Bonjour à tous… Il y avait autrefois en Sorbonne, un professeur de littérature qui provoquait ses étudiants en leur disant : « Vous n’avez pas lu la Nouvelle Héloïse ?... Relisez la Nouvelle Héloïse ! ». Du coup on se précipitait sur Rousseau ! Enfin, le tome 1 d’Héloïse, parce que le second avec Julie qui meurt sur 200 pages, vous tombe vite des mains ! Vous n’avez pas lu « Voyage au bout de la Nuit » ? Relisez-le Voyage… Et dans la foulée relisez aussi « Mort à Crédit » de Louis-Ferdinand Céline. Lequel Céline pose problème une nouvelle fois ce matin, depuis qu’hier soir Frédéric Mitterrand a retiré le nom de l’écrivain antisémite des célébrations nationales 2011. « Céline aux oubliettes ! Céline a disparu ». C’est ainsi que LIBERATION évoque sur une pleine page aujourd’hui, ce qu’il faut bien appeler la polémique née d’une confusion entre le mot « commémoration » et « célébration » du Haut comité des célébrations nationales. Le FIGARO, le MONDE cette semaine ont consacré des pages à ce sujet, qui dépasse les débats proprement culturels et touchent à ce qu’il faut bien appeler les valeurs de la République et l’âme de la Nation. « Céline indigne encore », titrait Le MONDE daté du vendredi 21 janvier, avant d’interroger : « l’écrivain qui fit preuve d’un antisémitisme virulent pendant la seconde guerre mondiale, doit-il être exclu des célébrations nationales 2011 ? ». Non, plaide l’académicien Frédéric Vitoux. Oui, ont protesté ces derniers jours, Serge Klarsfeld, au nom de l’Association des fils et filles de déportés juifs de France, Richard Prasquier du CRIF et Catherine Clément, philosophe et écrivain, membre du Haut comité des Célébrations, mais semble-t-il, pas consultée cette année, sur Céline justement. « Le nom de Céline me révulse », déclare la philosophe à mes confrères de LIBERATION, Eric Loret et Béatrice Vallaeys. Et elle ajoute : « Tant que restent vivants des victimes (dont je fais partie) une célébration de Céline est insupportable. Ma mère me disait : « Tant qu’il n’y a que 20 % d’antisémites en France, ça va. Ce qui voulait dire, ça ne menace pas nos vies… Mais ça fait 50 ans que Céline me révulse, et je désapprouve le texte indulgent qui accompagne le recueil des célébrations 2011, et je tiens à m’en désolidariser ». Frédéric Mitterrand a tranché hier soir et a supprimé Céline de la liste des Célébrations 2011, comme il avait le pouvoir de le faire, puisque le Haut Comité des Célébrations nationales dépend depuis 1998 de son ministère de la Culture et de la Communication. Serge Klarsfeld a remercié de cette décision le ministre, qu’il avait interpellé en déclarant : « L’antisémitisme de Céline le discrédite en tant qu’homme et en tant qu’écrivain. Son talent, ne doit pas faire oublier qu’il lançait des appels aux meurtres des juifs sous l’occupation ». Et Klarsfeld de citer « Bagatelles pour un massacre », « L’Ecole des cadavres », « Les Beaux-draps », vomissures délirantes contre ce que Céline appelait la race youtre ! Frédéric Mitterrand, hier au soir, a justifié publiquement sa décision en évoquant lui aussi l’ignominie et l’abjection d’une part de l’œuvre célinienne. Et LIBERATION y ajoute ce matin les remarques de Jean-Noël Jeanneney, historien, ancien ministre et membre lui aussi du Haut Comité incriminé. Jean-Noël Jeanneney considère Céline comme un auteur majeur des lettres françaises, mais d’une personnalité sinistre. Aussi insiste-t-il, lui aussi, comme Klarsfeld et Catherine Clément, sur la différence entre « célébrer », c’est-à-dire louer quelqu’un et « commémorer » ou prendre acte. « On commémore la Saint-Barthélémy, mais on ne la célèbre pas ». Bref, selon Jeanneney, le Comité aurait pu commémorer l’œuvre de Céline, sans célébrer l’homme ! C’est en toutes lettres, page 22 de LIBERATION. J’ajoute pour clore ce chapitre, les 4 lignes que signait le professeur émérite Alain Corbin dans son texte de présentation des célébrations 2011 : « Il n’est pas facile mais il est passionnant d’établir une liste des individus dignes d’être célébrés ; c’est-à-dire de ceux dont la vie, l’œuvre, la conduite morale, les valeurs qu’ils symbolisent sont, aujourd’hui, reconnues comme remarquables. Cela n’est pas facile car les ressorts de l’admiration possèdent leur histoire. Tel qui a été, un jour, célébré se trouve par la suite ignoré, disqualifié, voire conspué. En revanche, tel qui a été longtemps oublié bénéficie, parfois, d’un renouveau de gloire. Plus précisément, l’estimation de ce qui justifie la célébration se fonde sur des représentations, souvent transitoires, du héros, du grand homme, de l’artiste, du savant, voire du saint. » Deux lignes encore… sur le sujet, puisque l’on va crier, ici et là, à la censure contre le Ministre qui a tranché, non sans courage. Ces lignes sont de Charles Maurras, qui évoquant l’empire romain, écrit dans Anthinéa : « On discute beaucoup des services que Rome rendit au monde. Je reprends qui les nie. Mais je blâme qui les célèbre ». Voilà qui vaut pour Céline… protestons, contre ceux qui dénoncent l’œuvre de l’écrivain et blâmons qui voulait célébrer le délirant pamphlétaire. Vous n’avez pas lu le dernier livre d’Alexandre Jardin : « Des gens très bien », dans lequel il évoque son carnet de bord, de petit-fils de Jean Jardin, directeur de cabinet de Pierre Laval. Un livre qui lui vaut les critiques de François Hauter du FIGARO, de Philippe Lançon de LIBERATION et de quelques autres… Qui n’empêchent pas le succès du livre publié chez Grasset, en librairie. Vous n’avez pas lu, le « Fini de rire » courageux d’Alexandre jardin… relisez Alexandre Jardin… et profitez-en pour relire aussi le « Nain jaune » de son père, Pascal Jardin. Et allez-même au-delà… procurez-vous l’EST REPUBLICAIN du 19 janvier dernier. Un résistant incontestable, témoin de la seconde guerre mondiale et toujours bon pied, bon œil, en dépit de ses 94 ans… Jean-Louis Crémieux-Brilhac qui donnait – je crois – hier soir encore à Nancy une conférence sur la résistance. Mon confrère Michel Wagner de l’EST REPUBLICAIN a posé à Crémieux-Brilhac la question centrale du livre d’Alexandre Jardin. « Oui ou non… est-ce que le directeur de cabinet de Pierre Laval en 1942, savait ou ignorait le sort des juifs raflés et conduits du Vel d’Hiv et de Drancy vers l’abîme ». Réponse du grand résistant : « Jean Jardin, forcément savait ». Vous ne lisez pas Télérama… Relisez Télérama et le formidable entretien avec Jamel Debbouze.

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