Bonjour à tous… Une journée sans sondages, mais pas sans soleil avant demain soir la réponse à la grande question : que demande le peuple ? Francis Laffon dans le journal « L’Alsace », se félicite de la diète sondagière, qui doit s’appliquer à la radio-télévision, la presse-papier et Internet. Même si, écrit-il, il existe de nombreux modes de contournement, via la presse étrangère et les sites Web. Bref, selon mon confrère, la règle sera difficile à tenir, et il faudra peut-être, dans un proche avenir, demander aux législateurs de l’assouplir. En attendant, la cure de silence-radio a bien des vertus, car il en va des 48 heures sans sondages comme des journées sans voiture. Un peu de marche à pied fait du bien, surtout quand on a la perspective, de retrouver après quelques heures d’abstinence automobile, sa caisse autoporteuse… Francis Laffon, écrit cela, plus joliment que je viens de le dire avant de conclure : « Pouvoir réfléchir en faisant abstraction du choix supposé des autres électeurs, constitue une mise en jambe pour l’étape ultime, dans la solitude de l’isoloir. Un peu de sevrage ne fait jamais de mal, même s’il ne constitue qu’un traitement provisoire contre l’addiction. » Donnez-nous notre sondage quotidien… Cette fois, c’est un journaliste chrétien, Jean-Claude Guillebaud qui paraphrase ainsi dans le Nouvel Observateur, le Pater Noster, avant de se frapper la poitrine et de s’écrier… plus crédule, tu meurs… Pourquoi, demande Guillebaud, pourquoi réclamons si fort, ce qui nous ment et nous aveugle. Pourquoi cette campagne présidentielle 2007 a-t-elle consommé tant de sondages, insensés, quand chacun a pu mesurer, la forte proportion d’électeurs indécis. Et Guillebaud de souligner le profit que tire de notre boulimie ce qu’il appelle les boutiques spécialisées avant d’écrire ceci. « Quand près de la moitié des Français ne savent pas encore pour qui ils vont voter, les enquêtes d’opinion sont vaines. Bayrou ? Ah, oui, il peut obtenir entre 12 et 29 %. » La belle affaire ! Les sondages ne veulent rien dire, mais nous en redemandons. Au moins une fois par jour. Donnez-nous s’il vous plait, un parfum d’illusion, une fiole de songes, une pincée de poudre de perlimpinpin. Les candidats eux-mêmes n’étaient pas en reste, et faisaient seulement semblant de jouer l’indifférence. A plusieurs reprises d’ailleurs, on les a vus, réorienter leurs discours, pour tenir compte du dernier baromètre machin-chouette. Et Jean-Claude Guillebaud, de s’interroger, dans sa chronique télé-radio du « Nouvel Observateur », sur cette nouvelle modernité délirante qui nous atteint tous, ou presque tous… Ce parti pris, de hâte, de vitesse, d’immédiateté. Il écrit : « Dans son principe, le sondage nous fournit l’illusion – et l’aubaine – d’être « en avance ». Il tente de nous raconter l’évènement avant même que celui-ci ne se produise. Or nous sommes à ce point ensuqués de vitesse qu’à tout prendre, nous préférons un récit faux mais anticipé au récit véritable qui, par définition, se fait attendre. Nous sommes habités par une impatience qu’on pourrait dire « reptilienne », dans la mesure où elle loge désormais dans notre cerveau du même nom. C’est elle qui fait de nous des gogos amateurs de sondages ou d’horoscopes, ce qui revient quasiment au même. » Fin de citation. Hier soir, au Téléphone sonne » d’Alain Bedouet, Dominique Volton, rêvait lui aussi d’une quinzaine sans sondages. Un décret qui contraindrait les journalistes à un grand retour sur le cœur du métier : l’information et le reportage. Ce qui n’exclut évidemment pas l’expression du doute, voire de l’ignorance à la fameuse question « Que sais-je », de Michel de Montaigne. La presse, ce samedi use assez bien du Que sais-je, et aucun quotidien ne vous tombera des mains. « Libération » après avoir invité ses lecteurs, à voter à gauche les prévient plaisamment page 6, d’une certitude : le prochain chef de l’Etat en France, aura entre 52 et 55 ans. Le caricaturiste Delestre qui dessine à Nancy, pour « l’Est Républicain », croque ce matin Marianne face à Madame Irma… Je vois, dit la voyante, je vois au second tour de l’élection deux noms… trois points de suspension… deux noms qui vous seront révélés, dimanche soir. Hélène Pilichowski dans « Le Dauphiné Libéré » s’avance davantage en regardant ce qu’elle appelle un ciel d’élection. A qui profite le soleil ? demande-t-elle. A la gauche, répondent deux chercheurs des Universités de Paris et de Lille qui ont étudié les effets des variables climatiques sur les scores électoraux… Même Nicolas Hulot écrit ma consœur n’y avait pas pensé ! Selon cette surprenante étude, loin de favoriser l’abstention en incitant les citoyens à prendre un bol d’air sous le ciel bleu plutôt que de se rendre aux urnes, le beau temps leur donnerait envie d’aller voter. Et d’assurer à la lumière des scrutins passés qu’un fort taux de participation s’avère en général défavorable à la droite. Un peu comme si, écrit la billettiste du Dauphiné Libéré, cet électorat était davantage sollicité par un dimanche à la campagne… Autrement dit, s’il faut beau dimanche comme le prévoit dame Météo, la performance de Ségolène Royal et des « petits candidats » de son camp pourrait en bénéficier. » Fin de citation. Faujour, le caricaturiste du « Parisien » préfère dessiner un électeur avec ses 12 bulletins qui avant d’entrer dans l’isoloir et il déclare… :« Les idées écologistes gagnent du terrain… Dimanche, tout le monde va pratiquer le tri sélectif. » J’ajoute que la majorité des quotidiens régionaux ou nationaux s’en tient à une bonne vieille neutralité classique, sur le thème : choisir. Et « bien choisir », « faites le bon choix » comme disait Valéry Giscard d’Estaing autrefois. Réfléchissez, faites votre choix, écrit ainsi Pierre Taribo dans « L’est Républicain » de Nancy. L’heure du choix… titrent ensemble, « La Charente Libre », « Ouest-France » et le journal « Nord-Eclair » à Roubaix. Dans ce dernier quotidien, Jules Clauwaert, l’écrit en parler Picard… « Les arvetteux n’ont rin à dire », rédigée dans notre parler picard, cette recommandation était naguère affichée dans les « bouloires » où s’affrontaient les joueurs de boules ; les spectateurs étaient ainsi invités à garder pour eux leurs conseils, quand une équipe se concertait avant un lancer décisif. Eh bien, écrit Clauwaert, le même rappel pourrait être adressé, dans une démocratie, aux citoyens qui se sont abstenus sans raison valable d’aller déposer un bulletin dans l’urne, quand une élection leur donnait l’occasion de participer à une décision importante pour l’avenir de leur nation. Négliger de donner une opinion, conclut-il, quand on est invité à désigner un ou une Présidente de la République, revient moralement à se priver du droit de critiquer ensuite son action. » Ne passer pas votre tour ! s’écrie « L’Humanité » en première page… tandis que «La Croix » rappelle que la foi pousse à l’engagement politique. « Rendez à César, ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Une certitude enfin dans la page Média du Figaro… Les spots des candidats n’ont pas fait fuir les téléspectateurs… Et pourtant la Régie de France Télévision, avait baissé ses tarifs avant les émissions de la campagne politique ! J’ai envie de dire, c’est bien fait, vous avez perdu un peu d’argent. Il ne fallait pas douter de la bonne santé politique des Français. Un quiz… pour finir ? « Messieurs, l’établissement du suffrage universel est un fait capital, un fait immense, qui introduisit dans l’Etat un élément nouveau, irrévocable, définitif… Ce fut une grande chose de reconnaître en effet, le droit de tous, de composer l’autorité universelle de la somme des libertés individuelles, de dissoudre ce qui restait des castes dans l’unité auguste d’une souveraineté commune, et d’emplir du même peuple tous les compartiments du vieux monde social, cela fut grand, très grand !… » Qui a dit ça ? Tocqueville ? Non, mais non, c’est beaucoup mieux que ça ! C’est formidable ! C’est quelqu’un qui était passé par des choix successifs en matière politique. C’est Victor Hugo dans un discours à l’Assemblée nationale sur le suffrage universel, le 20 mai 1850. Mais vous n’étiez pas né !

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