Et si le printemps s’appelait Thelma ?

Ce dimanche, nous sommes le premier jour du printemps. « Mais c'est quoi, le printemps ? » , se demande étrangement le blogueur Didier Pobel.« Un bouquet de primevère ? Un air soudain plus doux ? Ou bien Botticelli qui débarque au jardin ? Et si, le printemps, cette année, c'était une photo ? » Et mon confrère illustre son propos par l'image – une image sur laquelle on ne voit pas grand-chose : juste une grenouillère blanche et la menotte repliée d'un nouveau-né. Avec cette inscription sur le tout petit bracelet accroché à son poignet : « THELMA, née le 16 mars 2016 » . Thelma, c'est son prénom. C'est la petite sœur de Gary, fille d'Aurélie et de Matthieu. Matthieu Giroud, l'une des victimes du 13 novembre au Bataclan. Il était professeur de géographie, et il aimait le foot, le whisky japonais, la BD et la poésie. Il a été fauché par les balles des terroristes, et on a vu ensuite le doux visage d'Aurélie, racontant son amour pour l'homme qu'elle a perdu, et dont elle parlerait à l'enfant qui naitrait bientôt. C'est l'un de leurs amis qui a posté cette photo de Thelma sur Facebook, le lendemain de sa naissance. Il l'a accompagné de deux phrases qui disent tout : « Matthieu n'est plus là pour la voir, mais elle porte le prénom qu'il avait choisi. Depuis hier, la vie est de retour et la joie est immense. » Et pour Didier Pobel, c'est donc cela, le printemps : « une petite fille venue au monde et qui, avec son minuscule et fragile poignet, adresse le plus vivifiant des bras d'honneur. Un bras d'honneur à tous les terroristes de la terre. Et un bras d'honneur à Salah Abdeslam. »

Salah Abdeslam, qui hier a reconnu sa participation aux attentats de Paris.__ Il a été mis en examen en Belgique, pour "meurtres terroristes", et 36 heures après son arrestation, il continue, bien sûr, de faire la Une des journaux. Avec donc ses premiers aveux, aveux à prendre avec prudence. « Il voulait se faire sauter au Stade de France » , titre ainsi L'EST ECLAIR . Et puis il aurait finalement fait machine arrière. Des premiers mots qui accréditent la thèse des enquêteurs, thèse selon laquelle il a eu peur de mourir. Il a donc commencé à parler, mais cette collaboration a toutefois ses limites, car il refuse donc aujourd'hui d'être extradé en France, comme le titre L'INDEPENDANT . De son côté, OUEST FRANCE nous explique qu'après Abdeslam, « la traque n'est pas encore finie » , tandis que LIBERATION CHAMPAGNE indique qu'il reste encore « beaucoup de questions » .

Des questions, notamment, sur l'identité des donneurs d'ordres. Analyse de Jean-Paul Rouiller dans les colonnes du PARISIEN . Il est spécialiste des menaces terroristes et pour lui, Abdeslam n'a pas « la carrure d'un responsable opérationnel. Ceux qui tirent les ficelles se trouvent en Syrie » , dit-il. Lire également le reportage de Pascale Egré qui est allée à la rencontre des habitants de Molenbeek, à l'ouest de Bruxelles, où Abdeslam s'était caché. Ils se disent soulagés, mais également traumatisés, bafoués, souillés par cette affaire qui fait passer leur commune pour un repaire d'extrémistes. Témoignage de Karim, ancien militaire dans l'Algérie des années noires. Il dit sa honte et il décrit un quartier où « de plus en plus de jeunes se font laver le cerveau. Certains osent même te proposer en pleine rue d'aller faire le djihad » , assure-t-il, indigné. Indignation, aussi, de cette mère de famille, qui ne comprend pas qu'Abdeslam ait pu être ainsi protégé. « Moi, si je l'avais reconnu, je l'aurais dénoncé direct , dit-elle. Il est inadmissible de l'avoir caché. »

Dénoncer, ne pas dénoncer : c'est aussi la question qui secoue l'Eglise en ce moment. Dénoncer ou ne pas dénoncer les prêtres pédophiles. De pas les avoir dénoncés : c'est ce qu'on reproche aujourd'hui au cardinal Barbarin, qui est donc visé par trois plaintes, précisément pour non-dénonciation d'agression sexuelle.

Pour l'occasion, le quinzomadaire SOCIETY revient sur différentes affaires mettant en cause des hommes d’Église. « Non, tous les prêtres n'iront pas au paradis » , résume William Thorp, qui signe cet article, dans lequel il recense cinq exemples récents.

  • Il y a René le gourmand : René Heuillet, curé de Saint-Lizier en Ariège qui, en un quart de siècle, a détourné 760.000 euros au détriment de sa paroisse – il encaissait pour lui les offrandes et les bénéfices de la vente de bougies.

  • Il y a Xavier le raciste : Xavier Beauvais, ancien curé de la paroisse intégriste de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. En octobre 2013, dans une manif anti-mariage pour tous à Paris, il lance « Y'a bon Banania, mais y a pas bon Taubira ! » .

  • Il y a Stephen le toxico : Stephen Crossan, prêtre irlandais surpris le mois dernier dans un bar en train de sniffer des rails de coke.

  • Il y a Alfredo le coquin : Alfredo Borges, prêtre brésilien connu pour son intransigeance et suspendu de ses fonctions après la diffusion d'une photo destinée à sa maîtresse : photo de lui-même, tout nu devant un miroir.

  • Et puis il y a aussi Don Gino Flaim : Gino, le défenseur de la pédophilie . Ce curé italien qui, cet automne, a suggéré que les jeunes victimes des pédophiles étaient eux-mêmes « en bonne partie » responsables. « Les enfants, je les connais, avait-il confié lors d'une interview. Ils peuvent rechercher de l'affection parce qu'ils n'en reçoivent pas chez eux, et ils peuvent parfois tomber sur un prêtre qui cède. » Depuis, l'ecclésiastique a été révoqué.

Après cela, on peut comprendre les résultats de l'enquête ODOXA publiée par LE PARISIEN . Le titre de l'article :« L'Eglise n'est plus en odeur de sainteté » . Les chiffres parlent d'eux-mêmes : plus de la moitié des sondés ont une mauvaise image de l'Eglise catholique, et pour près des deux tiers, le cardinal Barbarin devrait démissionner, pour ne pas avoir écarté à temps deux prêtres pédophiles. Philippe Barbarin qui, mardi dernier, s'est exclamé : « Mais grâce à Dieu, les faits sont prescrits ! » « Grâce à Dieu ? Vraiment, monseigneur ? » , s'étouffe Joseph Macé Scaron dans les colonnes de MARIANNE , qui propose un dossier sur « Les scandales de l’Église de France » . Cependant, le directeur du magazine refuse de faire de l'archevêque une victime expiatoire. Pour lui, le primat des Gaules est avant tout « le produit d'un système mis en place, ce qui explique d'ailleurs l'empressement de l'establishment catholique à faire bloc autour de lui. »

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Et de fait, l’Église a mis les grands moyens pour le défendre, faisant appel au cabinet de l'avocat André Soulier, un cador du barreau, ex-député européen, pape de la maçonnerie lyonnaise, nous explique l'hebdomadaire, précisant que le diocèse s'est également offert les services d'une agence de communication de crise. L'élite locale se sert les coudes, et ceci, pour tenter de contrer le retentissement médiatique des témoignages des victimes qui ont le courage de parler. Car il faut du courage pour dénoncer un agresseur, a fortiori quand celui-ci se prévaut de la parole de Dieu.

Contrer le retentissement médiatique ou, du moins, faire silence et laisser la justice travailler. C'est en substance, le propos de Bruno Frappat dans LA CROIX qui, tout en se désolant de la rigidité, et de l'indifférence, et du déni outré qui caractérise l’Église – considère que le tumulte au centre duquel a été projeté le cardinal Barbarin « s'apparente à la fin d'une chasse au cerf dans les forêts de Sologne. » Et le chroniqueur d'ajouter, en plaidant pour la tempérance : « N'ajoutons pas aux victimes de la pédophilie, une victime de la calomnie ! »

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« Halte au lynchage médiatique » : c'est d'ailleurs le titre de la tribune publiée ce week-end dans LE FIGARO . Tribune signée par une cinquantaine de personnalités – surtout des universitaires, dont nombre de Lyonnais – qui dénoncent l'opprobre jetée sur un homme qui, disent-ils, « entend ne rien cacher » (prière de ne se pas se moquer). Une tribune de soutien : on dira que l'agence de communication de crise fait donc bien son travail, et on relèvera, au passage, le nom de Denis Tillinac parmi les signataires. L'écrivain Denis Tillinac, toujours présent quand il estime l’Église menacée. Tillinac, qui compte également parmi les plus fidèles du couple Chirac.

Jacques et Bernadette Chirac ont d’ailleurs fêté cette semaine leurs 60 ans de mariage. Ce sont donc leurs noces de diamant. Le diamant, ça brille – il n'y a pas de pierre plus étincelante – mais ce que nous raconte L'EXPRESS 'est pourtant pas très reluisant. A l'occasion de cet anniversaire de mariage, Michel Feltin-Palas s'est en effet penché sur le cas de madame : Bernadette Chodron de Courcel, devenue Bernadette Chirac. Une femme d'abord discrète, et devenue très populaire, malgré un caractère difficile de plus en plus marqué. « Bernadette, elle est très chouette » , chantait Nino Ferrer. Mais là, je ne suis pas sûr que les paroles soient adaptées. Comme le rapportait déjà Béatrice Gurrey dans son livre « Les secrets du clan » , elle a refusé de payer la fête que Jean-Louis Debré avait organisée pour les 80 ans de son époux. Bernadette ingrate vis-à-vis de Debré. Et rancunière avec Juppé , sur lequel elle ne manque jamais une occasion de lancer des méchancetés.

Mais c'est, semble-t-il, avec son mari qu'elle est aujourd'hui la plus dure.Compte-tenu de son état, Jacques Chirac n'est plus en état de se défendre et, au vu de ce que raconte mon confrère, on est à la limite de la maltraitance conjugale. Pour preuve, les propos humiliants que Bernadette tient publiquement lors des dîners en ville. Elle le ridiculise sans cesse, le brusque, l'invective, et l'envoie quasiment se coucher dès lors qu'elle n'en peut plus de l'avoir dans les pattes. Pour expliquer cette attitude hargneuse et rabaissante, les amis du couple se perdent en conjectures. S'agit-il d'une vengeance après une vie d'humiliation ? Une vie d'épouse ouvertement trompée... A moins que ce ne soit plutôt l'absence de filtre lié au grand âge – car Bernadette, comme Jacques, a 83 ans. Quoiqu'il en soit, résume le journaliste de L'EXPRESS : « Force est de constater que, pour une catholique pratiquante, la charité n'est pas sa plus grande vertu. »

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Bernadette n'aime pas Juppé, mais les électeurs de la droite continuent de l'apprécier. Nouveau sondage dans LE PARISIEN . Pour la primaire du moins de novembre, le maire de Bordeaux recueille maintenant quasiment deux fois plus d'intentions de vote que Nicolas Sarkozy : 41% contre 23%. Quant à Bruno Le Maire – 16% des intentions de vote, il talonne désormais l'ancien chef de l'Etat.

Dans LE MONDE , c'est un autre président qui fait la Une : Barack Obama, attendu aujourd'hui pour une visite de deux jours à la Havane. Première visite d'un président américain depuis l'arrivée au pouvoir du régime communiste dans l'île – comme un air de révolution. D'ailleurs, l'une des figures de l'opposition locale explique au quotidien que « Les Cubains attendent Obama comme le Messie » .

Enfin, vous aurez noté que je n'ai pas du tout parlé du JOURNAL DU DIMANCHE . La raison, c'est qu'il n'y a pas de JDD ce matin. Conséquence d’une grève dans les rédactions du groupe, après l’annonce d’un plan de départs volontaires visant 220 salariés. En ce premier jour de printemps, c'est l'hiver dans le groupe Lagardère.

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