Bonjour à tous…. « Vos journalistes sont des décadents… », disait de Gaulle à Peyrefitte, son ministre de l’Information. Ils aiment mieux la veulerie que l’effort, les échecs que les succès, les hontes de l’Histoire plutôt que ses gloires ! Vos types ne s’intéressent qu’à ce qui choque ou à ce qui est moche. » Quarante ans plus tard, le propos n'est ni totalement faux, ni totalement vrai. Moche, la petite finale de rugby au Parc des Princes hier ? Sans doute. Mais la presse, L’EQUIPE en tête, aurait préféré titrer aujourd’hui sur une victoire qui aurait pu être française, et non pas sur cette fin pitoyable, pour les Bleus de Bernard Laporte. Moche, la nouvelle version du traité européen simplifié, sans référendum pour le ratifier ? Peut-être. Et la presse anglaise n’attend pas pour dénoncer la trahison de Gordon Brown, tandis que L’HUMANITE exige une nouvelle consultation populaire, contre ce qu’elle appelle une forfaiture et un traité express, contre les peuples des 27 pays de l’Union. Moche, les contradictions des amours-people qui font les choux gras de la presse magazine du week-end ? Oui et non, dans la mesure où elles illustrent l’évolution des sociétés occidentales, et laïcisent la vie de nos gouvernants. De Gaulle, que j’évoquais en commençant, exigeait de ses ministres et ambassadeurs, qu’ils ne fassent pas les zigotos, à la manière de l’anglais Profumo, séduit par une espionne de l’Est, Mme Keller. « C’est dégoûtant, disait-il, et lamentable. Un ministre doit être insoupçonnable. » Et en janvier 1964, il virait, en moins d’une minute, l’ambassadeur de France à Moscou, lequel était tombé dans le panneau d’une belle étrangère. « Ainsi, Monsieur, lui dit-il, on aime les femmes !» Et Alain Peyrefitte de commenter : « Il y avait quelques ragots sur de Gaulle, sur ses amours des années 20, mais ensuite, plus rien. L’Histoire était sa maîtresse, exigeante et exclusive. Elle ne lui aurait pas pardonné la moindre infidélité ! » Autres temps, autres mœurs et fin d’une certaine grandeur, mais aussi de beaucoup d’hypocrisie. Avec la question qui vaut aujourd’hui pour les médias, faut-il parler de ce dont tout le monde parle, même si c’est moche ou triste. C’est la rançon d’un système, écrit pertinemment dans LA CROIX, Bruno Frappat. Celui d’un regard insistant porté sur les vies des puissants. Avec leur accord quand les choses vont bien, mais suscitant leur indignation quand ça va mal. Et le chroniqueur de LA CROIX d’expliquer l’effet boomerang des surexpositions médiatiques, où l’on passe du statut de héros acclamé à celui de victime des lazzis et de la moquerie. Le tout, fondé sur un double sentiment d’admiration et de jalousie. Mais qu’est-ce que le people, sinon le mélodrame modernisé, poursuit Bruno Frappat… Oui, le mélo où Margot a pleuré, parce qu’il y a eu d’abord un bel amour, qui s’est cassé devant tout le monde à la télé. Mélo de théâtre, mélo d’actualité. Les principes sont les mêmes pour le public. Voyez comme ils sont beaux, comme ils sont riches, et doués, et vivants. Et soudain, patatras : craquements, rumeurs, indices sournois, larmes qu’on devine. Et toujours la meute de nos regards. Comme naguère pour Maria Callas, puis pour Jackie Kennedy, et enfin pour Diana. C’est toujours le même scénario, conclut Bruno Frappat, ce samedi en dernière page de LA CROIX : amour, gloire, beauté, puis tragédie pure. Mais, ajoute-t-il, en ce qui concerne le couple auquel on pense, laissons faire, et se défaire loin de nous, ce qui n’aurait jamais dû nous être livré. Laissons les people à leur sort, triste ou joyeux selon les « séquences ». Mais comment faire, cher Bruno Frappat, quand PARIS-MATCH, le FIGARO MAGAZINE, ELLE qui paraît d’ordinaire le lundi, se bousculent en kiosque aujourd’hui, avec les pages claires et les pages sombres du roman du couple Sarkozy. Comment faire, quand toute la presse s’y met aussi ? Comment faire, quand le journal LE MONDE, daté d’aujourd’hui publie une enquête intitulée : « A l’Elysée sans elle », ou l’histoire d’un couple fusionnel, dont la meilleure partenaire s’en va, six mois après que le candidat Nicolas Sarkozy a atteint son but ? Lire ou ne pas lire, la page signée Raphaëlle Bacqué et Philippe Ridet ? J’ai lu, comme vous le ferez, et pas parce que c’est moche ou choquant. Bien sûr, j’aurais pu m’arrêter à Benazir Bhutto, l’autre femme courageuse qui vient d’échapper à la mort au Pakistan, et dont la vie concerne l’avenir d’un peuple de 160 millions d’habitants. J’aurais pu aussi m’en tenir à la page 3 du MONDE, et à l’article de Jean-Pierre Stroobants, consacré à Ayaan Hirsi Ali, cette ancienne députée néerlandaise exilée aux Etats-Unis, parce qu’aux Pays-Bas, les islamistes la menacent, comme ils ont menacé Salman Rushdie… Et comme, il faut bien le rappeler, ils ont assassiné en 2004, Théo Van Gogh. J’aurais pu en effet, ne dire que la colère de l’exilée, face à la pusillanimité des députés néerlandais, qui ne voient en Ayaan Hirsi Ali, qu’une porteuse de mauvaises nouvelles. Et m’arrêter à sa conclusion qui nous interpelle quand elle demande l’intervention de Nicolas Sarkozy en ces termes : « Qu’il parle, et qu’il explique aux politiciens néerlandais à quel point leur attitude est déplorable, pour la liberté d’expression. Elle me rappelle l’incroyable capitulation des médias et des hommes politiques au moment des dessins de Mahomet publiés au Danemark. Car ne soyons pas naïfs : si les islamistes parviennent à réduire au silence un individu, voire un pays, ils ne s’arrêteront pas là. Et ils passeront au suivant, puis au suivant, puis au suivant… ». J’aurais pu enfin, m’en tenir aux sentiments partagés de nos concitoyens sur les grèves de la semaine, aux feux si mal éteints. LE FIGARO se réjouit d’un conflit qui a « permis au gouvernement de diviser les syndicats. » L’HUMANITE applaudit elle aussi, mais en sens inverse, un mouvement dont « le succès aura des prolongements. » Régis Debray, si brillant hier face à Nicolas Demorand, revient ce matin dans LE PARISIEN, sur le sujet et dit avec une pointe d’ironie… Aujourd’hui, l’essentiel, c’est le business et le fric, mais il n’y a pas que la politique dans la vie. Il reste l’art, la sagesse, Jésus Christ… Bouddha et les mathématiques. Mais nous tirerons le rideau sur nos amoureuses… Où sont nos amoureuses ? Soupirait Gérard de Nerval. L’une d’elle est dans ELLE, je vous l’ai dit, et avant de passer de la lumière à moins de clarté, explique que divorcer est un acte d’honnêteté. Elle dit aussi : « Nous étions un couple ordinaire dans une fonction extraordinaire, soumis à une pression extraordinaire. Nous n’y avons pas résisté. » Je t’aime moi non plus… ou je t’aime pour la vie. Dans l’hebdomadaire LA VIE, Odette Nilès, la petite fiancée platonique du malheureux Guy Môquet, révèle à 84 ans, qu’il lui avait donné au camp de Chateaubriant, avant d’être fusillé, devinez quoi, une bague fabriquée dans une pièce de 2 francs. Et à la question : «Que lui aviez-vous promis et qu’il n’aura pas eu, comme il l’écrit dans sa lettre ?». elle répond : « Je lui avais promis de lui rouler un patin. Mais à l’époque, ce n’était pas comme aujourd’hui, j’étais un peu nounouille ! »

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