Bonjour à tous…. (…) C’est la voix de Mandela Le tempo Docteur Fela Ecoute chanter la foule avec tes mots qui roulent Et font battre son cœur… De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur… La musique est un cri qui vient de l’intérieur. » L’Afrique du Sud a remporté la Coupe du Monde de Rugby hier, grâce à sa victoire sur l’Angleterre par 15 à 6. Succès absolu, s’enthousiasme L’EQUIPE aujourd’hui, puisque les Springboks n’ont connu aucune défaite en sept rencontres, et tant pis si leur dernière prestation est apparue plus sérieuse que géniale, et plus musclée qu’inspirée. Mais, comme l’écrit Michel Dalloni dans son éditorial du quotidien du sport : « On ne devient pas double champion du monde par hasard. Souhaitons donc longue vie aux gazelles, à leur style brut et délié, mais surtout à leur excellence exemplaire. Et profitons-en pour rappeler que le rugby n’est pas seulement une manière originale de transmettre un ballon. C’est un message. » « De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur… La musique est un cri qui vient de l’intérieur. » Allez savoir pourquoi, cette chanson, « Noir et Blanc » de Bernard Lavilliers, écrite il y a vingt ans, s’applique aussi bien ce matin à l’actualité. On y pensait hier, en voyant le successeur de Mandela, Thabo Mbeki, partageant face à Nicolas Sarkozy, satisfait lui aussi, le bonheur de ses grands joueurs. Et on y songe encore, en lisant ce dimanche, les portraits contrastés de Bernard Laporte, l’entraîneur des Bleus, sur lequel la presse n’a pas fini de polémiquer ! C’est ainsi que Didier Louis dresse aujourd’hui, dans LE COURRIER PICARD, un tableau plus noir que noir, de celui qu’il appelle ironiquement « l’ami Bernard ». « Cornaquée dans l’euphorie de l’élection présidentielle, écrit-il, la promotion de Bernard Laporte au rang de ministre, tombe plutôt mal. Deculottée face aux Pumas. Enquête fiscale. Le plan com si bien préparé est déjoué, et c’est un loser qui prend le portefeuille des sports… » « Portefeuille, poursuit Didier Louis, le mot n’est pas étranger à l’environnement de Laporte, décrit comme un homme d’affaires avisé, boulimique, mais aussi controversé et obscur. Soupçonné d’irrégularités fiscales, on verra si la justice se saisit du dossier, mais business et politique n’ont jamais fait bon ménage." Et l’éditorialiste du COURRIER PICARD de conclure sur les rapports particuliers qu’aurait entretenu Bernard Laporte avec la place Beauvau (qui a la tutelle des Casinos), Bercy (qui a la tutelle du fisc), et sa mauvaise relation avec Roselyne Bachelot… laquelle a la tutelle du sport, et a déjà renvoyé Laporte dans ses 22 mètres, pour avoir déclaré qu’il quitterait son poste de secrétaire d’Etat « si celui-ci ne lui plaisait pas. » Point de vue totalement opposé, dans LA REPUBLIQUE DU CENTRE, où Jacques Camus interpelle ses lecteurs pour leur demander s’ils connaissent la loi des trois L. Une loi impitoyable que l’on est en train d’appliquer au XV de France et à Bernard Laporte. « La loi des trois L, c’est d’abord le léchage, puis le lâchage, et enfin le lynchage ». Et Jacques Camus d’évoquer une coupe du monde de Rugby que la France a bu jusqu’à la lie… Avec, d’abord la ferveur nationale… on va gagner, et rien n’est plus beau que nos gladiateurs. Ils font les premières pages des journaux, et Laporte est encensé. Mais progressivement, avant et après Cardiff, on les lâche, avant de les lyncher au terme de leur défaite en petite finale. Et voici la conclusion de l’éditorialiste de LA REPUBLIQUE DU CENTRE qui accuse le journal L’EQUIPE MAGAZINE du coup de pied de l’âne administré à Bernard Laporte. Je cite Jacques Camus : « En étalant ses démêlés fiscaux, le magazine du sport n’a pas été très sport. Cela nous rappelle les révélations de dopage de Lans Armstrong, juste après la victoire dans le Tour, une fois la recette assurée. « Mais est-il normal que la presse crache dans la soupe après avoir cherché à s’en nourrir ? Aux trois L, il faut sans doute en ajouter un 4ème : L comme lâcheté. » Le président Nicolas Sarkozy, interrogé là-dessus hier soir par Charles Villeneuve de TF1, s’est montré plus nuancé. Il a invité les détracteurs de son nouveau ministre, à prendre du recul. Dans le JOURNAL DU DIMANCHE, Bernard Laporte lui-même explique qu’il ne se fait aucun souci, et qu’il écarte tout risque de poursuite judiciaire. « Croyez-vous, dit-il, que j’aurais accepté ce poste ministériel, si j’avais le moindre doute ? » Question alors de mes confrères du JOURNAL DU DIMANCHE : « Vous deviez mettre vos activités financières de côté, avant d’entrer au gouvernement. L’avez-vous fait ? » Réponse de l’entraîneur malheureux des Bleus : « Bien sûr. J’ai confié toutes mes activités à une banque privée qui les gérera le temps de ma mission. Même chose pour les publicités, je ne vais pas en faire pendant que je serai au gouvernement. J’arrête tout. J’ai fait de gros sacrifices mais ce qu’on me propose, c’est la plus belle chose au monde. » « (…) La musique parfois a des accords mineurs qui font grincer les dents du grand libérateur de n’importe quel pays… de n’importe quelle couleur… » Encore Lavilliers… oui… Et en contrepoint des élections législatives aujourd’hui en Suisse, où le parti déjà donné vainqueur, pourrait être celui de M. Blocher, un xénophobe. J’ai vu les affiches l’autre jour à Genève. Imaginez cela… des moutons blancs… trois précisément, qui chassent du pâturage, un mouton noir. … de n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur… La radio suisse devrait repasser Lavilliers dénonçant l’apartheid. Et que dire de ce sondage de l’institut Forsa, réalisé en Allemagne la semaine passée, et paru mercredi dernier. Un quart des allemands interrogés ont trouvé des bons côtés au troisième Reich. Parmi ces bons côtés du nazisme : les autoroutes et la politique familiale d’Hitler. L’un des vice-présidents du Conseil central des Juifs d’Allemagne, M. Graumann a réagi en exprimant son dégoût et sa colère sur le journal Internet NETZEITUNG. « Ce résultat est laid et désastreux » a-t-il dit. Pas joli non plus, quand on y réfléchit, cette polémique sur la lecture de la dernière lettre de Guy Môquet, mal venue selon les historiens cités par LIBERATION, et certains professeurs du Snes… Parce que l’idée vient du président de la République, ou parce qu’il faudrait se méfier du contexte historique oublié. Le contexte a bon dos, et une partie de la presse souligne pour s’en étonner, la position de certains professeurs du lycée Carnot, opposés à la venue de Nicolas Sarkozy, pour rendre demain, devant les lycéens d’aujourd’hui, l’hommage au fusillé. Drôle de façon d’appliquer à la pédagogie, le principe de précaution. A Strasbourg, à Nantes, à Marseille, à Paris, il y aura dès aujourd’hui, partout des cérémonies en hommage aux résistants, et singulièrement aux 27 fusillés de Chateaubriand. SUD-OUEST, Le DNA, LE PARISIEN, le JOURNAL DU DIMANCHE, donnent là-dessus, toutes les références, mais je voudrais saluer tout particulièrement le travail remarquable de L’HUMANITE DIMANCHE, sur les valeurs de ces résistants morts pour la France, et "pour que nos matins, à nous les survivants, soient différents…" (Louis Aragon). L'HUMANITE DIMANCHE publie toutes les photos de tous les fusillés tombés avec Guy Môquet, le 22 octobre 41, victimes de Pucheu, ministre de Pétain, des nazis et de Vichy. Et le magazine communiste a la bonne idée de rassembler pour un débat, Raymond Aubrac, Serge Ravanel, Guy Ducoloné...(survivants du contexte historique) si je puis dire... qui ne ménagent pas leur peine, pour transmettre les dites valeurs de la Résistance... "Résister est un verbe qui doit toujours se conjuguer au présent." disait Lucie Aubrac. J'ai commencé avec Bernard Lavilliers, laissez-moi finir avec Louis Aragon et ces quelques vers de "La Rose et le réséda" : "La sentinelle tira Par deux fois et l'un chancelle L'autre tomba qui mourra Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Ils sont en prison Lequel a le plus triste grabat Lequel plus que l'autre gèle Lequel préfère les rats Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Un rebelle est un rebelle Nos sanglots font un seul glas Et quand vient l'aube cruelle Passent de vie à trépas Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas.

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