Le plaidoyer pour une primaire à gauche de Jean-Christophe Cambadélis

L'appel est clair, le discours parfois un peu moins. C'est bien simple, il faudrait presque un traducteur pour comprendre certaines phrases un peu énigmatiques du Premier secrétaire du Parti socialiste dans le JDD ... "Mon problème, ce n'est pas la clarification", dit-il [on avait remarqué], "c'est la qualification". On cherche aussi toujours à comprendre si cette phrase "En 2017, il ne s'agira pas de témoigner mais de gagner" a un sens caché tant elle respire l'évidence.

On taquine, mais ce qui est clair en revanche, c'est le timing : pour Jean-Christophe Cambadélis, la primaire doit avoir lieu en décembre ou en janvier, dans tous les cas après celle de la concurrence, puisque chez Les Républicains, on désignera son candidat en novembre prochain. Autre souhait : que ce soit "la primaire de toute la gauche". Et le Premier secrétaire de résumer en une petite phrase assassine le flou au Front de Gauche : "Pierre Laurent a l'air partant, Jean-Luc Mélenchon a l'air parti et Clémentine Autain est observatrice. Il y a au moins trois positions. Il faut clarifier tout ça".

Primaire ou pas, pour Jean-Christophe Cambadélis "le candidat le plus crédible par temps de crise, c'est le président de la République. S'il était candidat, il n'aurait pas obligation de participer à tous les débats, il ne ferait pas le tour de France... Il n'a pas de problème de notoriété." Les mauvaises langues diront que c'est peut-être ça le problème.

Le retour programmé d'Arnaud Montebourg

C'est le Monde qui nous l'affirme ce dimanche : "il n'y a guère que ses proches pour faire semblant d'entretenir le suspense", l'ancien ministre de l'Économie (et du Redressement productif), "en pleine ascèse médiatique" aurait même "accéléré le tempo". "En 2017, c'est décidé, il sera le petit patron qui se présentera à la présidentielle. Et tant pis si son parcours de professionnel de la politique depuis 20 ans ne colle pas".

Un de ses amis l'affirme : "Il ne veut pas faire de la figuration, ni présenter une candidature de témoignage" (décidément), l'objectif c'est d'être "qualifié au second tour". Le plus dur ce sera justement de passer le cap de la primaire... Arnaud Montebourg, les frondeurs s'en méfient, nous explique Le Monde, "trop instable", "pas assez sûr". À moins qu'il ne fasse le choix de la candidature en solitaire... Même si son entourage le promet : "il ne veut pas être le Taubira ou le Chevènement de 2017, celui qui sera tenu pour responsable de l'élimination de la gauche au premier tour."

Faut-il fermer le palais de l'Élysée ?

C'est la question que se pose Le Parisien ce matin... Une question qui n'est pas neuve, nous explique-t-on. "Lorsqu'il était jeune conseiller de François Mitterrand, François Hollande se demandait si la gauche était compatible avec le faste de l'Élysée, son protocole sourcilleux, ses gardes républicains en épée et ses huissiers à chaîne d'argent". Une question que l'actuel président se pose encore, comme lorsqu'il confiait, un peu las, lors des défilés contre le mariage pour tous : "il pourrait y avoir la guerre dehors, on ne s'en rendrait pas compte".

Nathalie Schuck explique aussi que ce palais, si prestigieux soit-il est aussi coûteux et peu pratique... Les moindres travaux de restauration coûtent une petite fortune... 30 millions d'euros dépensés entre 2008 et 2011... Pire, les règles pour les effectuer sont drastiques : les ouvriers ne peuvent travailler que si le président est absent. Et ils doivent pourtant venir régulièrement, parfois en urgence... En février 2015, il s'était mis à pleuvoir en pleine conférence de presse de François Hollande...

Partir, ce serait donc une solution, tout le monde y a déjà pensé, mais personne ne le fait, conclut le Parisien, avec ces mots de Jack Lang, "l'Élysée c'est une bonbonnière, un endroit désuet. On pourrait imaginer un lieu plus moderne, mais ça n'arrivera jamais. Nous sommes tellement conservateurs..."

Patrick Henry proche de la porte de sortie

À lire aussi ce matin dans le JDD, un entretien avec Me Carine Delaby-Faure, avocate, qui défend Patrick Henry, condamné à la perpétuité en 1977 pour le meurtre d'un petit garçon. Libéré en 2001, et condamné à nouveau un an plus tard pour une affaire de drogue... Il fait une nouvelle demande de libération conditionnelle. Et son avocate l'assure : "il n'y a plus d'obstacle à sa sortie"... Si ce n'est un obstacle symbolique. "Patrick Henry a été le détenu le plus détesté de France, il a failli être décapité, il a vécu des années en isolement. J'assiste un homme de 62 ans qui a payé sa dette à la société. Il faut arrêter de vouloir le rejuger pour des faits d'il y a quarante ans."

Pour elle, le cas de Patrick Henry pose aussi plus largement la question de la volonté de réinsertion des détenus... "En 2001, il est incarcéré depuis 25 ans, a subi des tas d'examens psychiatriques, mais personne ne lui a proposé de psychothérapie ! Quand il sort, il n'est pas prêt. Il était tellement mal à l'aise qu'il avait recréé sa cellule dans son appartement. Dans les pays scandinaves, on prépare les détenus à la sortie, et il y a beaucoup moins de récidive."

Que faire des images de la propagande de l'organisation État islamique ?

C'est une question que pose Le Monde et qui agite les rédactions des télévisions françaises depuis plusieurs mois... Doit-on les diffuser ? Les considérer comme une information ? Ou comme une propagande ? Le journal ne tranche pas mais évoque les débats qu'elles suscitent presque au quotidien chez les journalistes. Chez France Télévisions par exemple, Michel Field, le nouveau patron, explique qu'on analyse au cas par cas. "On peut parler d'une image sans la montrer, mais il faut être extrêmement vigilant pour ne pas être instrumentalisé". Même numéro d'équilibriste pour Hervé Béroud, directeur de l'information de BFM-TV. "C'est un phénomène nouveau et complexe auquel nous n'avons pas encore trouvé de bonne solution.", reconnait-il. "Nous trions les séquences et nous les utilisons comme des images d'illustration tout en les remettant dans leur contexte. Personnellement, je pense qu'il faut montrer ces images, sinon il pourrait se développer une théorie du complot".

Pour Marie-José Mondzain, philosophe spécialiste de l'art et des images, il faut de toute façon s'habituer à voir ces questionnements revenir de plus en plus souvent : selon elle, il n'y a déjà plus une guerre des images et une guerre sur le terrain, mais bien "une seule et même guerre menée sur le double terrain des armes et de l'image. Celle-ci est traitée comme une arme."

Le pixel français et une bataille de Bretons

Le JDD décrypte la guerre économique dans laquelle est prise Ubisoft, troisième éditeur mondial de jeux vidéo , façon "Astérix chez les Bretons". Ici, Yves Guillemot, le PDG et fondateur, serait un peu le chef du village gaulois et Vincent Bolloré, qui grignote petit à petit son capital, un Jules Cesar expert en stratégie plus ou moins fourbe. Son dernier coup : une offre de rachat de Gameloft, dirigée par le le frère d'Yves Guillemot, Michel, pour tenter de semer la discorde dans la famille. Bref si on était chez Goscinny et Uderzo, ce serait l'album "La Zizanie", si l'on en croit Mathieu Pechberty qui signe le papier. Avec d'un côté la famille Guillemot, "venue de Carentoir dans le Morbihan, qui se disent vrais et discrets", "face au médiatique Bolloré, né à Paris mais qui met en avant son fief finistérien d'Ergué-Gabéric"... Dans la bataille pour le contrôle des pixels français, c'est à qui sera le plus breton.

Umberto Eco lui a appris à (vraiment) lire

Les hommages officiels, vous les avez tous lus ou entendus hier, en voici un très personnel pour refermer la page... "Umberto Eco m'a appris à lire", nous dit Ondine Benetier sur Slate... Pas au sens propre non, c'est plus subtil. Elle y raconte le paradoxe de son enfance : une petite fille qui adorait écrire mais détestait lire. "La lecture était synonyme d'ennui, de temps qui passe lentement, de descriptions interminables, d'enfermement, de tristesse et même de limitation de l'imagination"... N'en jetez plus. Jusqu'au jour où des voisins de classe préparatoire lui parlent d'un livre qu'ils avaient adoré et qu'on ne les avait pas obligés à lire. "Comment voyager avec un saumon". Il lui amène le lendemain en lui jurant qu'elle trouvera ça génial.

La jeune femme s'y plonge et raconte qu'elle a tout de suite ri. "Pas souri : ri aux éclats. Je n'avais jamais ri en lisant un livre. Avec ce roman qui n'en est pas un, c'est tout un monde de possibilités qui s'est ouvert à moi : un monde où la lecture pouvait me faire ressentir des émotions aussi fortes que celles de la vraie vie". Des émotions qu'elle a voulu faire partager à l'auteur lui-même, en lui envoyant un mail en italien où elle lui raconte son histoire et ce fléau de la vie qu'ils partagent : "les jeux de mots sur leurs patronymes respectifs". Surprise, Umberto Eco lui répond, indigné : "Mais quels gens fréquentes-tu ???" Le mail finira imprimé et "rangé précieusement dans la boîte à souvenirs" de la lectrice convertie, à côté des photos de son chien... Ecco.

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