Bonjour à tous… Un titre, un seul, barre ce matin la une de tous les quotidiens ! « La France ouvre le feu en Libye ». Avec quelques variantes : « La France frappe la première », « La France engage la guerre », « La France ouvre le feu, contre le régime libyen ». (Mais cette manchette du BERRY REPUBLICAIN est déjà un commentaire). Commentaire parallèle de SUD-OUEST et d’OUEST-FRANCE, qui mettent l’accent sur la coalition internationale ou l’alliance engagée contre Kadhafi. NICE-MATIN et le DAUPHINE-Dimanche ont la même attitude, quand ils titrent sur la France qui tire la première, hier à 17h45, et recommence aujourd’hui sur Tripoli avec ses alliés anglo-américains. « Pluie de missiles américains sur la Libye… Plusieurs blindés de Kadhafi détruits… Le Charles de Gaulle appareille ce matin ». Tels sont les titres de une du premier journal cité. Le DAUPHINE-Dimanche y ajoute deux justifications. Kadhafi n’a pas respecté le cessez-le-feu qu’il avait promis. Les avions tricolores ont donc tiré, tandis qu’à l’Elysée Nicolas Sarkozy déclarait : « Nous intervenons pour permettre aux Libyens de choisir le destin ». Le PARISIEN-Dimanche enfonce le clou en expliquant à ses lecteurs que nous agissons sous mandat de l’ONU, avec un seul but : « La protection des populations ». Le JOURNAL du DIMANCHE, préfère dramatiser l’opération baptisée « Aube de l’Odyssée » avec une manchette en quatre mots : « Cette nuit, la guerre ». En page 6, le JOURNAL du DIMANCHE envisage quatre scénarios sur l’issue du conflit. 1) Kadhafi s’effondre. 2) Il négocie une solution politique. 3) On s’enlise dans une guerre qui s’éternise. 4) On débouche sur une guerre totale… aérienne, navale, et au sol, avec nouveau mandat de l’ONU. En attendant que l’une de ces hypothèses se vérifie, Olivier Jay dans son éditorial, remarque que la guerre engagée à 17h45 hier, par l’aviation française, a déjà sa victoire. Je le cite : « La bataille pour le peuple libyen n’est pas un combat occidental ». Nicolas Sarkozy, avait insisté sur ce point, hier à l’Elysée… Et Alain Juppé a fait de même, par trois fois, au journal de 20 heures de Laurent Delahousse : « Français, Anglais, Américains et Arabes sont engagés ensemble, pour protéger le peuple libyen ». Même si, pressé de questions, le ministre des Affaires étrangères, a reconnu que le processus visait aussi à se débarrasser de Kadhafi. On a entendu ce matin sur toutes les radios, que le colonel libyen se disait déterminé à conduire la guerre en Méditerranée. On a entendu aussi, que le Président vénézuélien Chavez, le soutenait et que les Chinois et les Russes déploraient l’intervention militaire des alliés. Olivier Jay, dans son éditorial du JOURNAL du DIMANCHE, fait peu de cas de ces trois prises de position qui n’étonnent personne, mais relève néanmoins que les guerres commencées, la fleur au fusil, peuvent durer longtemps et mal se terminer. Ce qui ne l’empêche pas d’écrire : « Savourons ce moment où la France a fait basculer l’Histoire, avec sa parole applaudie à la fois, au Moyen-Orient et aux Etats-Unis ». Et mon confrère du JOURNAL du DIMANCHE, d’ajouter, grâce à Bernard-Henri Lévy, grâce au professionnalisme d’Alain Juppé, et grâce à la concentration de Nicolas Sarkozy… « Un homme qui se trouve à son meilleur quand la crise rencontre l’Histoire ». Un éditorialiste de la presse quotidienne régionale, faisait un pas de plus, sur ce point en appelant hier « Sarko le Libyen ». Entendez, héritier de Publius Cornelius Scipio Africanus, le général et homme d’Etat romain, né deux siècles avant Jésus-Christ et plus connu sous le nom de Scipion l’Africain. La gloire de Scipion et celle de Nicolas Sarkozy n’émeut guère, ce week-end le journal la MARSEILLAISE. Lequel s’inquiète d’une résolution « imprécise » du Conseil de sécurité des Nations Unies, avant de redouter une possible escalade militaire en Méditerranée. La MARSEILLAISE dénonce au passage, « l’autosatisfaction » de la droite. Ce que contredit, Nathalie Schuck, dans le PARISIEN-Dimanche, quand elle écrit que Nicolas Sarkozy est apparu en chef de guerre hier à l’Elysée, mais qu’il l’a jouée modeste. En se gardant bien de parler de guerre justement, mais « d’opération de soutien au peuple libyen », selon le nouveau concept onusien. Obama a fait de même, en affirmant que « l’avenir de la Libye, appartient aux Libyens ». Et ma consoeur du PARISIEN-Dimanche d’ajouter ce commentaire : « Sarkozy veut jouer collectif, après un début rocambolesque qui l’a vu reconnaître en solo le Conseil national de transition libyen. Mission accomplie. La réunion de l’Elysée n’avait d’autre but hier, que d’afficher la photo de famille des 19 partenaires européens, nord-américains, et surtout arabes soutiens de la résolution 1973 ». Reste malgré la présence à l’Elysée d’Angela Merkel, ce que le PARISIEN appelle « le problème Merkel ! ». Un problème dénoncé aussi, en Allemagne, par le SPIEGEL. Lequel s’étonne des réserves de la chancelière, qui la rapprochent des Russes et des Chinois. Reste aussi, ce propos peu diplomatique, que rapporte également la PARISIEN, d’une personnalité de haut rang, assez enthousiaste celle-là, pour prophétiser : « Vous allez voir, à la fin du week-end, Kadhafi sera en slip ». Ranson, dans son dessin humoristique est moins vulgaire…. Il se contente de représenter le colonel libyen, en gandoura, sous un parapluie le protégeant mal d’un ciel chargé de Tornado et de Rafale.. Houlà, dit le guide : « le ciel se couvre ». Tout cela, qui nous fait oublier pour quelques heures seulement, les tragédies japonaises et les quoiqu’on en dise, importants scrutins en Egypte, en Haïti, et en France, premier tour des cantonales. Tout cela renvoie chacun d’entre nous, et selon l’appartenance à telle ou telle génération au « Je me souviens » de Georges Perec. Je me souviens des années 70, quand le président Pompidou et son gouvernement vendaient sans mollir 110 avions Mirage, avec Kadhafi, avec promesse de ne pas s’en servir. Je me souviens du Vol 772 du DC-10 de l’UTA qui devait relier, via N’Djamena, Brazzaville à Paris… et qui explosa au Niger avec ses pilotes et ses 170 passagers, français, tchadiens, congolais. Merci Kadhafi. Je me souviens, et la presse anglaise le rappelle encore aujourd’hui, de l’attentat de Lockerbie, contre un Boeing 747 de la PAN-AM qui assurait la liaison, Londres/New-York… Boeing qui explosa en Ecosse et causa le décès de 270 personnes… Dont la fille de notre consoeur de France Info, Anne Hudson… Merci Kadhafi. Je me souviens de Mitterrand en Crète avec Roland Dumas et Michel Charasse, face à Kadhafi, qui rêvait de la Corse. Je me souviens enfin de Prévert : « Oh, Barbara, quelle connerie la guerre ! ». Et de « Composition française", un poème moins connu : « Tout jeune Napoléon était très maigre Et officier d’artillerie Plus tard il devint empereur Alors il prit du ventre et beaucoup de pays Et le jour où il mourut il avait encore du ventre Mais il était devenu plus petit » Pardon à Prévert que je détourne : « Tout jeune Kadhafi était très maigre Et officier d’artillerie Plus tard il devint dictateur Alors il prit du ventre et beaucoup de pays Et le jour où il mourut il avait encore du ventre Mais il était devenu plus petit ».

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