Bonjour à tous… « De la musique avant toute chose, Et pour cela préfère l’impair Plus vague et plus soluble dans l’air Sans rien en lui qui pèse ou qui pose ». Comment en ce samedi 21 juin où l’on fête l’été en musique, ne pas reprendre Verlaine et ses conseils d’Art poétique destinés au jeune Charles Morice, un prosateur oublié ! Dieu merci, vous êtes tous à l’image de Sandra Freeman et Stéphane Paoli, des amis de la poésie, et vous avez appris de Verlaine à tordre le cou de l’éloquence. Vous avez appris avec lui à choisir les mots de la radio. A fuir la pointe assassine et tout cet ail de basse cuisine, de nos confrères des médias insolents et vulgaires. On ne remerciera jamais assez Verlaine de nous avoir enseigné « les torts de la rime et tous ces bijoux d’un sou qui sonnent creux et faux sous la lime ». A ce propos, et parce qu’il nous arrive à tous d’oublier les derniers vers des poèmes appris par cœur dans les lycées du passé, je citerai encore ce matin les deux derniers quatrains du poème de Verlaine, pas pour Xavier Darcos, ni pour Jack Lang, ni pour Christine Albanel bien sûr, mais pour les casseurs du monôme qui ont brisé des vitrines hier soir à Paris, fait 19 blessés aussi, et gâché la fête d’aujourd’hui. « De la musique encore et toujours ! Que ton vers soit la chose envolée Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée Vers d’autres cieux, à d’autres amours. Que ton vers soit la bonne aventure Et passe au vent crispé du matin Qui va fleurant la menthe et le thym Et tout le reste est littérature » Le reste c’est aussi la vie, ce samedi, avec la musique, la Turquie victorieuse des Croates hier soir à Vienne, l’Europe par terre à rafistoler et Carla Bruni-Sarkozy interviewée sur cinq pages dans LIBE. Drôle de dame, épisodiquement de gauche, se justifie LIBERATION, en expliquant que l’épouse du Président de la République parle musique dans cet entretien singulier. Qu’elle s’y explique aussi sur sa fonction et répond aux questions posées par la politique de son mari. C’est ainsi qu’elle votera pour lui en 2012 s’il décide de se représenter. Mais pourquoi diable cet entretien au journal dirigé par Laurent Joffrin, par ailleurs intervieweur du Maire de Paris, Bertrand Delanoë pour un livre intitulé : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ». Elémentaire mon cher Watson. Et Joffrin lui-même répond dans son éditorial de LIBERATION à cette question. « Pourquoi Carla Bruni ? Parce que c’est d’abord une chanteuse de qualité et ensuite, ensuite seulement l’épouse du Président de la République.». C’est un cas unique dans le théâtre politique. Un ovni symbolique, incongru, irritant, baroque qui mérite examen. Et Joffrin « d’examiner » justement en dépit du trouble provoqué dans la rédaction de LIBERATION, par la forte présence de la première Dame de France dans LIBE de ce samedi. Il examine. « D’où vient le trouble, écrit-il ? D’où vient le malaise ? Pas de la personnalité de Carla Bruni-Sarkozy. Bon, elle est née coiffée, mais on s’en arrangeait. Voix chaude, esprit délié, on était content de trouver une chanteuse progressiste, pour faire avancer telle ou telle cause. Et voilà que cette séductrice de gauche passe à la droite bling-bling. Et que l’ouverture politique se double du même coup d’une aventure sentimentale ! C’est grave docteur ? Oui, répond Joffrin en conclusion de son éditorial. Jusqu’à Carla, Nicolas Sarkozy était soutenu par Mireille Mathieu, Enrico Macias. Désormais il bénéficie des emblèmes de la gauche chic, comme Michel Houellebecq et Julien Clerc. C’est ça l’origine des réactions, ajoute Laurent Joffrin. Pour une bonne partie de l’opinion, l’icône Carla Bruni-Sarkozy a changé de camp. En page 3 de LIBERATION, Antoine Guiral commente : « Attention au miroir qui valorise mais éclipse aussi le mari de Carla Bruni . Et gare aussi à la réussite du disque qui doit sortir le 11 juillet prochain. C’est parait-il une priorité pour l’Elysée. Si bide il y avait, ce serait comme une catastrophe ». Fin de citation de LIBERATION. La catastrophe en question le NOUVEL OBSERVATEUR pourrait l’ajouter à son catalogue, puisqu’il titre cette semaine sur « Sarko-la-poisse », avant de détailler. « Il attendait la croissance, il attendait le pouvoir d’achat, il attendait l’Europe ». Ce qui nous renvoie à Yves Montand « Il attendait son carrosse » ou à Georges Ulmer « Un monsieur attendait au café du palais ». Encore faut-il tourner les pages du NOUVEL OBS cette semaine. Jusqu’à Georges Semprun qui explique ce qu’il attend du Président de la République française. « Qu’il entraîne l’Europe sur une autre façon de traiter de l’immigration ». A lire aussi dans le courrier des lecteurs du NOUVEL OBSERVATEUR, cette missive joyeuse de Francis Politzer exprimant en ces termes, son goût du luxe et le coût du luxe. « Hier j’ai offert à ma chérie un jerrican plein d’essence, du super sans plomb ! Premier choix. Elle a adoré. Les mots lui ont manqué pour me témoigner sa joie. Avec le baril à 130 euros, je savais lui faire un cadeau sans prix. D’ailleurs sur l’autoroute on les repère ceux qui ne peuvent plus s’offrir le plein d’essence. Ils roulent à quatre vingt kilomètres/heure et on peut désormais reconnaître les riches grâce à ce nouveau critère de sélection. Ils roulent encore à 130 kilomètres/heure. Les autres lèvent le pied ». Courrez aussi à la page 44 du NOUVEL OBSERVATEUR avec le commentaire de Claude Weil sur le sujet de philosophie proposé aux bacheliers cette année. « Peut-on désirer sans souffrir ». « Tu parles, écrit Claude Weill. A croire que ce sont les moines bouddhistes de Lhassa ou Mathieu Ricard qui ont choisi ce sujet-là ». Et mon confrère individualiste délibéré de protester. « Ce renoncement au désir c’est peut-être de la sagesse. Vanité des vanités. Des blagues tout ça. Des ruminations de dépressifs, des idées d’impuissants. Etonnes-toi que les Français broient du noir. Mais le désir c’est la vie. C’est ce qui fait tourner la machine. Moi je suis toujours dans le désir, le désir de réussir, de plaire, de conquérir. J’arrêterai de désirer quand je serais mort ». Voici la conclusion de Claude Weill qui est délicieuse. « Il faut toujours prendre ses désirs pour des réalités. Il n’y a que les petites gens qui ont des petits désirs. Moi j’ai toujours rêvé en grand. Comment crois-tu que je suis arrivé où je suis aujourd’hui. Rien ne m’a été donné, j’ai du me battre, et je continue, j’ai toujours envie de tout. Surtout de ce que je n’ai pas ». Le désir d’Europe. Ca aussi c’est un sujet d’éditorialiste parmi les plus sérieux et ceux qui écrivent le mieux. Voilà il y a Jean Daniel. Je commence par lui parce qu’il est dans le NOUVEL OBSERVATEUR. Il dit tout simplement à propos de l’Europe, « naufrage d’une ambition ». Et ça commence bien. « Par lui-même, écrit Jean Daniel, le mot Europe était déjà ennuyeux. Et bien voici qu’il devient morose. C’est injuste puisqu’à l’origine Europe était le nom d’une princesse vénitienne. Si belle, si attirante que Zeus n’avait pu la séduire qu’en se métamorphosant en taureau ». Et Jean Daniel ajoute à ça : « Manifestement Nicolas Sarkozy avait cru réussir à son tour cette métamorphose ». Je laisse à Jean Daniel la responsabilité de cette double image et j’en viens à Bruno Frappat dans la CROIX. Alors lui il écrit : « L’Europe ne s’aime pas. Elle ne s’aime plus. Ce n’est pas la peine de tourner autour du pot et des évidences. Le « non » d’une majorité d’Irlandais au traité de Lisbonne, au-delà du refus d’un texte qu’ils n’ont pas plus lu, probablement que les Français, les Allemands ou les Italiens, ce « non » sec et brutal traduit un malaise pas seulement insulaire ». Et Bruno Frappat conclut : « L’Europe c’est moi d’abord. Tel est le message. On l’avait entendu en français, en italien, en flamand, maintenant en gaélique ». Claude Imbert dans le POINT : « l’Europe est somnambule. La petite Irlande a donc pris ses cliques et ses claques. Dans leur dortoir européen, ses vingt six compagnes ont soupiré. Et voilà le résultat de l’escapade de quatre millions d’Irlandais, baladins du monde occidental qui va tout de même pas casser l’Europe économique car elle en a vu d’autres.

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