Bonjour à tous…. Y aurait-il deux sortes d’enfants… les gentils et les méchants ? Deux sortes de visages… les mâles que l’on montre et ceux des femmes que l’on voile ? Deux sortes de patrons, les Français et les autres ? La presse ce week-end mêle informations et contradictions sans trancher entre ces questions que soulève pourtant l’actualité. Commençons par les enfants, dont La Bruyère dans ses « Caractères » écrivait qu’ils n’ont ni passé, ni avenir, mais jouissent pleinement du présent ! Une photo d’enfant adopté de Haïti et arrivé hier à Roissy, le démontre aujourd’hui. Elle est signée Boris Horvat de l’AFP et figure en première page du JOURNAL du DIMANCHE. Au centre du cliché, une petite poupée émerveillée : robe légère et ruban. A ses côtés, une secouriste de la Croix Rouge et Carla Bruni-Sarkozy, mains jointes et visiblement ravie d’accueillir l’un de ces 33 orphelins haïtiens adoptés légalement et promis à un avenir européen. Pour ceux-là, on pourrait plagier Jacques Prévert et dire « Gentils enfants d’Haïti » de la manière dont il plaignait au lendemain de la guerre les gentils enfants d’Aubervilliers. « Gentils enfants d’Aubervilliers Vous plongez la tête la première Dans les eaux grasses de la misère Où flottent les vieux morceaux de liège Avec les pauvres vieux chats crevés. Mais votre jeunesse vous protège Et vous êtes les privilégiés D’un monde hostile et sans pitié Où sans cesse, vos pères et vos mères Ont toujours travaillé ». Mais voici les autres, en première page du FIGARO. Ils sont 38, parmi une centaine de réfugiés kurdes venus de Syrie, croit-on, jusqu’à une plage voisine de Bonifacio en Corse, et découverts hier par les autorités, qui vont les placer dans des centres de rétention. « Gentils enfants de la misère Gentils enfants du monde entier C’est les vacances et c’est l’été Mais pour vous, le bord de la mer La Côte d’Azur et le grand air C’est la poussière d’Aubervilliers ! ». La photo du FIGARO, signée Stephan Agostini, ne dit pas cela bien sûr. Elle montre des pré-adolescents, assis sagement au bord d’une route de l’île d’amour. 38 enfants qui attendent patiemment la suite des événements. Mais ceux-là sont illégaux. Ils auraient été, précise le FIGARO reprenant les propos du ministre Eric Besson, débarqués d’un bateau par des passeurs déjà repartis ailleurs et désormais traqués par les forces de sécurité françaises et italiennes… Sur cinq colonnes à la une, le FIGARO établit comme une donnée nouvelle pour notre pays, cette forme d’immigration clandestine, que connaissent depuis plusieurs années nos voisins grecs, italiens, espagnols. Mon confère Cyrille Louis, illustre son article sur des filières de mieux en mieux organisées d’un plan sur les routes vers l’Europe, passant toutes par la Méditerranée. Départs d’Irak, de Turquie, de Lybie, de Tunisie, d’Algérie et du Maroc aussi. Et points d’arrivée via Malte, la Sicile, la Sardaigne, l’Espagne. En 2001 déjà, rappelle Cyrille Louis, un vraquier battant pavillon cambodgien, s’échouait sur les côtes varoises, avec ses 900 passagers kurdes, en suscitant beaucoup d’émotion dans l’opinion française. Ces boat-people avaient déboursé entre 1.500 et 2.500 dollars pour fuir la misère et gagner les terres promises de nos pays mieux lotis. Néanmoins, et toujours selon le FIGARO, moins d’immigrés illégaux arrivent désormais sur les côtes italiennes. Ils étaient 37.000 en 2008… 9.000 l’an passé. Les lois sur l’immigration portent leurs fruits. Et en France aussi, puisque Cyrille Louis souligne que notre pays a expulsé 29.288 étrangers en situation irrégulière l’année dernière. Pierre Henry dans LIBERATION, s’inquiète des déclarations du préfet de Corse hier. « Notre objectif majeur », a dit celui-ci, « est que cela ne se reproduise pas ». Or, rappelle le Directeur Général de l’association France terre d’Asile : « Toute personne a le droit de chercher et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. C’est ce que prévoit la déclaration universelle des Droits de l’homme ». Les boat-people attendent à nos portes, conclut Pierre Henry. Ils n’ont pas disparu. C’est pourquoi nous attendons les réactions de nos autorités. Nous sommes prêts à apporter notre concours aux pouvoirs publics, pour évaluer la situation de chacune des 124 personnes arrivées en Corse hier. Sur 3 pages, la PROVENCE évoque elle aussi ce qu’elle appelle le drame de l’exil pour 124 migrants. Le TELEGRAMME de Brest, lui fait écho, mais remarque que la France est confrontée à ce problème au moment même où l’Italie applique des mesures drastiques contre l’immigration clandestine. Le PROGRES de Lyon oublie, provisoirement sans doute, et les enfants kurdes et les orphelins d’Haïti, pour mettre l’accent sur les manifestations et les incidents qui ont marqué hier, le débat sur l’identité nationale en présence du Ministre de l’immigration. La manchette du PROGRES se veut éloquente, puisqu’elle dit tout à trac : « le débat d’Eric Besson sème la pagaille à Lyon ». Et à part ça… Burqa or not burqa ? Résolution ou loi ? Le PROGRES comme la plupart de vos quotidiens ce matin indique que la mission parlementaire sur le voile intégral s’est prononcée pour une LOI d’interdiction, limitée aux services publics, dont les transports, l’école, l’hôpital. Commentaire du PROGRES : « Cette demi-mesure ne va satisfaire personne ». L’EXPRESS préfère ouvrir un dossier sur les salafistes et leur stratégie en expliquant que derrière le voile, se cachent les obscurs de l’Islam. Une mouvance minoritaire ultrarigoriste. Ce que disait aussi, hier matin au PARISIEN l’Imam de Drancy, Monsieur Hassen Chalghoumi. Un homme assez courageux et assez républicain aussi pour estimer que la burqa n’est pas une obligation pour les musulmans, mais une prison pour les femmes. « Avec un bout de tissu sur le visage », s’écrie l’Iman de Drancy, page 10 du PARISIEN de vendredi… «que peuvent partager ces femmes avec nous ». Et monsieur Chalghoumi de prendre position pour une loi… "parce que la burqa n’a pas sa place dans un pays, où les femmes votent depuis 1945 ». Qui dit mieux… ? Tariq Ramadan et Alain Minc en débattaient rudement hier sur France 2 avec Franz-Olivier Giesbert. Romain Gary a traité ce thème lui aussi, il y a plus de 40 ans. Je vous invite à relire dans la collection folio, l’ "Affaire homme ». Au chapitre où il demandait : « Qu’advient-il du visage humain ? » et dans lequel il expliquait « le fait est que le visage humain est aujourd’hui impopulaire. Trop personnel, trop individualiste ». A propos des femmes, Gary ajoutait : « l’Occidentale est plus sûrement voilée que sa sœur musulmane. On ne peut pas la regarder, car il faut franchir la barrière artificielle dont elle est barbouillée et engluée. Rouge baiser pour les lèvres, mascara pour les paupières, etc"… Je me souviens aussi, à propos de Polanski que les Américains veulent juger aux Etats-Unis de « So Far Away From L.A" de Nicolas Peyrac. « Pauvre Madame Polanski : D’un seul coup on t’a pris deux vies Mais qui donc s’en souvient ici ? C’est l’hiver à San Francisco. Je ne trouverai le repos Qu’aux confins du Colorado ». Mais Peyrac ne songeait pas à Emmanuelle Seigner. Pauvre Madame Polanski, c’était Sharon Tate, l’épouse assassinée du cinéaste.

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