Bonjour à tous. « Comprenne qui voudra Moi mon remords ce fut La malheureuse qui resta Sur le pavé La victime raisonnable A la robe déchirée Au regard d’enfant perdue Découronnée défigurée Celle qui ressemble aux morts Qui sont morts pour être aimés » C’est en citant Paul Eluard que le Président Pompidou répondit un jour à un journaliste qui l’interrogeait sur Gabrielle Russier, « morte d’aimer ! ». Mais ce n’est pas l’amour qui explique, ce que le JOURNAL du DIMANCHE appelle « l’ultime cavale de Jean-Pierre Treiber », et le COURRIER PICARD « la grande évasion de l’accusé qui s’est suicidé hier dans sa prison ». C’est un autre mobile, une autre raison, que les journaux s’efforcent de découvrir aujourd’hui, sans y parvenir. « Chacun peut penser ce qu’il veut », déclare Madame Agrapart-Delmas, la criminologue qui avait rédigé une expertise sur Jean-Pierre Treiber. Un suicide n’est jamais simple. Pour passer à l’acte, il faut un fond dépressif, une situation calamiteuse, mais aussi une bouffée d’angoisse, un élément fort, déterminant. Pour Treiber, la perspective de son procès prévu en avril n’est pas forcément l’élément déclenchant. Il a pu apprendre une mauvaise nouvelle. La tante de Géraldine Giraud, Marie-Christine Van Kempen, a été disculpée. Cela a pu le remuer. Pour le reste, il faut savoir que sa cavale grotesque a changé son image. Après cette évasion, qui a fait de lui un menteur, un coupable, il a beaucoup perdu de sa superbe. Bref, ajoute la criminologue interrogée par le JOURNAL du DIMANCHE, Treiber en avait marre. Incarcéré pendant près de six ans, sans être jugé, c’est forcément très dur. Ce qui n’empêche pas Dieu merci, Madame Agrapart-Delmas de conclure, sur les familles des victimes : « C’est dramatique pour elles, elles se retrouvent dans une situation de frustration absolue. Ces gens sont à nouveau crucifiés vivants. Ils ont perdu leurs filles. Ils doivent maintenant rester avec cet autre vide : ils ne sauront jamais pourquoi ». Affaire judiciaire hors norme, souligne de son côté le PARISIEN, à laquelle le suicide de l’assassin présumé met un terme. Mais cette mort par pendaison est-elle un aveu de culpabilité, une ultime provocation. Mon confrère ne tranche pas, il cite Roland Giraud, le père de Géraldine, déclarant effondré hier : « C’est un échec pour l’administration pénitentiaire ». Les responsables syndicaux des prisons en jugent autrement. L’un d’eux, Monsieur Christophe Marques, déclarait hier qu’on ne pouvait pas mettre un surveillant devant chaque cellule et remplacer les portes par des grilles. Et il ajoutait : « Treiber était un détenu connu, alors on en parle, mais le suicide en prison reste un problème sans solution ». Le JOURNAL du DIMANCHE n’en est pas si sûr. Il souligne dans un encadré, que la France détient sur ce point, un triste record : 18 suicides, depuis le début de l’année… 115 en 2009, comme l’ont confirmé en janvier dernier les services de Madame Michèle Alliot-Marie. Un suicide tous les 3 jours. Hier, à l’heure choisie par Jean-Pierre Treiber, au centre pénitentiaire de la Farlède, dans le Var, un homme de 47 ans était retrouvé mort, la gorge tranchée, à l’aide d’une lame de rasoir. Un suicide… et beaucoup de questions, il faut sonner le tocsin, comme l’écrit ce matin Jean-Louis Antoine dans l’EST REPUBLICAIN. NICE-MATIN dimanche ajoute une remarque supplémentaire émouvante à toute cette affaire. Roland Giraud a joué hier, comme d’habitude à Tarascon et il va continuer de le faire, puisque la pièce « Bonté divine » est en tournée cette semaine, entre les Bouches-du-Rhône et les Alpes Maritimes. « Mais qu’on me laisse tranquille », plaide-t-il. C’est pourquoi j’ai retrouvé le NOUVEL OBSERVATEUR de la première semaine de février, où l’acteur se confiait à Marie-France Etchegoin et évoquait ce que ma consoeur appelait « la double peine de Roland Giraud ». « On ne fait pas », disait-il, « le deuil d’une fille qui meurt assassinée à 36 ans ». Son épouse, Maaïke, la mère de Géraldine, confiait de son côté qu’elle avait accroché au-dessus de son lit une phrase du Dalaï-Lama : « Apprendre à pardonner est beaucoup plus utile que de simplement ramasser une pierre et de la jeter à la cause de notre colère d’autant plus quand la provocation est extrême ». Depuis cinq ans, elle la relit chaque soir. « Treiber n’a pas besoin de me demander pardon, si jamais il lui en venait l’idée. Je le lui ai déjà accordé ». L’hebdomadaire chrétien LA VIE, propose justement ce mois-ci un supplément sur le pardon. Le demander, le donner, le recevoir. Avec un éditorial, signé Christine Florence et Jean-Claude Escaffit qui commence ainsi : « Demander pardon à autrui ou encore accorder son pardon… relève souvent de la gageure, voire de l’impossible tant l’offense, ou la blessure qui l’accompagne, peut s’avérer profonde. Itinéraire ô combien ardu. Il nous arrive fréquemment d’être démunis, car confrontés à nos propres impasses. « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » ? Comment faire pour que cette prière devienne pour nous une réalité et un chemin de liberté ? Le pardon n’est-il pas une condition indispensable au vivre ensemble, dans notre vie quotidienne, sociale, personnelle ? ». En politique… une interview de Dominique de Villepin dans le PARISIEN qui ne va pas jusqu’au pardon des offenses, vis-à-vis du Président de la République, Nicolas Sarkozy… Mais enfin, le ton de celui que le PARISIEN présente comme un rival du Chef de l’Etat est plus modéré. D’ailleurs, l’interview est titrée : « Villepin : il faut un premier ministre et un gouvernement plus forts ». Autres interviews, celle de Mahmoud Abbas dans le MONDE et celle de Bernard Kouchner au JOURNAL du DIMANCHE. « Vite, un Etat palestinien », demandent ensemble le leader palestinien et le ministre français des affaires étrangères. Autre interview surprenante, celle de Jean-Paul Delevoye dans le MONDE avec ce titre : « La société française est fatiguée psychiquement ». Et ce cri d’alarme du Médiateur de la République : « J’estime, dit-il, à 15 millions le nombre de personnes pour lesquelles les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près ». Selon Monsieur Delevoye, l’Etat porte une grande responsabilité : « Sa boîte à outils est mal adaptée ». Il ajoute : « Aujourd’hui, les parcours de vie s’opèrent sur des trajectoires de plus en plus fracturées : le même boulot, le même conjoint pour la vie, c’est fini. Des échecs importants peuvent se produire en cours de route. Or l’administration gère des dossiers, non des personnes.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.