La revue de presse du samedi 22 octobre

"Et s’il n’y allait pas ?"

Vous vous souvenez peut-être de cette interrogation, lâchée à la Une de plusieurs hebdomadaires, Politis le dernier, il y a 10 jours. Politis s’interrogeait tout haut sur l’hypothèse d’un retrait de François Hollande de la compétition présidentielle.

C’était avant la publication du livre : « un Président ne devrait pas dire ça »

Depuis, l’interrogation court les pages des journaux, des magazines, fait la Une des débats radio et télévisés.

Le Figaro ce matin énonce l’interrogation d’une autre manière :

2017 : les socialistes vont-ils lâcher Hollande ?

Anne Rovan parle de la panique qui aurait saisi la Hollandie. Elle évoque cet appel mystérieux qui a circulé en cette fin de semaine à l’Assemblée et au Sénat, invitant l’hôte de l’Elysée à ne pas se représenter. Apparemment, l’initiative a fait plouf.

Mais la journaliste sous-entend clairement que ce n’est que partie remise, tant les voix se multiplient à gauche pour presser amicalement ou pas le président à en rester là.

Dans ce même Figaro, Guillaume Tabard observe l’hypothèse Valls… hypothèse qui prend chaque jour un peu plus de poids, comme l’énonce un ami du Premier Ministre en ces termes : « il arrive un moment où la loyauté ne doit pas servir de prétexte au manque de courage ».

Pauline Thevenaud, dans le Parisien, passe elle aussi en revue ces députés PS qui cherchent un plan B.

On ne tourne pas encore ostensiblement le dos à François Hollande. On n’exprime pas encore trop ouvertement ses doutes. On continue de clamer sa loyauté… Mais ce sont des SMS, des petits coups de fil, un mot glissé à l’occasion dans les couloirs de l’ Assemblée. Chacun se renseigne sur les candidats potentiels, donne quelques coups de sonde, au cas où. Preuve, pour Le Parisien que le trouble est bien majeur.

Mais alors à qui va profiter ce trouble ?

Pauline Thévenaud rapporte qu’une rencontre organisée mercredi par Arnaud Montebourg a attiré beaucoup plus de monde que prévu. Mais elle rapporte aussi les propos d’un proche du Premier Ministre, selon lequel Manuel Valls aurait « des appels de partout ».

Toute cette agitation amène d’ailleurs un proche de François Hollande cette fois à en tirer une conclusion…inattendue : « c’est bien la démonstration immédiate que, si ce n’est pas lui, c’est le bordel ! »

A la Une de l’Opinion, c’est un François Hollande défait que croque le dessinateur Kak : déjà sonné par le gant de boxe sorti du livre de son ex-compagne « merci pour ce moment », mis à moitié KO par un autre livre : "un président ne devrait pas dire ça", et définitivement sonné en recevant un 3e ouvrage : celui titré « nos très chers émirs » dans lequel nos confrères Christian Chesnot et Georges Malbrunot braquent un cruel projecteur sur les relations troubles entre une partie de la classe politique française, dont un ministre, et le Qatar.

"C’est la descente aux enfers", titre l’Opinion, qui inverse la phrase fameuse de Jacques Chirac : les cons, c’est comme les emmerdes, ça vole en escadrille. Les emmerdes, sont donc comme les cons : dans son éditorial Nicolas BEYTOUT dépeint une majorité en lambeaux. Et pour parfaire le tout les résultats économiques et sociaux ne sont pas au rendez-vous. Beytout conclut fielleux : pas de doute possible, ça va mieux.

Nos camarades de la presse régionale partagent à peu près le même regard.

Dans la voix du Nord, c’est une démocratie crépusculaire qu’ausculte Mathieu Verrier en s’appuyant sur l’exemple des manifestations de policiers, avec le phénomène du rejet des syndicats et des tentatives de récupération politique : le défi pour les partis et les syndicats est entier, écrit l’éditorialiste de la Voix du Nord. Et il s’énonce ainsi :

"comment nouer le dialogue avec les manifestants ? Quels ponts dressés entre les formes spontanées d’expression et la démocratie représentative que tout le monde sent à bout de souffle ?". Ce confrère augure qu’à défaut de réponse, on trouvera de plus en plus de noctambules en colère sur les places de nos villes.

Dans le Figaro Magazine Guillaume Roquette lui aussi participe à la curée en dénonçant un président tout à fait conscient de bombes potentielles qui s’accumulent dans le ciel de France, mais réservant ce diagnostic à quelques privilégiés aux détours d’une conversation privée. Et qui persiste au contraire, en public, dans un optimisme assimilé par Roquette à un aveuglement incompatible avec la fonction.

Un confrère qui rappelle tout de même que le discours lénifiant des dirigeants est quasiment une tradition française : « Depuis Jacques Chirac » écrit l’éditorialiste du FIGMAG ,« nos présidents ont une fâcheuse tendance à confondre leur rôle avec celui d’un anesthésiant ».

Et si Hollande n’y allait pas ? Une question qui revient sous toutes les plumes.

Et si Royal y allait, elle, aux primaires ?

C’est un joli contre-pied que nous propose ce matin Didier Rose dans les Dernières Nouvelles d’Alsace en s’interrogeant sur la participation ou pas de l’ancienne compagne du Président de la République, 10 ans après son échec à la présidentielle. A cette hypothèse, Elle sourit : « on peut donc s’inquiéter » ironise Didier Rose. Car elle envoie d’autres signes, très sérieux, de son grand retour dans ces luttes d’influence qui font ressembler les coulisses du Parti socialiste à un Tchernobyl juste avant la fusion. Cauchemar ou espoir : l’éventualité d’un come-back de Ségolène Royal révèle à quel niveau de sidération se situe le camp socialiste selon l’éditorialiste du quotidien alsacien.

Le jeu de pouvoirs, les enjeux de succession… ce que les anglo-saxons nomment « Games of Thrones » ne sont pas une exclusivité parisienne.

La Provence se penche ce matin sur les scénarii possibles pour la succession de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille. Gaudin a-t-il un successeur, se demande la Provence ? Le maire de la deuxième ville de France ne veut soutenir personne, et pourtant les héritiers putatifs sont nombreux. Nombreux mais discrets : personne ne veut se prononcer ouvertement, de peur d’être dévoré par l’ogre Gaudin. L’un des possibles glisse au journaliste : « Ici, on est sous Ceaucescu… il y a des yeux et des oreilles partout ». Le quotidien dépeint une ambiance de « fin de règne » au palais, sous un très beau photo-montage tiré de la série Games of Thrones justement, où un Gaudin voûté, drapé dans un lourd manteau ourlé d’une peau de bête et appuyé sur son épée, surveille les courtisans tout sourire.

Il y a mille façons de parler du sport dans la presse.

Le quotidien Le Monde nous en livre un excellent exemple. De l’interview sans intérêt d’un footballeur après un match aux grands débats de société l’écart en effet est vaste. Le Monde s’arrête en cette fin de semaine sur la prochaine reprise du championnat américain de basket. Mais pas du tout pour une analyse sportive : Clément Guillou nous explique comment les stars de la NBA s’engagent, personnellement et collectivement, contre les discriminations raciales et sexuelles aux Etats-Unis.

Une implication qui a conduit cet été la direction de la NBA à une décision historique : priver une ville des Etats-Unis de l’un des plus grands spectacles sportifs de l’année : le All-Star Games. C’est le grand match de gala annuel de l’élite du basket américain. Il devait se jouer à Charlotte, en Caroline du Nord. Mais cet Etat vient de mettre d’adopter une loi très défavorable aux gays, lesbiennes et transgenres. Le basket américain n’a pas voulu associer son nom à cette initiative. En accord avec les joueurs la NBA a décidé de faire jouer le match ailleurs. Un bel exemple d’implication des sportifs dans de justes causes.

Clément Guillou nous apprend que cette décision n’est pas due au hasard : depuis longtemps les basketteurs américains sont impliqués dans la lutte contre l’homophobie, et contre toute forme de racisme en général. Le fait que 3 joueurs de haut niveau sur 4 soient des noirs n’est sans doute pas étranger à cette implication exemplaire.

Autre cas d’implication de sportifs dans l’action : celui que nous révèle la Croix ce matin. Jean-François Fournel s’est rendu à Houlgate, en Normandie. Là le sport permet à des personnes sans domicile de se remettre en forme physiquement, pendant des stages d’une semaine. Surtout de reprendre conscience de la nécessité de soigner le corps, ce qui n’a rien d’évident lorsqu’on passe ses journées et ses nuits dans la rue. Mais l’intérêt de cette pratique sportive n’est pas que physique. Benoît Danneau le responsable de cette initiative constate que le simple fait de se retrouver tôt le matin sur un stade pour entreprendre un effort est vécu par les participants comme une fierté. Ces stages, on les doit à une association : elle s’appelle « un ballon pour l’insertion ». Elle fait suite à une première « coupe du monde de football des sans-abri » organisée en 2011. Les bienfaits de son action peuvent se résumer dans les propos de l’un des stagiaires, Aziz : « Pas une fois je n’ai pensé à mon problème d’alcool. Je ne me croyais pas capable de faire ça. Je suis fier de moi. Demain je ferai un tour de plus au stade ». C’est à lire dans la Croix. Un article revigorant de Jean-François Fournel.

Nous n’avons pas Alexandra Ackoun ce matin pour passer en revue l’actualité des médias. Et c’est dommage car elle aurait sans doute beaucoup apprécié cette initiative de la rédaction du quotidien Le Monde : Comment informer en temps de terrorisme ?

La question n’est pas banale. Son intérêt ne se limite pas au petit cercle des journalistes. Chacun, chaque jour, en dépliant son journal, en allumant sa radio le matin ou son poste de télévision le soir, se la pose régulièrement. Les chaînes d’information en continu, avec leur obligation de traiter le moment, sans recul, sont pour nous, consommateurs d’information, une interpellation permanente. C’est pour cela que nos confrères du Monde ont réuni fin septembre un comité de rédaction pour y réfléchir. Et c’est le résultat de cette réflexion qu’ils nous livrent dans l’édition weekend du journal en inaugurant une nouvelle rubrique : Making of. Rubrique qui relève un défi indispensable en ces temps où le complotisme faite des ravages chez les esprits les plus faibles.

Quand le terrorisme prend en otage l’actualité, quelle visibilité donner aux auteurs d’actes terroristes, interrogent mes confrères du Monde. Où mettre le curseur de ce que nous publions et de ce que nous refusons de publier ? Je vous renvoie à la page 19 du journal pour lire les interrogations, les débats qui ont animé la rédaction du quotidien. Débats que l’on peut peut-être résumer avec cette phrase de l’un de mes confrères :

« J’ai à la fois l’impression que l’on en fait trop et qu’on ne peut faire autrement ».

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