Bonjour à tous. Je ne sais plus quel humoriste prétendait « aimer les vaches, pour leurs grands yeux et pour leur attitude parfaitement digne pendant la guerre ! ». Je me souviens en revanche d’une revue de presse signée Guy Bedos, lors de l’épidémie d’encéphalite spongiforme : « s’il y a des vaches qui sont devenues folles », disait-il, « c’est parce qu’on leur a donné à manger du mouton. D’autres sont devenues capricieuses et ont réclamé du couscous ! ». Alors que TELERAMA, MARIANNE et LIBERATION de vendredi évoquent ensemble la qualité de l’humour de Stéphane Guillon, vous me pardonnerez d’évoquer ce matin quelques grands anciens de la profession qui, profitant du bon goût français pour l’air pur, ont célébré avant l’heure, l’ouverture à Paris, de la 46ème édition du Salon de l’Agriculture. On pourrait sur ce point citer Vialatte, Desproges et bien d’autres, comme Pierre Dac par exemple qui traitait du sujet en une seule petite annonce de l’Os à moelle : « Idiot, cherche village ! ». Pierre Dac aussi, « Qu’il ne connaissait qu’une seule bête de somme : la mouche tsé-tsé ». Quant aux vaches à cornes ou non, qui ornent aujourd’hui pratiquement toutes les premières pages des quotidiens régionaux, Pierre Dac expliquait que si on leur donnait du café, à côté de l’herbe des prés, on pourrait traire du café au lait… Dans le genre, il y a évidemment plus actuel. C’est ainsi que Jacques Camus, écrit dans la REPUBLIQUE du CENTRE, que tout à l’heure, Nicolas Sarkozy va inaugurer le Salon de l’agriculture, en marchant sur des œufs. Il y a en France 435.000 agriculteurs qui ont besoin d’être rassurés. Ne serait-ce que parce que la perspective de la réforme de la PAC en 2013 les taraude. Mais le Chef de l’Etat ne fera pas un long discours, car il n’a pas, selon mon confrère, l’amour immodéré de la chose rurale, comme son prédécesseur. Séverine Cazes renchérit sur ce point dans le PARISIEN en expliquant que Nicolas Sarkozy – le citadin – préfère les usines – qu’il n’a pas forcément à cœur de distribuer des subventions aux agriculteurs. Lesquels pourtant travaillent dur et se lèvent tôt. C’est pourquoi, écrit-elle, il avancera prudemment dans les allées de la plus grande ferme de France, en tâchant de faire oublier « le casse-toi pauvre c.. » de l’an passé, dont on se souvient qu’il avait occulté sa visite. Ce n’est pas par révérence que je ne dis pas le mot CON, désormais aussi célèbre que celui de Cambronne, ni par mépris du peuple que je passe sur la phrase de l’agriculteur qui avait osé refuser la main tendue du Président en disant : «ne me touche pas, tu le salis ». Et je le prouve en rappelant la définition que donnait du mot CON, le regretté Léo Campion : «Imbécile, qui n’a de cet organe, ni la profondeur, ni la saveur ! ». Après tout, Ranson, en page 2 du PARISIEN, fait dire sur son dessin à une grosse vache à cornes : « Enfin, on va voir le Président de la République ». « C’est cela », commente un petit cochon voisin… « Et il va nous accorder quoi, ». Et tandis que la VOIX du NORD titre sur le salon de l’Agriculture avec une référence aux Ch’tis de Dany Boon : « Des vaches et du fromage à Paris ». Le PARISIEN cite Hubert Morand, éleveur en Seine-Maritime, émerveillé par « Star », sa belle laitière née le jour de Noël, il y a cinq ans. « Ma vache », dit-il, « est un Top model ». Star vaut bien, avec sa belle tête et ses yeux doux, la formule. C’est elle qui est cette année en photo, sur tous les supports de communication du Salon. Et s’il n’y avait que ça, mais cette Prim-Holstein, reine de beauté est courageuse et produit vaillamment 35 litres de lait par jour, après avoir mis au monde deux petits veaux dignes de leur mère. Sachez encore, grâce à la presse ce samedi, que la Prim-Holstein est la race bovine la plus répandue en France, avec un cheptel de deux millions de têtes. L’HUMANITE, s’en réjouit elle aussi, mais à moitié avec cette légende au-dessous de la photo de la mascotte de l’année : « La vedette du Salon 2009 est une Prim-Holstein, grande dévoreuse de maïs ensilé et de tourteaux de soja importés. Ces laitières-là, sont poussées vers l’abattoir après trois lactations ». D’où ce titre mi-figue, mi-raisin du quotidien communiste ce matin : « Agriculture française 2009 : un Salon vert… avec des taches ». J’ai reçu un courriel d’un auditeur qui me reproche de citer l’HUMANITE ou la MARSEILLAISE en qualifiant ces journaux de communistes. Pourquoi plaide-t-il, ne dites-vous pas à ce compte là, que le FIGARO est un journal capitaliste, au service de l’idéologie libérale et du pouvoir actuel. Le courriel en question est courtois. Il dit simplement qu’obligation nous est faite, de qualifier la presse communiste. Mais non Monsieur, au micro de France Inter nous disons ce que nous voulons. La preuve, si vous avez 1,40 euros à mettre aujourd’hui dans les journaux, achetez-vous les ECHOS. Marie-José Cougard y signe une page formidable, sur les Limousines sans cornes, les taureaux énormes à pedigree garanti et paillettes de sperme valant de l’or et les Prim-Holstein, usines à lait donnant à leur propriétaire jusqu’à 950 litres de lolo… par lactation. Mieux que ça, je lis dans le bel article de Marie-José Cougard qu’un Taureau-Holstein nommé Joko-Bené a fourni en 8 ans, 1 million et demi de paillettes. Chacune se négocie à 150 euros. Et ces taureaux-là sont susceptibles de faire des filles aux performances laitières évoquées plus haut. Il n’y en aurait qu’une dizaine dans le monde. Et des Limousines sans cornes, Kekcekce, me direz-vous, et pourquoi donc sans cornes. Elémentaire mon cher Watson. Nées sans cornes, elles ne se battent pas et échappent au stress du clonage. Ah, j’ai oublié de dire que les ECHOS était un journal économique et financier libéral. Les titres de la presse. Dans le FIGARO, « La chute des Bourses fait flamber le cours de l’or ». Les pages Economie du FIGARO : «L’effondrement des Bourses propulse l’or vers les sommets». MARIANNE : « Les profiteurs ont précipité la crise et ne pensent qu’à tirer les marrons du feu » L’EXPRESS : «Pourquoi Sarkozy joue avec le feu». Le NOUVEL OBSERVATEUR : « Ce que les banquiers nous cachent, ce qu’il gagnent vraiment, ce qu’ils nous facturent, ce qu’ils font de l’argent de l’Etat ».

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