Des désespérés, et d’autres qui espèrent.

C'était début septembre, souvenez-vous : la photo du petit Aylan s'affichait dans toute la presse. Aylan, un enfant syrien de trois ans. Mort noyé à la suite du naufrage de l'embarcation avec laquelle, en compagnie de sa mère et son frère, il avait tenté d'échapper à la guerre dans son pays. Souvenez-vous, c'était en septembre : son corps allongé sur le sable, face contre terre, face à la mer. Un cliché qui avait ému le monde entier, provoquant un électrochoc tout à la fois dans l'opinion et le personnel politique. Puis, deux mois plus tard, à la Une de LIBERATION , s'affichait une autre photo : de nouveau, le corps d'un enfant inerte sur la grève, et ce titre pour alerter : « Chaque jour, deux Aylan ». Et hier, comme le rapporte le quotidien, ce ne sont pas deux, mais vingt Aylan qui ont péri en mer Egée. Au total, sur une seule journée : 43 noyés entre les côtes turques et grecques ce vendredi. 43 dont la moitié était donc des enfants. Mais le sujet n'est en couverture d'aucun journal ce matin. Sans doute, en premier lieu, parce qu'il n'y a pas de photo. Ce sont des victimes sans image. Des désespérés sans nom.

Redonner leur identité aux victimes, c'est précisément ce que tentent de faire les associations qui travaillent sur site de la jungle de Calais. La jungle – bien triste appellation, mais c'est le mot qu'on emploie. Reportage de Corine Chabaud, dans les colonnes de LA VIE , « sur la piste des exilés qui sont morts près de la frontière » – c’est le titre de son papier, qui nous apprend que le nombre de réfugiés qui sont décédés à Calais a vraisemblablement augmenté l'an dernier. Impossible, toutefois, d'avoir les chiffres exacts. Il y en aurait eu 14 selon le procureur de Boulogne-sur-Mer, 17 selon la mairie, 21 selon le Secours catholique et 26 pour Médecins du Monde. Et pourquoi ce nombre a grimpé ? D'abord, parce que les candidats à l'exil sont de plus en plus nombreux. Ensuite, parce qu'ils prennent de plus en plus de risques. Beaucoup ont ainsi tenté leur chance par le tunnel, lequel s'est avéré très meurtrier. Abdelaziz, un Soudanais de 26 ans, évoque ainsi Youssef, un jeune compatriote qui avait 17 ans. Sur le bord de l'autoroute, là où roulent les véhicules qui vont en Angleterre, une camionnette l'a accroché et traîné sur 15 mètres. Mais, dit-il, « il était vivant... Une ambulance est arrivée, puis la police, mais ils ont mis au moins une heure avant de le conduire à l'hôpital. S'ils l'avaient emmené tout de suite, ils auraient pu le sauver. » D'autres victimes sont mortes écrasées par des trains, broyées ou électrocutées. Et si certaines ont donc un nom – ou, du moins, un prénom, très souvent les associations, pas plus que la police, ne savent strictement rien d'eux. Et donc elles mènent l'enquête, et parfois même financent les funérailles dans le cimetière nord de Calais. Sachant qu'au cimetière sud, au "carré des anges", de petits rectangles blancs abritent, eux, les cercueils des nouveau-nés décédés. Y repose notamment Samir, bébé érythréen inhumé en juillet. Il est mort une heure après sa naissance, lorsque sa mère – qui s'est ensuite enfuie – a chuté d'un camion sur lequel elle avait grimpé clandestinement.

Sur le sujet, LE FIGARO a choisi un angle ce matin. L'angle administratif, pour ne pas dire sécuritaire : « La France, titre le journal, éloigne de moins en moins de clandestins » . Selon le bilan du ministère de l'Intérieur, quatre illégaux sur cinq ne sont pas expulsés du territoire français. De son côté, NORD LITTORAL nous explique qu'à Calais, les riverains qui habitent aux abords de la jungle – bien triste appellation, mais c'est le mot qu'on emploie – ces riverains, donc, réclament une réduction de leurs impôts. Eux aussi se disent aujourd'hui désespérés, en colère et désespérés de vivre à côté de ce camp de désespérés.

Pour sa part, LIBERATION revient sur le traumatisme provoqué en Allemagne par les agressions massive de la nuit de la Saint-Sylvestre. Les agressions à Cologne. Plus de 750 plaintes ont été déposées, dont 600 pour agression sexuelle. Et le quotidien a décidé de mener sa contre-enquête dans un quartier de Düsseldorf, où vivent des bandes criminelles d'origine immigrée. Des immigrés d'Afrique du Nord, coupés de la société allemande et vers lesquels convergent aujourd'hui tous les regards des enquêteurs. Trois semaines après les faits, une vingtaine de suspects, presque tous maghrébins, ont été arrêtés, mais la plupart pour vol ou coups avec blessures. Analyse d'un chercheur, spécialiste des questions de violences liées aux migrations... « Que sait-on sur les agresseurs ? », lui demande le journal. « Ce sont, dit-il, des hommes en situation d'échec. Ils sont venus avec un projet précis : envoyer de l’argent à leur famille. Ces hommes sont sous pression, et la réalisation de leur projet s’avère rapidement impossible en Allemagne, pour des Maghrébins qui n’ont aucune chance d’obtenir le statut de réfugié politique. Ils n’ont donc pas le droit de travailler, sont exclus des de langue et d’intégration, ne peuvent pas choisir leur lieu de résidence. Je ne veux, dit-il, en rien les excuser, mais ils n’ont d’autre choix que de tomber dans la criminalité. » . Et, dès lors, estime le journal, tout cela montre avant tout l'échec de l'intégration en Allemagne. L'échec, donc d'Angela Merkel.

C'est aussi le point de vue défendu, dans LA CROIX , par Geneviève Jurgensen. Elle dénonce même un pays qui a choisi de faire l'autruche. « L’Allemagne, souvent citée comme une société exemplaire, n’a pas voulu voir la question des sans-papier vivant depuis longtemps nombreux sur son sol, parmi lesquels furent identifiés des auteurs des exactions préméditées de la Saint-Sylvestre. Fermer les yeux est la règle partout. D’ailleurs, rappelle-t-elle, il y a six ans, des élections approchant, un rapport de la police anglaise fut tenu secret par peur d’encourager un parti nationaliste et de créer des tensions entre communautés. Ce rapport révélait l’existence d’un réseau d’hommes, en large part pakistanais, recrutant de jeunes Anglaises pour les prostituer. Près d’une sur deux vivait chez ses parents, beaucoup d’autres, vulnérables entre toutes, vivaient en foyer. Et elles furent pendant des années sacrifiées à l’idéal du ‘vivre-ensemble’, qui fait partie de ces bonnes intentions dont l’enfer est pavé. Sauf que se bander les yeux pour préserver son rêve, c’est faire l’enfer de l’autre. Jusqu’au moment où le bandeau tombe en lambeaux. »

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Ne pas fermer les yeux, ne pas se voiler la face, identifier les agresseurs, sans oublier, toujours, de rappeler qui sont les victimes. En l'occurrence, c'était des femmes. Des femmes que, bien sûr, il ne faut pas laisser tomber, ainsi que le souligne Elisabeth Badinter, qui ne se remet toujours pas d'avoir constaté qu'après cette affaire, des féministes avaient, par peur des amalgames, choisi de détourner le regard. « A Cologne, dit-elle, on a eu l'impression qu'il était désormais possible, en Europe, qu'il y ait une chasse aux femmes et je n'ai pas souvenir, dans ma vie, d'avoir connu un tel précédent. » Elisabeth Badinter qui désespère des féministes, c'est à lire dans MARIANNE .

Et Nicolas Sarkozy qui espère que son livre, à paraître lundi, va convaincre qu'il a changé, c'est à lire dans tous les journaux. Et dans tous les éditoriaux qui, à de rares exceptions, de moquent un peu de son opération "nouvel homme" et mea culpa.

«Nicolas Sarkozy tente de purger son passé, estime LE MONDE qui se demande si cette nouvelle opération rédemption pourra lui permettre de modifier son image auprès des Français. » « Publier un livre qui reconnaît modestement quelques fautes de débutant, est un exercice salutaire et méritant, mais certainement pas suffisant » , assure Dominique Jung des DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE . Pour Jean-Marcel Bouguereau, de LA REPUBLIQUE DES PYRENEES , « c'est l'opération dernière chance pour un Sarkozy qui avoue 27 fautes, mais toutes minimes ! » L'ancien président « ne pouvait pas couper à un mea culpa », affirme pour sa part Yves Harté dans SUD-OUEST , mais « fallait-il ce fouet et ces grosses cordes ? On peut en douter », ajoute-t-il. « Ce livre confession est une fusée de détresse lancée par un candidat à une seconde chance qui peine à se faire entendre », relève de son côté Mickaël Tassart, du COURRIER PICARD . Quant à Alain Auffray, dans LIBERATION , il s'amuse de « l'autre erreur avouée par Nicolas Sarkozy : ne pas avoir laissé voir l'étendue de sa culture car il aurait été, écrit-il dans son libre, impudique de la révéler. Sarkozy victime de sa pudeur ? Voilà une hypothèse rarement explorée », note ironiquement mon confrère.

A propos de culture, l'académie des Oscars a décidé de prendre des mesures pour augmenter sa diversité. C'est à lire notamment sur le site de 20 MINUTES . Grand chamboulement en vue au sein de l’organisation, à 76% masculine et à 93% blanche… Après la tempête de protestations et d’appels au boycott, « l’Académie va mener le mouvement et ne pas attendre que le secteur rattrape le retard » en termes de diversité. La déclaration est de la présidente de la puissante Académie des Oscars, qui annonce une série de mesures « historiques » , dit-elle, pour s’ouvrir plus aux femmes et minorités ethniques, notamment « un doublement d’ici 2020 des membres féminins ou provenant » de minorités ethniques.

Et dans le sport, où sont les femmes ? La question peut se poser à la lecture du palmarès publié ce matin dans L’EQUIPE MAGAZINE . Palmarès des 40 sportifs préférés des Français. En tête : Florent Manaudou. Pour la deuxième année consécutive, le nageur-sprinter sur la plus haute marche du podium. Tony Parker arrive deuxième, Teddy Riner troisième. Mais sur les 40 du classement, pas une seule femme. On dira que c’est à désespérer.

Mais heureusement, l’actualité offre aussi par moments des raisons d’espérer… Ainsi, cette histoire rapportée par l’hebdo people GALA . Le chanteur Frédéric François aurait réveillé une femme du coma grâce à un simple coup de fil ! Victime d’un accident de voiture, une certaine Jeannine était hospitalisée depuis plusieurs jours dans un état critique quand son fils a eu l’idée de demander au chanteur, idole de sa chère mère, de l’appeler. Un vœu auquel l’artiste a accédé, en encourageant la dame durant dix minutes par téléphone. Or, la magie a opéré et Jeannine s’est donc réveillée quelques heures plus tard. Confidence de son fiston : « Je suis certain que Frédéric François y est pour quelque-chose ! » Frédéric François qui réveille les comateux : tout n’est donc pas désespéré.

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