Des histoires courtes et de plus longues…

Il s’appelle Quentin Pleplé, il a 27 ans, il est polytechnicien, il habite à Grenoble et il a fondé avec sa mère une start’up qu’ils ont baptisée « Short Edition » . C’est une entreprise qui compte 15 salariés et dont l’objectif, au départ, était de mettre en relation, sur une plateforme internet, les écrivains de la région avec leurs potentiels lecteurs. Une seule contrainte pour les auteurs : que leurs textes se lisent en moins de 20 minutes.

Le succès est au rendez-vous : à ce jour, le site revendique un fonds de plus de 40.000 textes et près de 165.000 lecteurs. Et comme les bonnes idées en entraînent souvent d’autres, le jeune-homme et sa mère ont par la suite imaginé de rendre accessibles ces textes dans les lieux publics. Et pour ce faire, ils ont conçu une machine étonnante : un distributeur de nouvelles , sur le modèle des distributeurs de boissons et de barres chocolatées.

En octobre dernier, une première borne a été installée dans le hall de la mairie de Grenoble. Parfait pour patienter avant un rendez-vous. On choisit la durée de l’histoire : 3 minutes, 5 minutes – tout dépend du temps que l’on a, et la borne délivre alors un texte sur un bandeau de papier. Une nouvelle fois, le succès est au rendez-vous, nous explique Corine Lesnes dans M, LE MAGAZINE DU MONDE , et depuis, une vingtaine d’autres bornes sont apparues un peu partout en France : dans les gares de Rennes, Brest, Quimper et Bordeaux, ainsi qu’au centre commercial Italie 2 à Paris.

Et désormais, on en trouve même une aux Etats-Unis, dans un grand restaurant du quartier italien de San Francisco. En l’occurrence, le resto appartenant au réalisateur Francis Ford Coppola ! Après avoir eu vent de l’initiative dans la presse américaine, il a lui-même contacté par mail la start’up grenobloise, dont les salariés ont d’abord cru à une blague, mais non. Coppola voulait une machine, il voulait sa machine. Et à son tour, il rêve de voir fleurir des bornes à histoires, des distributeurs de nouvelles partout aux Etats-Unis, dans les bars, dans les parcs et dans les files d’attente des administrations, et ce, dit-il, pour que « les citoyens puissent accéder gratuitement à la culture » . Hommage à la culture papier – ce n’est pas si courant. Hommage à la culture tout court. Et hommage aux petites histoires…

Dans la presse, d’ailleurs, tous les jours, il y a de petites histoires…

Histoire d’injustice, notamment. Comme celle de ce SDF condamné à de la prison ferme pour avoir volé de la nourriture. C’était le 13 mai dernier, et c’est L’HUMANITE DIMANCHE qui revient sur l’affaire. Un sans domicile fixe âgé de 18 ans condamné à deux mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Cahors, parce qu’il avait volé du riz, des pâtes et une boîte de sardine dans une maison de Figeac. Pour sa défense, il a expliqué qu’il avait faim. « Vous avez dit justice ? » s’interroge l’hebdomadaire, en soulignant que ceux qui fraudent dans les paradis fiscaux sont, eux, rarement condamnés.

Une courte histoire de malchance, ensuite, dans LIBERATION. C’est l’histoire du jeune tennisman tricolore Constant Lestienne, 206ème joueur mondial, qui avait bénéficié d’une invitation pour participer à Roland-Garros. Il était ainsi assuré de toucher au moins 30.000 euros, montant du cachet versés à ceux qui sont éliminés dès le premier tour. Mais jeudi soir, la Fédération française de tennis lui a finalement retiré son invitation , pour manquement au règlement anticorruption qui interdit aux joueurs de parier sur leur sport. L’an dernier, sur un site de paris, Constant Lestienne avait misé la somme de 2 euros 90 pour la finale du tournoi. Un pari à moins de 3 euros, qui le prive aujourd’hui d’un gain 10.000 fois supérieur.

Et puis, une autre histoire sportive dans LE PARISIEN . Courte histoire là encore. Celle de Mourad Laachraoui, devenu cette semaine champion d’Europe de de Taekwondo . Il est de ce fait qualifié pour les prochains JO qui vont se tenir à Rio. Laachraoui : ce nom vous dit sans doute quelques jours. Normal : Mourad est le petit frère de l’un des terroristes qui s’est fait sauter il y a deux mois à l’aéroport de Bruxelles. « On choisit pas sa famille » , avait déclaré le champion au lendemain des attentats, précisant qu’il avait rompu tout lien avec son frère depuis le départ de celui-ci pour la Syrie.

On ne choisit pas sa famille, mais si l’on vote, on peut choisir les dirigeants de son pays. Et cette fois, il n’est plus question d’histoires de trois ou cinq minutes… C’est l’Histoire avec un grand H, que pourraient écrire demain les électeurs autrichiens. « Le bruit des bottes se rapproche » , titre L’HUMANITE DIMANCHE . Symbole d’une Europe de plus en plus nationaliste, le candidat de l’extrême-droite, Norbert Hofer, ingénieur de 45 ans, est donné favori pour le second tour de l’élection présidentielle. Et le sujet fait à la fois la Une du FIGARO et de LIBERATION .

« L’Europe au défi de l’extrême-droite » , annonce le premier, tandis que le second lance un très alarmant « Achtung » !

Edito, dans LIBE , de Johan Hufnagel : « Il y a de nombreuses leçons à tirer, pour les Européens, d’une possible victoire de l’extrême-droite en Autriche. Et la première, dit-il, c’est que les incantations et les incessants rappels aux ‘heures les plus sombres de notre Histoire’ n’ont plus aucun effet . » Du reste, poursuit-il, « ce 21 avril autrichien doit rappeler à tous que les lois copiées-collées des thèses populistes ne ramènent pas les électeurs à la maison, mais donnent, au contraire, de la crédibilité aux thèses de l’adversaire » … Message aux politiques français, message à ceux qui courent__ après le FN.

Dans LE FIGARO , Philippe Gélie , lui, se souvient de l’épisode Jörg Haider. « En 2000, une alliance du pouvoir viennois avec l’extrémiste Haïder avait suffi pour que l’Europe montre les muscles et inflige un boycottage relativement symbolique à l’Autriche. Or aujourd’hui, constate-t-il, cela semble dépassé. Des courants similaires ont partout le vent en poupe – en France, en Pologne, en Hongrie, en Slovaquie, en Finlande, en Allemagne. Ils n’ont peut-être pas les bonnes réponses – dixit Jean-Claude Juncker , le président de la Commission Européenne – mais ils menacent clairement le consensus de ceux qui prétendent les détenir. » Ils menacent le consensus de ceux qui prétendent détenir les bonnes réponses.

Jean-Claude Juncker, c’est dans LE MONDE qu’il fait part de son inquiétude. « A la perspective de voir l’extrême-droite l’emporter en Autriche, je me suis senti obligé de dire que je ne les aime pas. Les Autrichiens n’ont, paraît-il pas apprécié, mais je m’en moque. Avec l’extrême-droite, assure-t-il, il n’y a ni débat ni dialogue possible. » Le résultat du vote, ce sera donc demain soir.

Et le débat, en France, où en est-il aujourd’hui ? Rompu, visiblement. Ou, disons, asséché, comme le sont également les pompes des stations- services. Conséquence des blocages de plusieurs dépôts de carburant par des opposants à la réforme du Code du Travail. Un sujet qu’on retrouve à la Une de la presse régionale. « Dans l’Ouest, le carburant se fait rare » , constate LE PARISIEN .« Carburant : la panne sèche » , confirme LE HAVRE LIBRE …tandis que LA DEPECHE DU MIDI nous explique qu’à Toulouse, les opposants à la loi Travail menacent désormais de s’en prendre à l’Euro-2016. Ils annoncent des actions pour les deux premiers matchs, ce qui provoque la colère du ministre des Sports. Et puis, de son côté, le site HUFFINGTON POST a décidé de faire aujourd’hui dans l’info pratique, avec une carte en temps réel des stations-service en, pénurie près de chez vous. Une carte que le site présente comme « exclusive » .

LE FIGARO a lui aussi son exclusivité ce matin, avec une longue interview du cardinal Barbarin. Hier soir, l’influent cardinal français, éclaboussé par des affaires de pédophilie dans son diocèse de Lyon, a confirmé rester à son poste, après un entretien avec le pape François au Vatican. Le pape, qui lui a donc de nouveau apporté son soutien – comme en début de semaine dans les colonnes de LA CROIX – mais tout en estimant que les évêques ayant protégé des prêtres pédophiles devaient démissionner. Et voilà ce qu’ajoute le prélat ce matin : « Si la justice mettait en lumière un grave manquement dans la conduite de ma mission, une démission serait une perspective à envisager. Mais pour l’heure, ce ne serait pas responsable, ce serait même contraire à mon devoir : on ne quitte pas le navire en pleine tempête. » Selon Monseigneur Barbarin , le pape lui a conseillé, je cite, « d’attendre paisiblement que la justice ait accompli sa mission » .

Et puis le quotidien dresse par ailleurs ses pronostics pour le palmarès du festival de Cannes qui sera rendu demain soir. Palme d’or : le film « Toni Erdmann » , de l’AllemandeMaren Ade . Grand Prix : le film « Baccalauréat » , du RoumainCristian Mungiu . Meilleure actrice : Marion Cotillard , dans les films « Mal de pierre » et « Juste la fin du monde » … Le journal propose en outre un prix du pire acteur : Jean Réno pour son rôle dans « The last Face ». « En quatre répliques bien senties, il réussit à voler la vedette à Charlize Theron et Javier Bardem. Jean Reno, alia Docteur Love transforme le nanar de Sean Penn en chef-d’œuvre dadaïste. »

Pour rester dans la drôlerie, TELEOBS nous livre également un petit avant-goût savoureux de la cérémonie cannoise. Le vainqueur de la palme d’or fera un discours plus long que son film… En quatre gros plans sur les réalisateurs et comédiens présents dans la salle, même le téléspectateur le plus à l’ouest aura, dès les cinq premières minutes, une idée très précise du palmarès… Un acteur, ou une actrice, rendra un hommage appuyé au cinéma, à la vie, à Nuit Debout et à la féérie du montage, suivi d’un long silence embarrassant… Enfin, le public assistera, médusé, à une standing ovation après l’annonce du Prix du jury à un film au titre incompréhensible qui ne sortira que dans trois ans et dans deux salles… Même à Cannes, les histoires de cinéma ne font pas toujours de grandes histoires.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.