Donald Trump, qui est donc officiellement depuis hier le 45ème président des États-Unis.

En 1930, Sinclair Lewis fut le premier Américain à recevoir le Prix Nobel de littérature. Récompense pour ses romans dépeignant la vulgarité affairiste et consumériste de la classe moyenne aisée américaine. Il épinglait sa bigoterie, il moquait son hypocrisie, quitte à verser, de temps en temps, dans la caricature, ce que certains lui ont reproché. Or, l’un de ses livres vient d’être réédité en France, aux Editions de la Différence et dans sa première traduction, traduction de Raymond Queneau. Le titre, c’est Impossible ici, et s’agit d’un roman noir écrit en 1935 – un roman prophétique, estime Pierre de Gasquet dans le supplément week-end des ECHOS.

Qualifié d’effroyablement contemporain par la presse anglo-saxonne, ce roman conte l’histoire de l’ascension fulgurante d’un démagogue hors-pair, un certain Buzz Windrip, leader populiste très charismatique qui prend le pouvoir aux États-Unis. Il fait un tabac auprès ‘des mineurs affamés, des fermiers ruinés et des ouvriers au chômage’. ‘Leurs mains se levaient devant lui comme une troupe d’oiseaux effarouchés à la lueur des torches.’

Se réclamant des vraies valeurs traditionnelles américaines, Buzz Windrip balaye littéralement Franklin Roosevelt et remporte l’élection de 1936.

Il promet alors de restaurer la grandeur de l’Amérique, puis très vite, il laisse libre cours à ses pulsions autocratiques. Il nomme des banquiers à son cabinet, ordonne l’invasion du Mexique, et expédie ses opposants dans des camps d’internement. Impossible ici - It can happen here : un cauchemar politique imaginé, donc, par l’écrivain Sinclair Lewis il y a plus 80 ans. Né de l’urgence d’écrire face à la montée du totalitarisme et de l’antisémitisme, cette satire, explique mon confrère, n’a sans doute pas la puissance littéraire de 1984 ou du Meilleur des Mondes. N’empêche : elle prend aujourd’hui une résonance particulière, tant le parcours de Buzz Windrip évoque celui de Donald Trump. Très grand succès aux USA : l’édition américaine du livre est épuisée sur les sites de commerce en ligne.

Donald Trump, qui est donc officiellement depuis hier le 45ème président des États-Unis

On le retrouve en photo dans quasiment tous les journaux. Le poing levé dans L'ARDENNAIS : « Donald Trump prend le pouvoir » Pouce levé dans LE COURRIER PICARD : « Bienvenue dans l'ère Trump » Main levée dans OUEST FRANCE et LA DEPECHE DU MIDI : « Donald Trump 'L'Amérique d'abord' » « Trump investit la Maison Blanche », titre de son côté LA NOUVELLE REPUBLIQUE, tandis que L'ECHO DE LA HAUTE VIENNE évoque « des lendemains chargés de craintes ».Et, de fait, cette élection continue d'inquiéter, ainsi qu'en témoigne également le titre du MONDE : « Trump ou la fin de l'ordre américain ».

Récit de la cérémonie d’investiture dans toute la presse

Il a prêté serment à midi, heure de Washington, sur sa Bible et celle de Lincoln, que tenait dans la main sa femme. Une cérémonie marquée par la tonalité guerrière de ses propos : « le discours d’intronisation le plus radical que l’on n’ait jamais entendu », estiment différents experts. Cérémonie marquée aussi par de violentes échauffourées dans les rues de la capitale fédérale. Sachant que c’est surtout aujourd’hui que la mobilisation anti-Trump s’annonce massive, explique Jannick Alimi dans les colonnes du PARISIEN. Une manifestation est organisée par le mouvement Women’s March, la marche pour la défense du droit des femmes. Parole d’une militante, Barbara, petite soixante, qui défilera en famille : ‘Les femmes ont été insultées par ce président, dit-elle, et toutes, on se sent concernées par ses projets de remise en cause de la contraception et de l’avortement. Mais à travers le droit des femmes, c’est les droits de l’homme que l’on défend.’

Pour LIBERATION, Trump est bien aujourd’hui le président de deux Amériques

Pas de réconciliation suite au discours d’hier. Et, d’ailleurs, ainsi que le relève Philippe Gélie dans LE FIGARO, la traditionnelle démonstration de civisme et de cohésion nationale qui, d’ordinaire, prévaut en pareilles circonstances, a été altérée par le boycottage de 60 élus démocrates.

Il y a donc ceux qui continuent de ruminer leur défaite, face à ceux qui exultent de l’avoir emporté, tel Kenny Lee, ce supporter rencontré par Laure Mandeville : ‘Je suis persuadé, assure-t-il, que Trump a été envoyé par Dieu pour réparer ce pays et pour lui rendre sa grandeur. Obama n’a cessé de s’excuser dans le monde entier. Résultat : désormais, plus personne ne nous respecte.’ Trump envoyé par Dieu et Obama qui n’a cessé de joué contre son camp et les intérêts nationaux. C’est le genre de propos qu’a tenu également une Républicaine invitée de la chaîne de télé BFM hier. Elle s’appelle Evelyne Joslain, elle est l’auteure d’un livre sur Trump et, comme le rapporte le HUFFINGTON POST, elle était en plateau pour commenter la cérémonie. Obama antipatriote, Obama davantage musulman que chrétien... Et des dossiers sellés : on nous cache quelque-chose. Suite à ses déclarations dignes des pires théories complotistes, la dame a été conduite hors du plateau.

A propos, d’ailleurs, de théorie du complot, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de l’excellente revue TOPO – l’actu dessinée pour les moins de 20 ans. En kiosque, le numéro 3, avec donc une BD expliquant les ressorts du succès de certaines théories parfaitement fumeuses : Obama musulman, l’attentat de CHARLIE HEBDO n’a pas existé, la terre n’est pas ronde, mais plate, l’homme n’a pas marché sur la lune, nos gouvernant sont reptiliens… C’est éclairant, c’est passionnant, même quand on a plus de 20 ans.

Un mot sur le discours de Donald Trump

Alexandre Phalippou, du HUFFINGTON POST, a relevé qu’il avait cité mot pour mot l’une des phrases de Bane, le méchant dans le Batman, de Christopher Nolan. ‘Aujourd’hui, on ne transfère pas le pouvoir d’une administration à une autre, ou d’un parti à un autre. Nous transférons le pouvoir de Washington pour le rendre à vous, le peuple américain.’ Pour le rendre à vous, le peuple : c’est l’une des expressions de Bane, l’adversaire du chevalier noir.

Alexandre Jardin candidat

Lui aussi, il veut ‘rendre le pouvoir au peuple’, mais ce n’est pas certain qu’il en ait l’occasion : portrait d’Alexandre Jardin, en dernière page de LIBERATION. L’écrivain a décidé de se présenter à l’élection présidentielle, persuadé qu’il a rendez-vous avec l’Histoire et les Français. Il estime qu’il peut obtenir les 500 signatures nécessaires. Et si, finalement, il ne les obtient pas, pas de ralliement à l’horizon : il annonce qu’il votera blanc.

Mais aujourd’hui, ce sont bien sûr d’autres candidats qui font la Une : ceux de primaire à gauche, dont le premier tour a lieu demain. Dans la presse régionale, vous trouverez le mode d'emploi pour voter. Dans L'INDEPENDANT CATALAN, la liste des "49 bureaux ouverts dans les Pyrénées-Orientales". Dans PRESSE OCEAN, la liste des "145 bureaux ouverts en Loire-Atlantique". "Mais seulement 30 bureaux en Charente", s'étonne LA CHARENTE LIBRE. AUJOURD'HUI LE PARISIEN passe pour sa part les programmes des candidats au banc d'essai : en matière d'économie, d'éducation ou de réforme des institutions, leurs projets diffèrent fortement. Et pour Frédéric Vizard, qui signe l'édito, la primaire est tout de même "un exercice magique" : ‘Grâce à elle, la droite dite 'la plus bête du monde' a retrouvé, outre un candidat unique à la présidentielle, sa crédibilité et sa cohérence idéologique". Quant à celle de la gauche, annoncée comme une guerre de barricade entre clans d'un parti en ruine, elle a accouché de projets originaux, et d'un vrai débat sur l'avenir de la société française.’

Reste à savoir maintenant quelle sera la participation

Combien d'électeurs, et quel sera le poids du vote utile ? Questions que pose LIBERATION, pour qui le PS joue ici sa survie. Même gravité dans les pages du FIGARO, qui pointe « un scrutin qui fait peur au Parti socialiste ». Un scrutin à haut risque, tant le danger de l'explosion du parti est réel.

Dès lors, à tous les candidats, je ne saurais trop conseiller la lecture de l’interview que Leïla Slimani donne ce mois-ci à L’OFFICIEL. Nous avons commencé par un Nobel de littérature, on termine par un Prix Goncourt. L’OFFICIEL, c’est un mensuel de mode, mais c’est de littérature qu’y parle l’auteur de Chanson Douce, pour lequel elle a donc été primée. Elle parle du pouvoir incroyable des mots. ‘Je viens d’un pays et d’une civilisation arabo-musulmane où, pendant longtemps, les femmes ne pouvaient pas écrire, pas conduire, pas divorcer. C’est une révolution copernicienne pour moi de dire que je peux. Et si les femmes n’ont pas eu davantage de prix littéraires, c’est qu’elles n’avaient pas le temps d’écrire, mais il y en aura de plus en plus.’ Question du magazine : le matin du Goncourt, vous êtes allée vous acheter une robe, pourquoi ? Réponse de l’écrivaine : ‘Je me suis dit : ‘Comme ça, si j’ai le Goncourt, je la mets, et sinon j’aurais au moins une consolation’. Les candidats à la primaire savent ce qu’il leur reste à faire : courir s’acheter une robe, pour se consoler si jamais ils se prennent une veste !

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