Il y a parfois des décisions qui ne passent pas…

Il y a parfois des décisions qui ne passent pas, vraiment pas. Des décisions qui choquent et alimentent la rancœur des citoyens, des décisions qui donnent l'impression qu'en France, il existe une caste de gens protégés. Soit protégés par le pouvoir. Soit protégés par leur statut. Ou bien protégés à la fois par le pouvoir et leur statut. Prenez l’exemple d'Agnès Saal, présidente de l'INA jusqu'à il y a quelques semaines, et contrainte à la démission, après le scandale provoqué par ses dépenses de taxi : 40.000 euros en dix mois, alors qu'elle disposait d'une voiture de fonction, voiture avec chauffeur. 40.000 euros, remboursés par l'INA, et une partie des frais qui, en réalité, correspondait à des trajets accomplis par son fils...

Scandale, donc, démission. Mais cette semaine, on a appris que l'ex-présidente de l'Institut National de l'Audiovisuel avait déjà été recasée : Agnès Saal est réintégrée au ministère de la Culture, en qualité de chargée de mission. Ce qui relance la controverse sur les privilèges dont bénéficieraient les serviteurs de l'Etat, y compris lorsqu'ils ont été pris en faute.

« Sont-ils vraiment intouchables ? » s'interroge ainsi LE PARISIEN à sa Une, avec un dossier de deux pages sur l'impunité supposée des hauts fonctionnaires. Analyse de Jean-Luc Touly, co-auteur du livre Les recasés de la République : « Il est relativement classique, explique-t-il, que les hauts fonctionnaires échappent aux sanctions... Néanmoins, cette affaire est proprement hors du commun, quand on voit la rapidité avec laquelle Agnès Saal a été recasée. Au regard de la gravité des faits qui lui sont reprochés, sa hiérarchie aurait dû entamer une procédure disciplinaire à son encontre. A minima, elle aurait dû écoper d'une suspension. »

Alors certains diront qu'elle a déjà subi une rétrogradation ; le poste de chargée de mission, c'est une rétrogradation. Qu’importe, « le mal est fait » , commente Frédéric Vézard dans son éditorial, en précisant que « cette affaire, gérée avec une extrême maladresse, ravive le sentiment que le public et le privé sont en France deux mondes parallèles. Une aubaine pour les populistes et une malédiction pour les vrais serviteurs de l'Etat. »

Deux mondes, en effet. Et la polémique continue d’enfler sur les réseaux sociaux. Hier, sur le Twitter , un internaute comparait les 40.000 euros de taxis de cette énarque sans scrupule avec ce SDF de Strasbourg, condamné en juillet dernier à quatre mois de prison ferme pour avoir volé, dans le tronc de la cathédrale, la somme faramineuse de 17 euros. Et pour lui, pas de pitié : il a immédiatement été interpellé par les services de police.

Ce matin, on retrouve d’ailleurs la photo d'un autre célèbre fraudeur en manchette de LA DEPECHE DU MIDI : Jérôme Cahuzac. Mais oui, le revoili, le revoilà ! « Le retour discret de Jérôme Cahuzac » , titre le quotidien. L'ancien ministre du Budget, viré pour fraude fiscale du gouvernement, a animé dans son département une réunion de 300 personnes. « C'était l'occasion de rencontrer des amis et d'expliquer ce que je deviens » , a-t-il confié. L'information étant que Jérôme Cahuzac a encore des amis.

On ne sait pas toutefois s'il a participé au vote sur les motions du parti Socialiste. Celle du Premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, a rassemblé 60% des voix des militants – motion soutenue par Manuel Valls et son gouvernement, mais aussi par Martine Aubry. Deux regards, deux points de vue dans les journaux ce matin. Il y a ceux qui constatent, voire applaudissent le succès : « Cambadélis haut la main » , souligne L'INDEPENDANT, expliquant que son score conforte le cap et la politique du chef de l'Etat. Et puis il y a ceux qui se désolent. « L'austérité majoritaire » , titre L'ECHO DE LA HAUTE-VIENNE, qui estime que cette victoire ne donne aucun signe d'espoir. Même sentiment pour LA MARSEILLAISE, qui parle d'une « occasion manquée » : « PS, l'interminable attente du changement » . Du reste, les fédérations ne sont pas toutes sur la même ligne. LE COURRIER PICARD nous apprend ainsi que la motion de Jean-Christophe Cambadélis a été mise en minorité dans la Somme.

N'empêche, maintenant « François Hollande met le cap sur 2017 » , titre LE FIGARO. Une étape après l'autre, le chef de l'Etat prépare sa candidature pour la prochaine présidentielle. Pour la droite, cette candidature ne fait plus de doute désormais et plusieurs élus de l'UMP redoutent même, d'après le journal, « l'habileté tacticienne » du président de la République. Confidence d'une de ses responsable, la toujours inspirée Nadine Morano : « Hollande est un mauvais président, mais il ne faut pas le sous-estimer : il a toujours eu un sens aigu de son intérêt stratégique personnel. »

Une étape après l'autre, Hollande se préparerait donc. Dans la foulée du Congrès de Poitiers, il devrait ajuster son gouvernement, que deux nouvelles femmes devraient intégrer – mais le Figaro ne donne pas les noms – espérons qu’Agnès Saal n’est pas sur les rangs… Puis il va se démultiplier sur le terrain ; Limoges, Marseille, Tulle, Nantes, Angers, Bordeaux, Lyon... Et dès mercredi prochain, il donnera « son idée de la France » à l'occasion de la panthéonisation de quatre figures de la Résistance ; Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay. Un discours, donc, au Panthéon pour le chef de l'Etat, mais un discours qui relève du défi compliqué. Lire, à ce propos, le papier de Benoît Hopquin dans M, LE MAGAZINE DU MONDE : « L'ombre de Malraux »… Entre ici, Jean Moulin… Les mots d'André Malraux devant le cercueil du héros. C'est la référence en matière d'hommage posthume. Du coup, nous explique donc mon confrère de M, chaque fois qu'il s'est agi de s'exprimer au Panthéon, les plumes des présidents de la République se souvent cassé la tête, quand ils ne se sont pas tout simplement cassé les dents. Sans doute, François Hollande devrait-il faire le choix de la sobriété.

Et puis avant la présidentielle de 2017 - élections pour laquelle, soit dit en passant, les trois quarts des Français ne souhaitent pas qu'il se représente - résultat d'un sondage Odoxa pour LE PARISIEN - avant, donc, la présidentielle, il y aura les régionales à l'automne prochain. A droite, certains ne croient pas trop aux chances de Valérie Pécresse en Ile-de-France, où elle affrontera notamment le socialiste Claude Bartolone, mais également l'ancienne ministre des sports Chantal Jouano, étiquetée UDI. Pierre Charon, sénateur UMP de Paris, plaide, dès lors, pour que Pécresse négocie un accord avec la candidate de l'UDI dès le premier tour. « Il est temps, dit-il, que Jouanno rentre à la niche ! » « C'est ce qui s'appelle savoir parler aux femmes » , souligne LE POINT, qui rapporte cette petite phrase.

LE POINT, qui se fait également l'écho d'une nouvelle étude sur les effets de la pollution. Alerte pour les cerveaux de nos gentils bambins ! Il s’agit d’une étude espagnole, menée dans une quarantaine d'écoles de Barcelone, sur près de 3.000 élèves âgés de 7 à 10 ans. Pendant douze mois, les chercheurs ont mesuré leurs capacités à mémoriser les leçons de leurs professeurs, et ceci à travers différents tests utilisés en neurosciences. Conclusion : les enfants qui obtiennent les moins bons résultats sont généralement ceux qui sont le plus exposés à la pollution de l'air – carbone noir et dioxyde d'azote, qu'ils respirent en classe et en cour de récréation. Les retards cognitifs de certains pourraient donc, en partie, être dus au trafic – les gaz d'échappement des voitures – beaucoup d'écoles de Barcelone étant situées juste à côté de routes très encombrées. « La pollution nuit au cerveau » : c'est le titre du papier. Confirmation avec le dossier de POLITIS cette semaine : titre choc, là encore : « Respirer tue » ...

Quitter son pays peut tuer également. Tous les matins, la presse nous raconte de nouveaux drames ; des migrants qui trouvent la mort en Méditerranée... Mais sur le fond, que dire, que penser de la situation, que penser de l'immigration ? Ce matin, LIBERATION propose un dossier de six pages sur le sujet : « 10 idées fausses sur l'immigration » . Je vous en livre cinq.

  • « Il y a une déferlante sur l'Europe via la Méditerranée » : c'est faux. Les migrants arrivés en 2014 représentent 0,05% de la population. Une masse importante, mais gérable, si tous les pays y prenaient leur part.

  • « L'Europe est la principale destination des réfugiés, qui vont tous vers le Nord » : c'est faux. C'est l'Asie la première concernée, accueillant 10 millions de personnes. L'Afrique arrive deuxième et l'Europe seulement troisième.

  • « La France est un pays d'immigration massive » : c'est faux. En moyenne, 200.000 immigrés entrent en France tous les ans, soit 0,3% de la population totale. C'est moitié moins que la moyenne des pays de l'OCDE.

  • « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » : c'est faux. Les immigrés ne sont pas tous des "miséreux". En 2012, les deux tiers de ceux qui sont entrés en France étaient au moins titulaires d'un diplôme niveau de Bac.

  • « Des terroristes peuvent se glisser parmi les migrants » : là encore, c'est faux. Ces deux dernières années, aucun auteur d'attentat commis en France ou en Europe n'y était entré clandestinement.

L'histoire du jour, c'est L'ARDENNAIS qui la raconte. La mésaventure de René, un septuagénaire, cycliste à ses heures, qui se baladait tranquillement sur les bords de la Meuse lorsqu'un groupe de volatiles s'en est violemment pris à lui. En l'occurrence, c'était des oies. C'est méchant, les oies, quand ça veut. Et puis c'est très organisé. Une véritable attaque en règle. Elles lui ont donc barré la route, puis l'ont fait tomber de son vélo, avant de s'acharner sur lui. Bilan de la promenade pour René : quatre points de suture à la tête. Et, pour l'heure, les oies délinquantes n'ont pas été interpellées...

Enfin, dans LE PARISIEN, un papier sur le concours de l'Eurovision, qui aura lieu ce soir : « La France veut-elle vraiment gagner ? » La candidate s'appelle Lisa Angel et il suffit de l'écouter pour avoir la réponse. Non, la France ne veut pas gagner. Et pour l'heure, les auteurs de la chanson n'ont toujours pas été interpellés…

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