La revue de presse du dimanche 21 mai 2017, par Frédéric Pommier

Et si c’était Palme d’or dimanche prochain ? Au Festival de Cannes, il y a quatre films français en compétition. Il y a Le Redoutable, de Michel Hazanavicius. Il y a L’Amant double, de François Ozon, Rodin de Jacques Doillon et 120 Battements par minute, de Robin Campillo.

120 Battements par minutes

C’est hier que celui-ci a été présenté. Un film qui raconte l’histoire de l’association de lutte contre le sida Act Up et, ce dimanche, la presse est tout bonnement dithyrambique. « Œuvre choc qui a réveillé le festival » selon Pierre Vassasseur dans les colonnes du PARISIEN – il écrit que ce film a laissé « la salle KO ». « Une œuvre bouleversante » abonde LE JOURNAL DU DIMANCHE, dans lequel Barbara Théate décrit, par le menu, sa matinée de festivalière.

« On se lève un samedi matin très tôt pour la projection presse de 8 heures et demi. On râle un peu de ne pas encore avoir vu le film qui nous emportera les yeux et le cœur. On réinvente le Festival avec les confrères sous le soleil. Puis le noir se fait dans le Grand Théâtre Lumière."

"Et soudain, tout bascule. Sur l’écran, poursuit-elle, on suit les destins d’une poignée de militants d’Act Up dans le Paris des années 1990.Entre les débats enflammés aux réunions hebdomadaires et les actions musclées contre les labos pharmaceutiques et le gouvernement de Mitterrand, la caméra de Robin Campillo se focalise peu à peu sur un amour naissant. » 120 Battements par minute quitte alors le champ politique pour aller progressivement sur le terrain des sentiments.

Et l’on suit la métamorphose de Sean, un jeune homosexuel en lutte. « On voit la maladie voler l’espoir, on voit le corps et le moral se désagréger, on voit la mort qui, progressivement, remplace la vie. Et Nathan, son amant, devenir son soignant. »

En quelques mots, en quelques phrases, la critique DU JDD nous livre la beauté du film. « Crues sans jamais être vulgaires, les scènes, puissantes, disent l’envie de faire l’amour pour mieux se sentir exister. C’est un cinéma magnifique, juste dans ses images et dans ses émotions. Et les larmes montent, écrit-elle. On repense à La Vie d’Adèle, à Polisse et au Fils de Saul. On se dit qu’aujourd’hui, oui, on a vu une Palme d’Or. »

120 Battements par minute, de Robin Campillo : tout premier grand choc, semble-t-il, du festival de la Croisette.

En France, cela 35 ans que l’homosexualité a été dépénalisée

C’était en août 1982, sur une proposition du ministre de la Justice Robert Badinter. Mais ce n’est que dix ans plus tard, en 1991, qu’elle sera retirée de la liste des maladies mentales de l’Organisation Mondiale de la Santé.

Cela étant, l’homosexualité est encore considérée comme un crime dans près d’un pays sur deux, et notamment au Bengladesh. Comme nous l’apprend Julien Bouissou dans LE MONDE, la police du Bengladesh vient d’arrêter 27 homosexuels. 27 jeunes-hommes arrêtés à l’aube vendredi dans un centre communautaire de la capitale Dacca. Ils ont donc été jetés en prison, comme avant eux des opposants politiques et des défenseurs des droits de l’Homme. Le régime du Bengladesh a du mal, c’est le moins qu’on puisse dire, avec la notion de liberté.

Sachant que c’est en vertu d’une loi héritée de l’Empire britannique que les relations sexuelles entre personnes du même sexe sont illégales dans le pays. Une loi qui, jusqu’alors, était assez peu appliquée. Mais l’ambiance est dorénavant à la répression générale, y compris sur le plan moral. Les homosexuels bangladais, doivent donc désormais vivre avec la crainte d’être emprisonnés. Ils subissent le harcèlement policier, tout en étant menacés de mort par les islamistes radicaux.

En avril l’an dernier, deux militants d’un mouvement LGBT ont été tués à coups de machette dans leur appartement, par un commando se revendiquant de la branche bangladaise d’Al Qaida. Depuis, les homosexuels ont décidé de se cacher. Et ils ont décidé de se taire, voire de fuir à l’étranger.

Les homosexuels en danger au Bangladesh. Et les journalistes en danger au Mexique.

C’est à lire dans le JDD : depuis l’année 2000, 105 journalistes ont été tués au Mexique, classé par Reporters Sans Frontières comme le troisième pays le plus dangereux au monde pour la profession. Un phénomène qui ne régresse pas, malgré les promesses du président mexicain de renforcer les mécanismes de protection de la presse.

Cette semaine encore, c’est un journaliste spécialisé dans les enquêtes sur le narcotrafic qui a été assassiné. Quant aux agressions à l’encontre des reporters – violences physique, menace, intimidations – elles ont quasiment doublé en sept ans. Tout aussi inquiétant : dans plus de la moitié des cas, il apparaît que ces agressions ont été commanditées par des fonctionnaires mexicains.

Interview d'Edouard Philippe

Cela dit, ce n’est pas ce sujet-là qui fait la Une du journal, non : c’est un sujet politique, avec une longue interview du tout nouveau Premier ministre Edouard Philippe ! Son visage en photo et ce titre : « La méthode Philippe ». Edouard Philippe détaille les plans de son gouvernement, et les grandes lignes de sa méthode de travail. Ces dernières tiennent en quatre mots : « La collégialité, l’efficacité, la loyauté et l’exemplarité ». Trois journalistes pour mener l’entretien, lequel, si à lire Anna Cabana, fut quelque peu tendu. Du moins, le Premier ministre était un peu tendu : « la bouche sèche, des mains qui s’accrochent l’une à l’autre, sauf quand elles s’en vont sous la table remonter des chaussettes qui n’en avaient nul besoin ».

Dans cette interview, il revient notamment sur le dossier du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. « Il est urgent, dit-il, de faire baisser le niveau de tension ». Raison pour laquelle un médiateur sera nommé, et ce, pour une période de six mois. Mais aujourd’hui, si l’on en croit le chef du gouvernement, « toutes les options sont sur la table ». Maintenir le projet, ou bien l’abandonner.

En revanche, concernant l’impôt à la source, il semble que l’idée soit d’abandonner le projet. En tout cas, l’application de la mesure pourrait bien être reportée.

Edouard Philippe évoque aussi les relations du nouveau pouvoir avec les médias. Il assume, je cite, « la volonté d'organiser la communication » afin de « ne pas nourrir un bavardage permanent ». « Dans la phase préparatoire d'un projet, personne n'a vocation à exposer des positions qui ne sont pas arbitrées », lance-t-il en guise de mise en garde à son équipe de ministres.

A propos des législatives, Edouard Philippe assure qu'il fera campagne pour les candidats de la République en Marche, le mouvement d'Emmanuel Macron

Y compris quand ils seront opposés à un candidat présenté par Les Républicains, le parti dont il est issu. Il juge « passionnant » de tenter avec le chef de l’Etat le dépassement des clivages politiques traditionnels.

« Cela suscite un espoir et un enthousiasme manifeste qui nous obligent », explique-t-il. « Et je dis à tous : n'ayez pas peur. » N’ayez pas peur : comme Jean-Paul 2 en son temps. « N’ayez pas peur. Nous avons l'occasion de dépasser quelque chose qui est bloqué. Le système partisan français était dans une impasse. C'était inextricable. Le président a tranché le nœud gordien. »

Concernant l'audit des finances publiques, promis par Emmanuel Macron, le Premier ministre annonce qu’il sera lancé « dans les prochains jours ». Quant à la réforme du code du travail, il estime que c’est un dossier « majeur », mais que cette réforme donnera lieu à « une discussion » avec les partenaires sociaux, tout comme avec le Parlement, ajoutant cependant qu’il faudra ensuite « aller vite » pour la mettre en œuvre. D’où le recours aux ordonnances.

Un recours auquel s’oppose d’ores et déjà Philippe Martinez, le leader de la CGT

Il le dit dans l’hebdomadaire : « les ordonnances sont irrecevables ». Et c’est mardi prochain que Premier ministre recevra les syndicats, afin de discuter avec eux de cette réforme du Code du Travail, qui devra « aller vite ».

Au rayon politique, on apprend aussi dans le JDD que deux femmes ont cru jusqu’au bout entrer dans le gouvernement

Anne-Marie Idrac et Nathalie Kosciusko-Morizet. L’ex-présidente de la SNCF se voyait à Bercy. Quant à NKM, elle s’est battue pour obtenir le ministère de la Défense, puis comprenant qu’elle ne l’obtiendrait pas, elle a espéré, mais en vain, l’Education Nationale.

On apprend aussi que le porte-parole de la campagne d’Emmanuel Macron, Benjamin Griveaux, devrait s’emparer de la tête du parti La République en Marche. Cela dit, son ambition serait ailleurs : il voudrait conquérir la mairiede Paris en 2020. « C’est pour ça qu’Anne Hidalgo nous déteste », témoigne un cadre d’En Marche !

Pour finir, un mot de L’EQUIPE MAGAZINE, qui propose une recette intéressante à la page 65.

« Demandez à votre boucher d’aplatir les escalopes de veau. Installez-les à plat. Déposez sur chacune une tranche de jambon et recouvrez ensuite avec la tranche de fromage. Refermez-les en pliant les tranches en deux. Coupez ce qui dépasse en de manière à obtenir un cordon bleu net ! » Le cordon bleu : l’un des plats préférés d’Emmanuel Macron. Du coup, à L’EQUIPE MAGAZINE, on décerne la palme de la recette la plus opportuniste !

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