Bonjour à tous. Michel Audiard avait raison d’écrire que « la vérité n’est jamais amusante, sans ça, tout le monde la dirait ». Ce que confirme un dicton juif, assurant que « si la vérité peut se promener nue, les mensonges doivent être habillés ». Dieu sait, si à propos de l’affaire Treiber, une partie de la presse est tombée à pieds joints dans le faux puits du fond duquel la vérité ne risquait pas de remonter ! Fallait-il oui ou non publier les courriers du fugitif, qui comme l’écrit FRANCE-SOIR aujourd’hui narguait depuis deux mois et demi : gendarmes et policiers ! Le débat est ouvert autour de choix rédactionnels établis par MARIANNE, le FIGARO MAGAZINE et PARIS MATCH qui ont choisi la publication d’éléments d’information postés à leur intention par le manipulateur, Jean-Pierre Treiber, arrêté hier à Melun. « Evasion, fausses pistes et romance… En 74 jours », écrit aujourd’hui Alexandre Duyck dans le JOURNAL du DIMANCHE, « l’homme des bois, via ses lettres, a voulu tromper la police et mystifier l’opinion ». J’ai encore sous les yeux le dernier numéro de PARIS MATCH, qui donnait avant-hier des nouvelles de Treiber, expliquant que Koh-Lanta, c’était du pipi de chat, à côté de ce qu’il endurait au milieu des biches et des cerfs dans sa forêt-refuge. Les médias électroniques ont pour la plupart reproduit les détails de ces courriers mensongers, puisque le prisonnier en cavale, a été interpellé hier après-midi, dans un studio situé au centre de Melun. Ainsi donc, le faux Robin des Bois, faux Mandrin, faux Cartouche, faux bandit d’honneur comme certains le croyaient, n’a manqué ni de lames de rasoir, pour se faire la barbe, ni de dentifrice, ni même d’encre pour écrire ses lettres aux journaux. Quant à sa crainte de l’hiver et son horreur d’être mouillé sans pouvoir se sécher… elles n’impressionnent plus guère la presse aujourd’hui, maintenant que la police a gagné… comme elle gagne si souvent ! Ainsi le PARISIEN titre-t-il ce matin sur la revanche de Brice Hortefeux. Lequel ministre de l’intérieur avait prévenu, dès l’évasion de Jean-Pierre Treiber dans son carton, que « le fuyard serait intercepté parce que les forces de sécurité, le Raid, sont efficaces, dès qu’ils sont mobilisés ». Roland Giraud, de son côté, contacté hier par le PARISIEN après l’annonce de l’arrestation du suspect principal du meurtre de sa fille Géraldine, se dit lui aussi « soulagé » parce que le procès aura lieu et qu’il a désormais l’esprit libre. « Je vais », dit-il, « jouer ce soir à Grenoble, avec le cœur un peu plus léger… et j’ai tenu à féliciter chaleureusement dès hier la police de son travail ». La presse quotidienne régionale exprime elle-aussi et sans barguigner, sa satisfaction de voir l’évadé manipulateur arrêté ! « Jean-Pierre Treiber ne narguera plus la police », titre la NOUVELLE REPUBLIQUE. Manchette identique en première page du DAUPHINE et de l’INDEPENDANT Catalan. L’EST REPUBLICAIN, le BIEN PUBLIC de Dijon, la DEPECHE du MIDI, le TELEGRAMME de Brest et OUEST-FRANCE préférant titrer, sans passion et près des faits : « La cavale de Jean-Pierre Treiber a pris fin en région parisienne. Fin de cavale, fin de partie ». A signaler enfin le petit dessin humoristique d’Olivier Ranson dans le PARISIEN aujourd’hui... parce qu’il fait la liaison entre Treiber et le convoyeur de fonds qui s’est rendu aux policiers lundi dernier. « Celui-là », disent les Pandores, croqués par Ranson, « on a réussi à l’arrêter avant qu’il ne puisse se constituer prisonnier à Monaco ». Mais à part ça, quoi de neuf dans les journaux… Camus… et aussi le match OM-PSG… sans violence à Marseille et un débat de société sur les bienfaits ou les méfaits de la fessée. Albert Camus au Panthéon… Ce serait un symbole extraordinaire, a déclaré jeudi à Bruxelles Nicolas Sarkozy, en marge du Conseil européen. « C’est » a expliqué le Président de la République, « un projet qui me tient à cœur. J’ai déjà pris contact avec les membres de sa famille, car j’ai besoin de leur accord ». Là-dessus, la presse tresse ses couronnes, au journaliste écrivain, prix Nobel 57, disparu en 1960, dans un accident de voiture qui laisse à tout jamais son œuvre inachevée. Albert Camus au Panthéon. En première page du MONDE, Plantu s’amuse en faisant du Président de la République, camusien ou Sarko-Malraux, déclarant à la tribune dressée face à la mairie du Vème arrondissement : « Entre ici l’étranger ». Dans le même numéro du MONDE, daté de ce samedi, Olivier Todd, biographe de Camus proteste, en déclarant à Josyane Savigneau : « Il faut garder Camus vivant… dans sa complexité, dans ses contradictions, il nous permet de réfléchir ». Et Todd de conclure… pour refuser, j’imagine, l’ensevelissement d’une panthéonisation : « Ces mois-ci, on s’apprête à rebarbouiller l’icône. Les prétoriens intellectuels récupérateurs de l’Elysée lancent la grande manœuvre pour, figurez-vous, je vous le jure, le « panthéoniser ! ». Camus n’est ni exemplaire ni édifiant. Il permet de réfléchir. Qu’on se le dise au lieu de débiter des généralités sans comprendre son parcours. J’aime sa réponse dans une de ses toutes dernières interviews. On lui demandait : « Monsieur Camus, appartenez-vous encore à la gauche ? » « Oui, malgré elle et malgré moi ». D’actualité non ? ».

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