Montebourg, Wauquiez, Houellebecq…

« Rien n’est trop difficile pour la jeunesse. »C’est Socrate qui écrivait cela, et c’est à lui qu’on a pensé à la lecture du reportage de Sylvia Zappi dans LE MONDE… Reportage dans le quartier du Neuhof à Strasbourg, avec un groupe d’adolescent qui vient de lancer un concours pour faire chuter l’abstention lors de la prochaine élection présidentielle. C’est le 21 avril qu’ils ont donné le coup d’envoi de leur compétition. En lice : 18 quartiers des six coins de l’Hexagone ; à Roubaix, à Belfort, Vénissieux, Marseille ou Nanterre… But du jeu : recueillir, d’ici 2017, un maximum d’inscriptions sur les listes électorales. « On essaie de motiver les gens pour qu’ils fassent entendre leur voix » , explique Nasser, 18 ans. « Ils râlent quand il y a des lois qui ne leur plaisent pas, mais ils ne font rien quand ils ont l’occasion de voter » , ajoute Camélia, 19 ans.

Récit d’un après-midi de porte-à-porte dans des cités HLM…

Premier appartement : une mère de famille, ses deux bambins dans les jambes. « Bonjour, on fait le tour du quartier pour proposer de s’inscrire sur les listes électorales. Vous êtes inscrite, madame ? » La jeune femme ne sait pas. « J’ai jamais fait » , dit-elle. Puis en deux minutes, sa carte d’identité et sa dernière facture d’EDF sont scannées, et le formulaire signé, afin d’être envoyés ensuite à la Mairie. Cependant, les portes suivantes sont moins accueillantes. Et vite refermées, après des réponses lapidaires. « Je n’ai pas le temps, je suis pressé » ou bien « ça ne sert à rien, à part pour ceux qui s’en mettent plein les poches » . « De toute façon, ce sera un enfoiré qui sera élu » , assène un retraité, tandis qu’un étage plus haut, un quadragénaire au chômage lance aux jeunes que les politiques, « Ce sont tous des pourris, et puis mon vote ne pèsera rien. » « Mais si tu ne votes pas, t’es personne » , lui répond Nasser.

Cet après-midi-là, sur les cinq immeubles sillonnés par le groupe, la récolte est maigre : 8 formulaires récoltés. Mais le lycéen veut encore croire que son quartier gagnera le concours. Pour la présidentielle de 2017, les inscriptions sur les listes électorales peuvent se faire jusqu’au 31 décembre. « Et il nous reste donc 7 mois » , calcule rapidement Nasser. 7 mois pour motiver les électeurs du Neuhof.

Le mois de décembre : c’est à cette date-là qu’Arnaud Montebourg souhaiterait que soit organisée la primaire pour désigner le candidat qui portera les couleurs de la gauche. Arnaud Montebourg qui semble chaque jour un peu plus désireux de se lancer dans la course à l’Elysée…

Pour preuve, la longue interview qu’il a donnée aux journalistes du service politique du PARISIEN . Il y a deux ans, le remuant ministre du Redressement productif avait été viré par Hollande et par Valls, ulcérés tous les deux par ses provocations. Il s’était alors reconverti dans le business, se découvrant entrepreneur, pour Habitat notamment. Mais le démon de la politique ne l’a donc pas quitté, et après son discours au Mont Beuvray lundi dernier, il explique au journal qu’il faudra compter avec lui dans les semaines et les mois qui viennent. Dès aujourd’hui, il lance d’ailleurs son site présidentiel : leprojetpourlafrance.fr… Projet pour lequel il a fait plancher 28 groupes de travail, aidé pour ce faire par l’ex-conseiller de l’Elysée Aquilino Morelle et par Hakim El Karoui, qui fut dans le passé l’une des plumes de Jean-Pierre Raffarin.

Question du journal : « Pourquoi revenez-vous en politique ? »

« Parce qu’on ne peut pas rester passif quand on sait qu’on peut faire quelque-chose pour contribuer à sortir son pays de la difficulté. » , répond l’ancien ministre, précisant qu’il a décidé de s’atteler à « bâtir avec tous les Français qui le souhaitent un projet alternatif » .

« Considérez-vous que François Hollande ne pourra pas se représenter ? » __

« Je ne sais pas, mais ce que je sais, c’est que la primaire de la gauche est indispensable et que ce serait de l’intérêt de tous de s’y soumettre, y compris de l’actuel président. »

« Et s’il n’y a pas de primaire ? »

« Dans ce cas, il est évident que je ferai usage de ma liberté », prévient Arnaud Montebourg, avant de dire tout le mal qu’il pense de la loi El Khomri.« La politique du coup de force permanent est dangereuse . Faire passer coûte que coûte une loi, en utilisant le 49-3, alors qu’elle n’a ni soutien populaire, ni soutien parlementaire, mène à l’impasse » , estime-t-il.

Et l’impasse, c’est ce que décrit LE JOURNAL DU DIMANCHE … La rue grogne, la CGT appelle à la grève générale, des piquets de grève continuent de bloquer des raffineries, des casseurs mettent la police sur les dents… Et ce vendredi, l’effigie de François Hollande a même été brûlée dans une rue d’Albi. D’où cette question que pose ce matin l’hebdomadaire :« Jusqu’où la crise ? »

C’est Laurent Valdigué qui analyse la situation… A droite comme à gauche, dans les rangs des manifestants comme dans ceux qui dénoncent « la chienlit qui s’installe » , tous sont d’accord pour parler d’une situation « tendue » . « On danse sur un volcan » , admet l’un des leaders de la majorité, constatant qu’il n’y a aujourd’hui « aucune porte de sortie » . Certes, les défilés contre la loi Travail faiblissent par leur ampleur, mais dans le même temps le mouvement de contestation se durcit. Prochaine manif jeudi, et affrontements à prévoir jusqu’en juillet.

Mais alors, comment en est-on arrivé là ? Réponse du sociologue Michel Wieviorka : « Suite à la droitisation du pouvoir en place, d’abord avec la déchéance de nationalité, puis sur le terrain social, un énorme espace politique s’est ouvert à gauche et tout s’y engouffre aujourd’hui. » Pour d’autres, le mouvement s’explique par « l’agonie de la CGT, qui se bat pour sa survie – et attise donc la crise, puisque si la loi passe définitivement, la centrale risque de tout perdre sur le terrain, au profit de la CFDT… »

Dans le journal, Thierry Mandon déclare même que pour lui, la crise est encore plus profonde. C’est l’actuel secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et pour lui, les racines du mal se trouvent dans les ratés de notre « machine à décider ». « Notre système est obsolète, à bout de souffle, assure-t-il. Et il faut avoir le courage de repenser notre façon de gouverner. » Il ajoute qu’à ses yeux, « On parle encore aux citoyens comme il y a 50 ans, alors qu’ils sont maintenant plus éduqués, surinformés » . Et pour lui, la loi El Khomri est le produit de toutes ces dérives… Une critique venue de l’intérieur… Rappelons que Thierry Mandon est au gouvernement. Une critique ferme et accablante à la fois.

Et comme hier, la presse régionale s’alarme des conséquences de la crise, en premier lieu manque d’essence liée au blocage des raffineries.« La ruée provoque la pénurie » , note ainsi LE COURRIER DE L’OUEST , tandis que LE COURRIER PICARD précise que l’Etat a pris des arrêtés pour réserver les pleins aux services de secours. Et pour ce faire, certaines stations ont été réquisitionnées. « La Loire-Atlantique frôle la panne sèche » , constate PRESSE OCEAN . La quasi-totalité des stations du département sont en rupture de stock depuis hier après-midi. « A Lille, il n’y a plus de carburant nulle part » , indique pour sa part NORD ECLAIR . Raison pour laquelle certains partent remplir leurs réservoirs en Belgique… Témoignage d’un pompiste belge dans LA VOIX DU NORD : « En ce moment, je travaille presque deux fois plus que d’habitude. Pourvu que ça dure ! » __ Le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres, comme le dit l’expression…

A la rubrique politique, on notera par ailleurs l’annonce de Valérie Pécresse dans le JDD : la présidente de la région Ile-de-France annonce la disparition du ticket de métro dans les transports parisiens à l'horizon 2021 . D'ici à cette date, explique-t-elle, tous les valideurs franciliens accepteront la carte bancaire sans contact et sera également développé un "porte-monnaie transport". « Entre 2018 et 2020, sera également mis en œuvre le pass Navigo sur smartphone » , ce qui permettra de télécharger le forfait de transport directement sur son téléphone… Si tant, bien sûr, qu’on dispose d’un téléphone.

On notera également la chute de la popularité de Manuel Valls . Moins 3 points selon le baromètre IFOP du JDD. A l’inverse, François Hollande en gagne 1, ce qui n’arrive pas souvent.

Et puis, sur le blog de l’excellent Didier Pobel, une restriction budgétaire qui envoie un drôle de signal… Le titre de son billet, c’est « Pauvre sens, pauvre mémoire. » Voilà ce qu’il écrit.

« Les temps sont durs, il faut faire des économies. Tout le monde doit faire des économies. Moi, nous, vous… Et Laurent Wauquiez aussi, il n’y a pas de raison. Largement été à la tête de la région Rhône-Alpes/Auvergne en décembre, il a juré qu’il allait tirer un trait sur la « gabegie » de son prédécesseur socialiste. Alors il rogne. Tout le monde doit rogner. Trois sous par ci, un peu plus par là. Des ponctions qui, à force d’être routinières, émeuvent à peine. Sauf que là, c’est un peu différent : 40.000 euros en moins pour la maison d’Izieu.Bon, il paraît que la décision a été discutée en amont. Et que le président de l'association a dit qu'il s'en accommoderait. On salue sa résignation et on ne doute pas que l'argent récupéré sera utilisé ailleurs à bon escient. Mais comment, cependant, ne pas exprimer le malaise que nous ressentons ? Car enfin quoi, Izieu, ce n'est pas une troupe de saltimbanques. Izieu, c'est le tombeau virtuel de 42 enfants juifs et sept éducateurs raflés sans retour par Barbie le 6 juin 1944. Izieu, ce n'est pas seulement un lieu de mémoire, c'est aussi un espace de documentation et de pédagogie. Faire des économies de bout de chandelle ici, c'est prendre le risque de laisser s'éteindre la flamme de la transmission. »

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Ce matin, la presse aborde aussi, bien sûr, l’élection présidentielle en Autriche. Nous en avons parlé longuement hier et les journaux de France Inter y reviendront toute la journée. LA DEPECHE DU DIMANCHE évoque « la menace de l’extrême-droite »

Dans la presse, également : l’ouverture, ce dimanche, du tournoi de Roland-Garros . Avec un angle intéressant dans les colonnes de LA CROIX : depuis quelques années, on s’habille de nouveau pour venir assister aux matchs. Ce n’est pas encore le Prix de Diane, l’une des courses hippiques les plus élégantes de la saison, mais on voit de plus en plus de mocassins et de jolis polos.

Et puis LE JOURNAL DU DIMANCHE nous explique la nouvelle trouvaille de Michel Houellebecq, qui va participer à biennale d’art de Zurich à partir du 11 juin. Titre de son intervention : « Is Michel Houellebecq OK ? »Une installation dans laquelle l’écrivain présentera 10 images d’IRM de ses organes. « C’est , dit-il, pour que les visiteurs voient si je vais bien ! » __ Hollande nous dit que la France va mieux. A Zurich, on verra donc si Houellebecq va bien.

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