Je parle, tu parles, il parle, nous parlons…

Il y a des gens qui parlent dans leur barbe. D'autres qui parlent avec les mains. Des gens qui parlent dans le désert. D'autres qui parlent pour ne rien dire. Des gens qui parlent comme des charretiers ou comme des vaches espagnoles. Des gens qui parlent à cœur ouvert, en douceur ou sous la contrainte… Il y en a qui parlent pointu, et d'autres qui parlent du nez. Et puis il y a beaucoup de gens qui ne parlent pas. Ou du moins qui ne se parlent pas. Sur les terrains de foot notamment : des joueurs qui ne se parlent pas assez, qui ne communiquent pas assez. Et qui, du coup, ratent parfois des occasions de marquer des buts…

C'était notamment le cas des footballeurs de l'équipe anglaise de Southampton, au grand dam de leur entraîneur, qui a, il y a quelques mois, décidé d'inventer des cours de communication. Rien de révolutionnaire dans ces séances hebdomadaires, prévient Eric Albert dans M, LE MAGAZINE DU MONDE . Le principe, c'est que les joueurs effectuent plusieurs tâches à la fois – se passer un ballon et une balle de tennis en même temps, mais ceci en parlant avec leur partenaire. Et ceci, pour que parler entre eux redevienne naturel. Car ce qu'a constaté cet entraineur néerlandais, c'est que si ses joueurs communiquaient si mal sur le terrain, c'est parce qu'ils ne communiquaient pas davantage le reste du temps.

Dans le bus comme avant les matchs, raconte-t-il, « Autrefois, les footballeurs discutaient, ou bien ils jouaient aux cartes. Or maintenant, ils ont tous des écouteurs sur les oreilles et les yeux fixés à leurs téléphones portables. » Chacun dans sa bulle dans le bus et avant les matchs. Chacun dans sa bulle ensuite sur le terrain. Mais depuis qu'ont été mis en place ses cours de communication, l'équipe ne cesse de progresser : dans le championnat anglais, Southampton pointe aujourd'hui devant Liverpool et Chelsea. La méthode porte donc ses fruits : parler davantage pour mieux jouer.

Parler, c'est également ce que font les militants de "Nuit Debout" depuis maintenant trois semaines. Et ce matin, les journaux s'interrogent sur les suites que pourrait avoir ce mouvement.

« Nuit Debout pense aux lendemains » titreLIBERATION , précisant que l'idée d'imaginer désormais des actions communes avec les syndicats ne fait pas l'unanimité. C'était une idée de François Ruffin , le réalisateur du film Merci Patron , idée proposée mercredi, lors d'un rassemblement à la Bourse du Travail : un meeting commun, avec les syndicats, à l'issue de la traditionnelle manifestation du 1er mai. Mais l'idée n'a pas convaincu.

« Nuit Debout : quels lendemains ? » , s'interroge égalementOUEST FRANCE , avec un édito dans lequel François-Régis Hutin, après avoir qualifié ce mouvement de « sympathique a priori » revient sur la façon dont a été vilipendé le philosophe Alain Finkielkraut . Sur la place de la République,« sans l'avoir entendu, et sans explication, sous les quolibets, les insultes, on lui a infligé une reconduite méprisante hors du cercle des 'bien-pensants'. Et quelqu'un lui a même jeté un crachat... Voilà qui montre, conclue-t-il, un visage insoutenable de cette démocratie soi-disant pure et directe. »

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Ce crachat a d'ailleurs aussi révulsé l'un des confrères de Finkielkraut, le philosophe Michel Onfray , qui dans les colonnes du POINT , signe une tribune assassine contre « la meute médiatique » qui s'est gaussé de Finkielkraut et cette haine qu'il perçoit chez ceux qu'il surnomme les « noctambules de la République » . « Je crois, écrit-il, que je me souviendrai toute ma vie de ce crachat qui maculait le visage d'Alain Finkielkraut. Il était luisant comme une bave mortelle, lui balafrant le haut de la joue comme un coup de couteau qui aurait raté la carotide. » Joliment écrit, mais pas vraiment dans la mesure… Cependant, c'est aussi cet esprit réprobateur qui domine ce matin sous la plume des éditorialistes. Dans LE COURRIER DE L'OUEST , Bruno Geoffroy estime ainsi que "Nuit Debout" n'est certainement pas un lieu de débat, « ou alors seulement un lieu de débat entre soi » … Un mouvement qui, du reste, estime Hervé Favre dans LA VOIX DU NORD , « ne déborde pas vraiment de la place parisienne et qui mouline l'air, comme les bras des participants dès lors qu'un orateur dépasse les deux minutes » … Un débat qui ne déborde par la place parisienne : là, on peut douter du propos. Ce matin, NORD LITTORAL évoque « des idées qui s'échangent sur la place d'Armes à Calais » . Et hier soir, une première manifestation "Nuit Debout" a même eu lieu à Montréal.

Et puis, dans les journaux, on trouve aussi des textes de soutien au mouvement. Lire, notamment, l'excellent numéro de l'hebdomadaire LE UN , avec le récit que signe l'écrivain Geneviève Brisac , qui est allée passer une soirée sur la place de la République... Voilà ce qu'elle écrit : « Je me suis assise par terre, le soir, à côté de plusieurs centaines d'autres assis. Car les Debout sont des partisans de la station assise. Assis pour écouter, assis tous à la même hauteur, assis pour réfléchir ensemble. Assis pour empêcher la violence qui survient plus facilement quand on est debout. Assis, ils inventent donc des Radio debout, des TV debout, des ateliers de dessin de démocratie. Des ateliers Jardin debout. Des commissions sur tous les sujets qui nous soucient. Parce qu'ils sont la jeunesse, ils ont rebaptisé le temps.Comme on compte les jours d'un amour à partir du premier, ils comptent les jours d'une ironique ère nouvelle.Ce soir-là, on était le 42 ou les 43 mars. Il y a une commission Père Noël et une commission sérénité. Et si vous trouvez cela débile,poursuit Geneviève Brisac, moi je trouve cela poétique et drôle.»

Poétique et drôle, également, ce qu'elle décrit à la fin de son texte : « Dans un coin de la place, près du réverbère, une groupe de sourds. Quelqu'un traduit ce qui se dit sur la démocratie, la liberté, la justice, quelqu'un traduit ces mots, ces émotions de pensée en langage des sourds. C'est très beau. Les véritables sourds ne sont pas ceux qu'on croit » , conclue-t-elle. A lire, donc, dans LE UN : une jeunesse qui parle, une jeunesse qui se parle et qui, dans le même temps, n'en peut plus de la parole politique.

Un rejet qu'on peut percevoir à la lecture du dossier du PARISIEN ce matin : dossier sur l'agonie des partis politique. Au Parti socialiste, comme chez les Républicains, l'objectif affiché était de réunir 500.000 adhérents d'ici 2017. Or, cet objectif est loin, très, très loin d'être atteint.Fin 2015, chez les Républicain, le bilan, vérifié par huissier, était de 238.208 adhérents. Et au Parti socialiste, c'est bien pire encore : seulement 86.171 militants à jour de cotisation. Une hémorragie inquiétante, nous explique le quotidien. « Depuis 2012, le PS a perdu presque 40.000 adhérents. D'abord parce qu'il est dans la majorité - c'est la première explication. Ensuite, parce qu'il a accumulé les défaite. Enfin, et surtout, parce que ses adhérents se sentent trahis par un président qui mène une politique sociale-libérale. Les témoignages de sympathisants ayant déchiré leur carte ne manquent pas. Avec des conséquences financières lourdes quand on sait que chaque fédération reverse 17 euros par carte au siège de Solferino. Voilà même la longtemps puissante fédération du Nord menacée de faillite. »

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86.171 adhérents pour le Parti socialiste. A titre de comparaison, LE POINT recense d'autres chiffres. 100.600 adhérents : c'est ce que compte la fédération française de bridge. 180.000 adhérents : c'est ce que compte la fédération française de tennis de table. 300.000 adhérents : c'est ce que compte la fédération française de joueurs de dames. De là à dire qu'il y aurait trois fois plus de joueurs de dames que de socialistes de France… c'est un pas que nous ne franchirons pas.

Et dans le même temps, le ministre de l'Economie continue d'engranger les soutiens. Emmanuel Macron , porté par les sondages et par les inscriptions à son nouveau parti. Le chiffre de 50.000 adhérents internet serait en vue, si l'on en croit ses proches, qui indiquent qu'ils feront un point sur le sujet à la mi-mai. Emmanuel Macron, qui ne cesse de multiplier les piques à l'adresse du chef de l'Etat : « Lorsqu'un président nomme un ministre, il le fait parce qu'il pense que c'est bon pour son pays, pas pour en faire son obligé » , s'est-il justifié cette semaine. « Jusqu'où Macron peut-il provoquer Hollande ? » , s’interroge LE MONDE , tandis que LE FIGARO nous explique que François Hollande a "recadré" son ministre jeudi soir. Un ministre qui irrite de plus en plus à gauche, notamment chez les députés socialistes, lesquels brocardent un homme « dévoré par son ambition » et « qui rêve trop tôt d'être roi » .

Sachant que l'actuel roi récolte ce matin les lauriers de la presse, après la signature à l'ONU de l'accord de Paris sur le climat. Tous les éditorialistes évoquent une réussite française incontestable. Et pour la première fois, LE TIME vient de classer François Hollande parmi les 100 personnalités les plus influentes de la planète. Dans l'une des cinq catégories de la liste de l'hebdomadaire américain, note LE PARISIEN , celle consacrée aux "leaders", Hollande voisine avec Poutine, Obama, Angela Merkel ou encore le Nord-Coréen Kim Jong-Un. Dans un court texte accompagnant le classement, rédigé à la demande du TIME , l'essayiste Bernard Henri-Lévy s'est chargé de rédiger un bilan hagiographique de l'action présidentielle à l'étranger. « Hollande a été à l'assaut de problématiques internationales, comme la guerre en Syrie, la montée du terrorisme en Afrique et l'endiguement de Poutine en Europe et en Ukraine. » Conclusion de BHL : « Quoi que nous puissions penser de Hollande sur le front intérieur, pendant quatre ans il a été l'un des grands dirigeants du monde. Ce n'est pas une opinion. C'est un fait. » Et c'est un texte que ne renieraient sans doute pas les services de communication du palais de l'Elysée.

D'autres questions de communication ce matin.

Dans LE FIGARO : retour sur le récent essai clinique mortel à Rennes. Communication mensongère des laboratoires Bial et Biotral, qui n'ont pas détaillé les risques encourus par les volontaires du test. Selon un document que s'est procuré le journal, lesdits volontaires n'ont pas été informés que chez l'animal, la molécule testée avait provoqué des lésions.

A la Une de MIDI LIBRE : « Béziers – contre les crottes, le maire veut ficher les chiens. » Le maire, c'est donc Robert Ménard, expert en communication – il adore faire parler de lui. Et là, donc, pour lutter contre les déjections canines, il veut ficher les chiens de sa commune via des prélèvements ADN, afin de verbaliser leurs maîtres, y compris lorsqu'ils ne sont pas pris en flagrant délit.

Enfin, dans NICE MATIN : l'élection, ce soir, de la plus jolie fille de Grasse. Photo à la Une, des différentes candidates et parmi elles, il y a donc celle qui va devenir "Miss Grasse". Elles sont toutes très jolies, mais franchement, en termes de communication, "Miss Grasse", ça fait bizarre… En tout cas, ça peut faire parler.

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