Bonjour à tous… Semaine après semaine, la crise financière mondiale secoue la planète média : G20 - G8, Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, reviennent en boucle, jusqu’à saturer l’actualité. Et avec la crise, les noms de quatre Français chargés de responsabilités qui touchent l’ensemble de la planète. Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, Jean-Claude Trichet et Dominique Strauss-Kahn. Le dernier cité, directeur général du Fonds Monétaire International depuis novembre 2007 est désormais hors jeu, depuis qu’il en a démissionné publiquement pour les raisons que chacun connaît. Ce qui n’empêche pas Dominique Strauss-Kahn d’être ce matin encore, à la première page de tous les hebdomadaires et de presque tous les quotidiens. LIBERATION, le FIGARO, FRANCE SOIR, le PARISIEN. De face, de profil, de dos… Avec des titres qui considèrent, soit qu’il s’en sort bien, ou qu’au contraire, sa libération est compliquée. S’accordent sur cette manière d’envisager la fin de l’acte I du procès DSK : le FIGARO et le PARISIEN. FRANCE-SOIR, considérant que l’ex-directeur général du FMI, s’en sort bien, parce que, je cite : il va résider dans un quartier huppé de Manhattan. Il peut compter sur la fortune d’Anne Sinclair, et il devrait toucher une grosse retraite du Fonds Monétaire. LIBERATION préfère tenter (à sa manière faussement désinvolte) un DSK-Résident, barrant une photo, où l’on voit, le prisonnier à domicile, de dos. Avec en page intérieure, un éditorial signé Nicolas Demorand et intitulé : Morale. Au terme d’une semaine folle, constate Demorand, on peut dire « que le cruel pragmatisme de la politique est en marche… Et que rien ne l’arrêtera. Le Parti socialiste tourne la page et élabore une autre stratégie présidentielle. Le fait est là, même si les mots concernant la mort politique de l’un des meilleurs d’entre eux est encore largement euphémisée ». Et l’éditorialiste de LIBERATION d’ajouter en regardant la droite : « La voici, nouvellement vêtue de probité candide et de lin blanc. Mais elle la joue, moderato et grand seigneur autour d’une seule idée : dans cette affaire les socialistes ont perdu la bataille de la morale ». Illustration, dans le FIGARO-Magazine et sa manchette barrant une photo de face de Dominique Strauss-Kahn, avec ce mot : « La Honte ». Etienne Mougeotte dans le FIGARO-quotidien, préfère titrer son éditorial : « La leçon »… En préambule, Mougeotte écrit : « Il y aura donc un procès… A moins que… Mais on verra bien ». En attendant souligne-t-il, il n’y a pas lieu d’en rajouter, de piétiner un homme à terre et d’accabler une famille en détresse. Car c’est maintenant au PS de tirer toutes les leçons de cette abominable affaire. Même si personne ne demande aux dirigeants socialistes de donner le coup de grâce à leur ancien héros. Du moins devraient-ils reconnaître sans équivoque, que leur meilleur candidat à l’Elysée n’avait pas, comme le dit la charte du FMI, une conduite appropriée, pour devenir Président de la République. Cela posé, l’éditorialiste du FIGARO fait la leçon à la gauche, en rappelant que les chefs socialistes ont pilonné, semaine après semaine, Eric Woerth, sans le moindre commencement d’un début de preuve. Et Mougeotte de conclure après sa remarque sur le deux poids, deux mesures… « Le mur de la vie privée, doit exister pour tout le monde. Reste qu’au-delà du mélange sulfureux : argent-sexe-pouvoir, l’affaire DSK a pour le Parti Socialiste une conséquence immédiate. Depuis 30 ans, ce parti se vit en parangon de vertu et s’érige en donneur permanent de leçon de morale. Et bien, il va devoir abandonner cette posture confortable. Désormais, insiste l’éditorialiste du FIGARO, les socialistes ne pourront plus nous faire croire que la morale est au cœur de la gauche, tandis que l’absence d’éthique serait la marque de fabrique de la droite ». François-Régis Hutin veut bien considérer lui aussi, que l’affaire DSK, change la donne politique en France, pour l’élection de 2012. Mais il s’empresse d’ajouter dans un éditorial intitulé : Non au pilori, une sorte de leçon faite à la presse et peut-être à l’opinion… Parler de cette affaire, mais sans nuire… et s’il faut montrer des images… montrez-les, sans choquer… La NOUVELLE REPUBLIQE (mais elle n’est pas la seule) s’y emploie ce samedi… Avec une première page, une photo non-humiliante, non-dégradante de Dominique Strauss-Kahn, devant ses juges avant-hier, et ce titre : « Laborieuse liberté ». Le JOURNAL du CENTRE lui aussi, souligne sobrement aujourd’hui qu’il est libéré sous caution, mais inculpé, par une chambre d’accusation… Et que ce n’est pas fini… Guillaume Goubert dans son éditorial de la CROIX hier s’en tenait de son côté, à ce qu’il appelle « le facteur humain » pour l’accusé du procès et la femme de ménage qui se dit sa victime. Mais Goubert, commençait par citer, une voix, celle de Monsieur Carl Bildt, ministre suédois des affaires étrangères, déclarant : « Il doit être dit que Dominique Strauss-Kahn a servi le monde, avec une grande distinction au cours d’une période des plus difficiles ». C’est vrai, concluait mon confrère de la CROIX, Dominique Strauss-Kahn a été un grand patron du FMI, même si, s’agissant des accusations qui pèsent sur lui, cela ne justifie rien, n’excuse rien. Mais c’est un fait. Nous citons souvent à « France Inter » les éditoriaux et les chroniques de la CROIX. Bruno Duvic au quotidien, et moi aussi le week-end. Mais ce matin, je voudrais vous inviter à la lecture attentive de l’hebdomadaire protestant REFORME, et du magazine catholique, LA VIE. Dans le dernier cité, un très bel éditorial de Jean-Pierre Denis, audacieusement intitulé : DSK et le pêché… Avec ce qu’écrivait Blaise Pascal, sur les fautes présumées des hommes… « Il y a trois ordres des choses… la chair, l’esprit, la volonté ». Pauvre volonté, soupire Jean-Pierre Denis… Et c’est elle qui doit arbitrer en chacun de nous… Que l’on soit patron du FMI ou femme de ménage. Coupable ou victime. Au passage l’éditorialiste de la VIE, remarque aussi, à quel point le carré magique… Sexe, pouvoir, argent, médias, forme un carré maléfique. Surtout, selon lui aux USA... ou un habitant sur cent croupit derrière des barreaux… Un sur mille, dans notre pays… C’est dire, si le grand pays de la liberté, conclut Denis, reste la société, la plus répressive du monde développé… Jean-Luc Mouton dans REFORME, plaide lui aussi pour justice et dignité… tandis que la rédaction de REFORME s’interroge sur le prestige de DSK et la faille. Là-dessus, je vous invite (comme d’habitude, à lire ce week-end, la chronique de Bruno Frappat. Dernière page de la CROIX. « Une image nous hante : celle d’un homme. Une absence d’image nous poursuit : celle d’une femme. Un homme célèbre, une femme inconnue. Un ex-futur (peut-être) président de la République. Une immigrée africaine femme de ménage dans un palace New-yorkais. Un riche, une pauvre… Tout était dit. Tout montré (car bien sûr, nous étions là, avec les yeux des caméras délégués par les nôtres), ce type « pas très recommandable » (selon l’ignominieuse déclaration de Bernard Debré proférée dès les premières heures de dimanche depuis Shanghaï où il défendait, lui , « l’honneur de la France »), cet homme, donc, filmé, montré, remontré en boucle, repassant dans nos esprits, la nuit, le jour, ce non « recommandable » n’avait pas eu droit aux égards dont avait bénéficié (si l’on ose écrire) Ben Laden ». Quatre titres à la une du Herald Tribune. Obama-Netanyahu. La page tournée en Irlande avec la visite de la Reine d’Angleterre. Des milliers de manifestants défient Assad en Syrie. Et sous la photo d’Anne Sinclair, visage digne et ravagé, ce titre-commentaire… « Fière, indépendante et loyale, l’épouse de Dominique Strauss-Kahn aussi célèbre et plus riche que lui, semble ne pas se soucier de sa réputation ». Enfin, pour tous ceux qui pensent légitimement à la femme de ménage dont on n’a pas vu le visage, cette page sur « les femmes de chambre », dans le MONDE daté samedi. Et si vous le voulez bien, ce poème d’Eluard, « Comprenne qui voudra », cité par Georges Pompidou, lors de l’affaire Gabrielle Russier. Un poème évoquant les « femmes tondues » de la libération, quand on maltraitait les filles. « Comprenne qui voudra Moi mon remords ce fut La malheureuse qui resta Sur le pavé La victime raisonnable A la robe déchirée Au regard d’enfant perdue Découronnée défigurée Celle qui ressemble aux morts Qui sont morts pour être aimés ».

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