu d’expliquer à ses lecteurs qui n’auraient pas vu, le patron des radicaux de gauche, se déporter vers le centre, après une entrevue-surprise avec le Président de la République… Et se replacer ensuite, à gauche sous la pression des candidats de son parti investis par le Parti socialiste de François Hollande. Espérandieu de se demander alors dans quel sens, décidément le paysage politique bouge en France ! C’est une bonne question… Je vous remercie de me l’avoir posée. François Hollande y répond dans le JOURNAL DU DIMANCHE en affirmant que le pire, pour la gauche et pour la France, peut encore être évité. Entendez que les prochaines élections législatives sont pour Monsieur Hollande, le moyen de permettre – je cite – l’émergence d’une force de proposition et de vigilance. Force que Nicolas Sarkozy s’applique – je cite encore - avec malice et brutalité, à réduire ! Voyez c’est nouveau. Il y a quelques temps, Sarkozy était seulement brutal, maintenant il est devenu malicieux. Donc, ça va mieux. Et là-dessus, le Premier secrétaire du Parti Socialiste, se dit rassuré, par Jean-Michel Baylet, qui ne changera pas d’alliance et pas de stratégie, et aurait été lui, simplement victime des malices de Nicolas Sarkozy. Le journal L’ALSACE, le journal de la HAUTE MARNE, le journal LA MONTAGNE, l’INDEPENDANT CATALAN… tous reviennent sur le style du tandem Sarkozy-Fillon, leur pêche au centre, dans le vivier de François Bayrou, et le braconnage, comme disait LIBERATION hier, braconnage dans les eaux socialistes… « Les contrefaçons se vendent bien, explique ce matin Patrick Fluckiger dans l’ALSACE, même si ajoute-t-il, elles sont en retrait sur l’original déposé par François Bayrou et Ségolène Royal, lors de la récente campagne électorale… » Et l’éditorialiste mulhousien d’ajouter : pour les transfuges également, c’est tout bénéf. Voici quelques années encore, on les aurait traiter de « traitres », de « renégats », de « félons ». Ces mots semblent être restés à l’usage du XXè siècle et aussi de Jean-Marie Le Pen. Aujourd’hui, on dit « ministre d’ouverture ». 66% des Français estiment d’ailleurs que Bernard Kouchner a eu raison d’accepter le maroquin des Affaires étrangères. Kouchner, Morin, Besson attaquaient pourtant Nicolas Sarkozy sans nuance en début d’année. Mais qu’à cela ne tienne : les Français ont compris que la frontière entre la gauche, la droite et le centre est plutôt poreuse. Alors pourquoi ne pas la supprimer ? J’ai cherché dans la presse… sévère, vis-à-vis de Bernard Kouchner, si l’on évoquait aujourd’hui certains précédents… dont vous vous souvenez Pierre Weill… parce que vous êtes comme moi un vieux journaliste et vous avez de la mémoire… Vous vous souvenez d’André Bulloche ? Il était gaulliste et puis il est allé travailler avec beaucoup de satisfaction chez François Mitterrand. Même chose pour Alain Savary, compagnon de la libération à Saint-Pierre et Miquelon, gaulliste et qui va chez Mitterrand.… Et Edgard Pisani… et Michel Jobert ? Je l’évoque lui, parce qu’il a été ministre des affaires étrangères de Georges Pompidou et il est devenu ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand… Il est donc passé de la gauche à la droite. Il me semble qu’on l’a beaucoup moins enguirlandé qu’on enguirlande aujourd’hui Bernard Kouchner. Mais c’était un point de vue personnel. J’ai gardé d’ailleurs pour la bonne bouche… deux articles à lire. Alors il y a celui-là de Max Gallo… lui aussi il a été dans le gouvernement de François Mitterrand. Et aujourd’hui dans Le Parisien, il écrit ceci, ça c’est audacieux. « Mai 2007 est peut-être plus important que mai 81. » Et dans cet article, Max Gallo dit : certains prétendent que la droite braconne à gauche, ça m’amuse, les hommes sont libres, on ne les contraint pas. Il est interrogé par Dominique de Montvallon Mais qu’est-ce vous dites de la gauche, la gauche amie d’hier… Réponse de Max Gallo. Je lui dis qu’il faut enfin regarder notre monde en face. Ah bon, alors vous considérez que la gauche a subi à l’élection présidentielle une défaite historique. Réponse de Max Gallo. Je le cite intégralement. « Oui, historique. Je crois qu’à la réflexion que Ségolène Royal quelles que soient ses responsabilités a sauvé la gauche d’une défaite plus grave encore car c’est une femme. Elle s’appelle Royal. Elle parlait comme une télé évangéliste et invoquait Jeanne d’Arc en ne disant rien ou presque sur le fond. Du coup, conclut Max Gallo, le vide qu’elle représentait était plus attrayant que le vide qu’aurait incarné un autre candidat socialiste. Et enfin, l’autre éditorial à lire, c’est un billet d’humeur. Ca s’appelle « le consensus de l’île ». Et c’est signé Jean-Michel Roustand. Et on trouve ça dans le journal de Reims qui s’appelle L’UNION. Alors, lui, il écrit : Mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec leur île ? Ils partent tous. Nicolas Sarkozy au Fort de Brégançon, là on peut comprendre. Mais à gauche, même attraction pour les îles. Les vaincus n’ayant pas les mêmes amis, ou les mêmes goûts, que les vainqueurs, poursuit mon confrère de L’UNION. Lionel Jospin on le sait a choisi l’île de Ré. Quant à Ségolène Royal, elle a choisi Djerba, une île tunisienne qu’elle connaît bien et où elle ne serait sûrement jamais rendue si le régime politique local n’était pas un modèle de démocratie connu pour son féminisme. Et le même Roustand d’ajouter : Trop occupée à la formation du gouvernement, la droite n’a même pas raillé ces vacances qui doivent pourtant faire rêver plus d’un électeur de gauche dans les milieux populaires. Ces mêmes militants déçus qui ont été privés, par manque d’argent au Parti Socialiste, de la fête de remerciements annoncée par leur championne le soir de sa défaite… Et Roustand de conclure : Vive le consensus de l’île. Les descendants de Freud et de Lacan se pencheront peut-être un jour sur cette fascination qu’exerce les îles chez les politiques.

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