Bonjour à tous… « C’est un jardin extraordinaire Il y a des canards qui parlent anglais. Je leur donne du pain. Ils remuent leur derrière En m’disant thank you very much Monsieur Trenet ». Ce week-end, c’est le syndicat des jeunes agriculteurs qu’il faudra remercier d’avoir eu la bonne idée de transformer les Champs-Elysées en coulée verte d’un kilomètre de long. Ce jardin éphémère, attend selon le PARISIEN, deux millions de visiteurs qui vont pouvoir flâner de l’Arc-de-Triomphe de l’Etoile jusqu’au rond-point des Champs-Elysées. Ils le feront au milieu de 3 hectares de nature : mêlant 162.000 plantes installées cette nuit, avec des forêts en haut des Champs-Elysées, et des blés en bas de l’avenue. Comme le chantait déjà Trenet à l’aube des années 60 : « Il fallait bien trouver dans cette grande ville maussade Où les touristes s’ennuient au fond des autocars… Il fallait bien trouver un lieu pour la promenade J’avoue que ce samedi-là, je suis entré par hasard Dans… dans… dans… Un jardin extraordinaire Loin des noirs buildings et des passages cloutés. Pour ceux qui veulent savoir où ce jardin se trouve Il est vous le voyez, au cœur de ma chanson. J’y vais parfois quand un chagrin m’éprouve Il suffit pour ça, d’un peu d’imagination ». Il y a vingt ans, rappelle le JOURNAL du DIMANCHE, les agriculteurs français n’avaient pas manqué d’imagination, en plantant du blé sur la plus belle avenue du monde. Cela leur avait valu une reconnaissance mondiale dans la presse internationale. C’était à la fin juin 90. La même année, le 18 juin très précisément, France Inter avait recouvert l’obélisque d’un poste-radio géant célébrant le cinquantième anniversaire de l’appel du Général de Gaulle à Londres. Ce qui nous avait valu le lendemain, la première page du New-York Times… et ici à Paris, la surprise de quelques automobilistes, épatés de trouver, au lieu de l’obélisque, un pose à lampes, modèle Ducretet Thomson, au milieu de la Place de la Concorde. Juin 40 – juin 90 – juin 2010… On y est presque, mais les news magazine n’attendent pas le mois prochain pour évoquer ce que l’HUMANITE-Dimanche appelle « la défaite annoncée de l’armée française » et le POINT : « L’Epopée des rebelles de la France libre ». Le magazine de Claude Imbert et Franz-Olivier Giesbert publie une série de témoignages magnifiques des premiers compagnons du Général de Gaulle. Parmi eux, Daniel Cordier, Hubert Germain, Claude Raoul Duval et Bernard Demolins. Lequel fut colonel dans la première division française libre et déclare au POINT : « Partir pour Londres fut un réflexe inconscient… Seuls les cons réfléchissent ». Hubert Germain et Daniel Cordier disent à peu près la même chose… Ils sont partis d’un même mouvement pour tuer du boche et dire Non, au discours scandaleux du Maréchal Pétain. « C’est vrai », dit aujourd’hui celui qui fut le secrétaire de Jean Moulin, « l’armistice demandé par Pétain, correspondait à ce que les Français attendaient : la fin de la guerre. Mais pour moi, il a été le déclencheur du départ ». François Jacob, prix Nobel de médecine en 1965 et médecin de la 2ème DB, renchérit là-dessus aussi : « Quand j’ai entendu, le 17 juin 40, Pétain chevroter son texte… soi-disant dans l’honneur et la dignité… j’ai trouvé ça insupportable… ». Le POINT, complète son dossier Témoignages, d’extraits du livre de Georges-Marc Benamou, qui sortira la semaine prochaine aux éditions Robert Laffont. Un livre intitulé : « Les rebelles de l’an 40 », dans lequel l’ancien conseiller-presse de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui chroniqueur à NICE-MATIN, explique qu’il fallait être fêlé et fou furieux de la France, pour dire « Non à Pétain » dès le 18 juin. Ca faisait 5 mois que les dirigeants français savaient, soulignent mes confrères de l’HUMANITE dimanche, comment les nazis comptaient envahir le pays… Et alors ? Alors, rien. Ils ont attendu que Hitler peaufine ses plans, et lance le 10 mai ses troupes à l’assaut de notre pays. En cinq semaines, nos troupes pourtant capables, avec les alliés britanniques de faire face à la menace… ont été balayées. Et l’HUMANITE-Dimanche de souligner le bilan de la bataille de France, perdue il y a 70 ans, malgré la résistance acharnée de certaines unités, dans le Nord/Pas-de-Calais en particulier. 100.000 morts ! 100.000 et la route de Paris ouverte aux nazis… et celle de la Présidence du Conseil à Philippe Pétain. Pétain qui avait fait don de sa personne à la France. Pétain, dont une brochure d’extrême-droite répandue à des millions d’exemplaires avant Munich, disait déjà : « C’est Pétain qu’il nous faut ». Dans MARIANNE, Jean-François Kahn revient lui aussi sur les bons et les mauvais exemples donnés par les élites de l’an 40. Et lui aussi magnifie le glaive et le drapeau relevé par les résistants de Londres… De Gaulle, écrit-il, a fait jaillir une réalité nouvelle. Il ne s’agissait pas pour lui de modifier le réel, à la marge… il n’en avait pas les moyens. Il lui fallait formuler le sésame magique qui enclencherait le processus d’une métamorphose radicale. Ce qu’il a fait. Et Jean-François Kahn de profiter de l’élan donné par un homme en France, il y a 70 ans, pour comparer avec notre aujourd’hui, tellement incertain qu’il interdit aux journaux de Pentecôte de lever le pied sur la crise ! C’est vrai, écrit Jean-François Kahn, la situation est très mauvaise. Mais gardons-nous de deux dérives : la dénégation et l’acceptation. Refuser l’évidence des choses est suicidaire… Les accepter telles qu’elles sont n’a aucun sens. Les choses ne sont pas. Elles deviennent. Et ce qu’elles deviennent dépend de nous. Vous me direz que le chroniqueur de MARIANNE philosophe. Et bien oui… Comme Attali, dans l’EXPRESS. Comme Claude Imbert dans le POINT. Et comme Pierre Nova et Jean Daniel dans le NOUVEL OBSERVATEUR. Ah ! Pierre Nova, si on pouvait à la radio, faire non pas une revue des journaux, mais une revue des revues. Depuis 30 ans avec sa revue, le DEBAT, il y aurait chaque semaine, sur place, comme il y a aujourd’hui dans le NOUVEL OBSERVATEUR qui salue le pouvoir des intellos en France en 2010. Et comme il l’a dit dans le JOURNAL du DIMANCHE sur une pleine page à découper et à conserver. « La lâcheté et l’aveuglement caractérisent les intellectuels ». « On sent une génération inquiète : « il y a une panique de fond dans leurs textes. La peur les a nourris. Ils n’ont plus à la penser puisqu’elle est là. Il suffit de lire le texte de l’écrivain Mathieu Térence pour s’en convaincre. Ils s’affirment comme une génération qui a du mal à se trouver et à se placer. L’espace de réflexion s’est partout réduit. Les politiques en sont un exemple. Ils ne peuvent penser que dix minutes avant et dix minutes après. Ils sont pris dans une bousculade permanente ». « Comment se sont déroulées pour vous, personnellement, ces trente dernières années ? Elles se sont écoulées en un battement de cils. Je pense à la phrase de Michelet : « j’ai passé à côté du monde et j’ai pris l’histoire pour la vie ». Je vois autour de moi combien les gens ont changé d’univers, de mode de vie, de métier, de pays. C’est fou comme j’ai peu vécu. Et en même temps, on est tous pareils. Les gens disent « la vie est passée trop vite » mais dès qu’on les interroge sur tel ou tel souvenir, des mondes se révèlent et des époques s’épanouissent. On s’aperçoit qu’ils ont beaucoup de choses à dire que presque chacun des jours qu’ils ont vécus. Si l’on me questionnait sur chaque numéro de DEBAT, j’aurais une quantité d’anecdotes à livrer. J’ai pris sinon un peu plus d’assurance au cours des années. J’ai été un chef d’orchestre mais je regrette de ne pas avoir davantage écrit la musique ».

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.