Si la Grèce était une banque…

« Si la Grèce était une banque, elle serait déjà sauvée » : voilà l’un des slogans qu’on pouvait lire hier sur les banderoles de ceux qui ont manifesté – à Rome, à Berlin, à Paris – afin d’exprimer leur solidarité avec le peuple grec… « Si la Grèce était une banque, elle serait déjà sauvée » … Mais la Grèce n'est pas une banque, et les journaux, ce matin, témoignent de l'inquiétude régnant à 24 heures de la réunion du Conseil des chefs d'Etat de la zone euro... Une zone que pourrait donc quitter le pays dirigé par Alexis Tsipras, faute d'accord avec les instances de l'Union Européenne...

Du côté de la presse régionale, c'est l'angle hexagonal qui domine. Dans LIBERATION CHAMPAGNE : « L'impact sur les Français si la Grèce abandonne l'euro » ... Dans L'INDEPENDANT : « Quelles conséquences en France ? » Dans LE COURRIER PICARD : « Pourquoi les Français doivent s'inquiéter d'une défaillance de la Grèce ? » Un élément de réponse en manchette de SUD OUEST, qui explique ce que ‘vous’ coûterait, ce que ‘nous’ coûterait la sortie des Grecs de l'euro : une ardoise, pour la France, de plus de 68 milliards, soit 1.000 euros par habitant.

Sans doute l'une des explications du sondage ODOXA publié dans le JDD... Il y a trois ans, les deux tiers des Français souhaitaient une exclusion de la Grèce de la zone euro, dans le cas où elle ne parvenait pas à réduire sa dette... Aujourd'hui, ils ne sont plus de 46% à prôner ce choix-là...

« Les Français sont plein de bon sens » , analyse Michel Sapin dans les colonnes de l'hebdomadaire. « Ils veulent de la stabilité et de la croissance, et puis ils sont conscients que les Grecs ont déjà fait les trois quarts du chemin, et que ce serait un drame de ne pas faire le dernier quart... Athènes doit maintenant, poursuit-il, faire des propositions sérieuses. »

« Mais en cas de faillite et de sortie de l'euro, que se passerait-il selon vous ? » , lui demande le journal. Réponse du ministre français des Finances : « Les risques sont d'une ampleur inconnue. C'est une zone inconnue. Donc il faut éviter ce scénario. »

N'empêche, à Athènes, on se prépare au jour d'après, nous raconte Camille Neveux. On se prépare à l'éventualité, car c'est une éventualité, d'une sortie de l'euro - sortie à laquelle on donne le nom de "grexit" . Les Grecs se préparent donc, non seulement en continuant à retirer leur argent des banques - plus de 31 milliards d'euros retirés ces cinq derniers mois, mais aussi, comme avant les guerres, en faisant des provisions. Provisions d'essence, notamment.

Dès lors, qui pourrait tirer bénéfice d'un défaut de paiement de l'Etat grec qui déboucherait sur le "grexit" ? C'est la question posée par l'édito du MONDE, qui n'y voit, en fin de compte, que l'aveu d'un échec. Un terrible échec pour les Grecs, qui seraient les premiers à en pâtir. Terrible échec aussi pour l'image et pour les fondements du projet européen.

Une menace pour l'Europe. Une menace pour la Grèce. Le mot « menace » barre d'ailleurs la Une du JOURNAL DU DIMANCHE, mais avec un autre sujet. Photo pleine page de la garde des Sceaux : le titre, c'est « la menace de Christiane Taubira ».

Et là, plus rien à voir avec la situation en Grèce... Mais celle qui règne place Vendôme semble tout aussi chaotique. Christiane Taubira, nous explique le journal, ne cesse d'avaler des couleuvres depuis plusieurs mois, n'étant pas consultée sur des textes qui, pourtant la concernent. Mais si elle a choisi de rester au gouvernement, c'est parce qu'elle tient plus que tout à son projet de loi sur la justice des mineurs, un projet qui ne cesse d'être repoussé. Sauf que, désormais, elle menace. Elle menace de démissionner si sa réforme n'est pas présentée rapidement devant le Parlement. A Matignon, comme à l'Elysée, on tente de calmer le jeu, évoquant l'examen du texte l'an prochain, en 2016. Mais de l'avis de nombreux observateurs, la réforme de la justice des mineurs n'aura jamais lieu sous ce quinquennat. Et surtout pas en 2016 : beaucoup trop polémique à un an de la présidentielle.

La présidentielle, pour laquelle continue de se préparer Alain Juppé. Cette semaine, il était en déplacement en Haute-Marne. Toutefois, aux journalistes qui le suivent, le maire de Bordeaux assure qu'il n'est « pas en campagne » , rapporte le JDD.

Quant à Nicolas Sarkozy, il fait, cette semaine, la Une du POINT : « La droite contre Sarkozy. » Sous-titre : « Ce que son camp dit de lui en 'off'. » En 'off', autrement dit : quand il a le dos tourné. Et là, les langues se délient, la plupart des ténors de l'ex-UMP n'hésitant pas à confier leurs doutes et leur grande déception. Ils se moquent aussi de ses colères, de ses fautes de grammaire, de ses tics et de l'influence supposée de sa femme Carla, à qui il téléphone des dizaines de fois par jour et qu'il surnomme « mon lapin » . Ségolène de Larquier rapporte même la petite blague que se racontent en ce moment les députés de l'opposition. L'histoire de la voyante qui prédit son avenir à Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2017 : « Je vous vois passer dans une grande avenue, dans une voiture, le toit ouvert, le peuple en liesse. Mais je n'arrive pas à distinguer comment vous réagissez. Le cercueil est fermé. » Succès garanti sur les bancs du Palais-Bourbon… Et preuve que l'ex-chef de l'Etat n'inspire plus, comme avant, la peur de ceux qui l'entourent. « Jadis, note ma consœur, son autoritarisme, son énergie, et son tempérament tyrannique impressionnaient. Désormais, on lui obéit en rechignant, voire on désobéit crânement. On éructe, on ricane. »

Dans l'édito de l'hebdomadaire, Franz-Olivier Giesbert donne, lui également, dans le réquisitoire, en listant les sept handicaps de Nicolas Sarkozy : un style dépassé, une usure naturelle, un flou peu artistique dans sa stratégie, une légèreté brouillonne, de l’improvisation, un bilan pas fameux et une manie de toujours courir après le vent, sans oublier le boulet des copains – Claude Guéant et les Balkany, dans le viseur de la justice. Cependant, relève Giesbert, Nicolas Sarkozy dispose désormais d'un atout, et d’un atout de taille, à savoir son parti. Raison pour laquelle il affirme lui-même qu'il est persuadé de l'emporter en 2017. « Oui, lâche-t-il, j'ai changé. J'ai perdu mon charisme, j'ai perdu mon envie. Mais personne ne conteste que je sois redevenu le chef mon parti. Sachez que mes erreurs sont réfléchies, très réfléchies. Et que je vais gagner ! »

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Quoi d'autre à retenir dans la presse ce matin ?

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SFR veut racheter Bouygues Telecom. Une info du JOURNAL DU DIMANCHE. Le groupe de téléphonie propose 10 milliards d'euros.

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Depuis les attentats de janvier, les musulmans de France se sentent de plus en plus stigmatisés. L'enquête est à lire dans LE PARISIEN.

En dépit – ou à cause – de la prohibition instaurée depuis des années par les lois islamiques, l'alcool fait aujourd'hui des ravages en Iran. Selon les chiffres officiels, près de 200.000 Iraniens seraient de fieffés alcooliques. Le ministère de la Santé a choisi de ne pas faire l'autruche. Des dizaines de centres de désintoxication devraient ouvrir bientôt à Téhéran, nous explique MARIANNE.

La fête de la musique un peu partout dans les journaux, avec une interview de la ministre de la Culture dans le JDD. Elle raconte sa passion pour le piano, pour le karaoké, mais également pour l'opéra... « J'aurais rêvé, dit-elle, de devenir chanteuse lyrique ! » C’est peut-être encore possible. Elle s’exprime également sur les festivals de l’été, et sur ceux qui ont disparu… Si la culture était une banque, sûr qu’elle serait depuis déjà longtemps…

Mais au fond, la musique, c'est quoi ? Et pourquoi y est-on sensible ? Lire, pour y voir plus clair, l'article du biologiste Jean-François Bouvet dans le mensuel SCIENCES HUMAINES : « Ce que la musique fait aux humains. » La musique nous émeut, la musique nous élève, la musique nous met en mouvement. Mais comment agit-elle sur l'âme humaine ? La neurobiologie tente de percer le mystère… Et elle y arrive en partie, mais en partie seulement. Il est des phénomènes qui restent mystérieux. Pourquoi, par exemple, des patients atteints de la maladie de Parkinson sont-ils capables de retrouver une démarche régulière à l'écoute d'une musique au tempo adapté ? Et pourquoi des patients atteints de la maladie d'Alzheimer sont-ils, de leur côté, capables de mémoriser de nouvelles mélodies ? Ils oublient les visages, ils oublient les prénoms, ils oublient parfois qui ils sont, mais ils retiennent les mélodies… « L'effet de la musique a ses raisons que la raison ne connait pas » , conclut le scientifique.

Enfin, une foultitude d'inquiétudes environnementales dans les journaux… Ainsi, dans VAR-MATIN, effaré par la persistance de l’algue mucilagineuse, qui envahit la mer. Ainsi, également, dans OUEST FRANCE, effaré par la peste végétale qui attaque les oliviers. Et puis, dans LE TELEGRAMME, stupéfaction devant la horde de hannetons qui est en train de décimer la forêt alsacienne, dévorant le feuillage des arbres et générant un bourdonnement comparable à celui d’un bataillon d’hélicoptères. Dans le JDD, vous lirez aussi que le mois de mai dernier a été le plus chaud depuis 1880, année des tous premiers relevés de température. Et dans LE MONDE, vous lirez que la Corée du Nord est actuellement touchée par la pire sécheresse qu’elle ait connu depuis 100 ans.

La mer menacée, les oliviers menacés, la forêt menacée, la sécheresse, des pics de chaleur. Autant de sujets qui, sans doute, nourriront les débats de la COP21, la fameuse conférence sur le réchauffement climatique qui se tiendra en France en novembre… Sachant que, comme le disait Hugo Chavez lors du sommet de Copenhague en 2009 : « Si le climat était une banque, il serait sans doute déjà sauvé depuis longtemps »…

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