Bonjour à tous… Y aura-t-il de la neige à Noël… et de l’essence à la Toussaint ? La presse du week-end n’en sait rien, mais s’accorde plutôt sur le second point, avec ce titre du JOURNAL du DIMANCHE : « Il faut sauver les vacances ! ». Le POPULAIRE du CENTRE, l’ECHO de la Haute-Vienne, la MARSEILLAISE, PARIS-NORMANDIE et le REPUBLICAIN LORRAIN, préfèrent à contrario, évoquer un week-end « sous perfusion », « au ralenti », voire même titrer franchement, « pas de vacances pour les contestations ! ». La MONTAGNE de Clermont-Ferrand choisit de souligner les blocages et les déblocages des dépôts d’essence et des raffineries à Cournon et à Grandpuits. A Metz, le REPUBLICAIN LORRAIN fait de même et parle de jeu du chat et de la souris, entre police et grévistes. PRESSE-OCEAN note que 40 % des stations de Loire-Atlantique ont été réapprovisionnées hier, mais reste pessimiste sur la suite des événements au point de titrer : « Les salariés font de la résistance. Automobilistes : tentez votre chance ! ». A Tours, la NOUVELLE REPUBLIQUE juge « l’ambiance explosive ». A Orléans, la REPUBLIQUE du CENTRE voit s’éloigner « la crainte de la pénurie ». Y aura-t-il de la neige à Noël et de l’essence à la Toussaint… Faut voir. A Strasbourg, les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE s’inquiètent des chocs et des contre-chocs aux raffineries. A Toulouse, la DEPECHE du MIDI fait silence, sur la pénurie d’essence et assure sur trois colonnes à la une… que nous sommes tous accros à la météo. Ses prévisions, souligne la DEPECHE, en sous-titre, sont indispensables pour l’économie. Le PARISIEN, SUD-OUEST de Bordeaux, la VOIX du NORD, le DAUPHINE et quelques autres manifestent en première page des préoccupations plus citoyennes. Tous relèvent que le projet de loi sur les bornes de la retraite fixée à 62 et 67 ans, a été voté hier soir, au Sénat par 177 voix contre 153. Ont voté « pour », les sénateurs UMP et ceux de l’Union centriste. Ont voté « contre », les sénateurs socialistes, communistes, partis de gauche, verts et radicaux de gauche. Se sont abstenus, les sénateurs centristes du Modem. La crise de trois semaines est-elle pourtant terminée ? Le FIGARO veut le croire, et fait sa manchette sur les Français qui en ont assez… des grèves, des manifestations, des blocages. Et le FIGARO, d’appuyer cette hypothèse sur les résultats d’un sondage qu’il a commandé à « Opinion way ». Enquête selon laquelle, 56 % des personnes interrogées, souhaitent que l’adoption du projet de loi par le Parlement, marque la fin du mouvement… Charles Jaigu, dans son analyse du sondage en question, remarque néanmoins que l’opinion a un point de vue, plus complexe et plus nuancé que prévu, sur le conflit en question. Jean-Emmanuel Ducoin dans l’HUMANITE, fait un pas de plus et pense que le mouvement populaire s’est enraciné et va se montrer. Selon lui, les syndicats ont fait preuve de lucidité. Quant à Nicolas Sarkozy, il aurait perdu définitivement la bataille de l’opinion et peut-être celle des idées. Le MONDE daté de ce samedi, se demande avec le POINT, ce que signifie cette promesse de rendez-vous en 2013 pour une réforme systémique du régime des retraites. Promesse qui apparaît, selon l’éditorialiste du MONDE, dans un amendement du gouvernement. Il s’agirait alors de mettre en place un régime universel, par points. Est-ce une manœuvre, demande le MONDE. Et si ce n’est pas le cas… Pourquoi, tout ça pour ça ? Ce long débat, avant le vrai, renvoyé à plus tard. J’ajoute que la presse note, dès ce samedi aussi, la promesse de l’opposition. Promesse de revenir, en 2012, sur la réforme 2010, votée comme on l’a vu, non sans difficultés... Au point que Monsieur Eric Woerth a conclu qu’il n’y avait ni vainqueurs, ni vaincus. Ce qui se discute, et va se discuter dans les jours qui viennent. La preuve, ces titres prémonitoires de la VOIX du NORD et de SUD-OUEST. Pour le premier cité... Si le Sénat a dit oui… les opposants disent toujours non. Idem à SUD-OUEST qui constate : « le projet passe au Sénat, pas dans la rue ». Restent pour la bonne bouche, les chroniques à détacher ce week-end, parce qu’elles mettent les événements à distance ou alimentent intelligemment ce qu’il faut bien appeler le débat citoyen. Je vous en propose quatre, sans prétendre à l’exhaustivité. Jean-Claude Guillebaud et Jacques Julliard, dans le NOUVEL OBSERVATEUR. Bruno Frappat dans la CROIX. Claude Imbert dans le POINT. Pour Imbert, nous venons de vivre le psychodrame d’une dépression française. Avec tout le monde qui court. Les syndicats, derrière une base indocile. Puis derrière une opinion gagnée par le malaise. Et pour finir, ils courent derrière une jeunesse malade de son avenir. Spectacle pitoyable, juge l’éditorialiste du POINT. Spectacle qu’encense le jeunisme, marqueur des sociétés flageolantes. Quid du pouvoir, alors ? Claude Imbert ne l’épargne pas. « Quant au pouvoir, acculé par la menace d’une faillite nationale, il court, lui aussi, derrière une rigueur inéluctable. Il la concède par lambeaux, empêtré par la sarkophobie déferlante des maîtres-penseurs et des saltimbanques. Dans cette foire d’empoigne, les maquignons de la chose publique se disputent les enchères de la colère et du chagrin. C’est le grand charivari avec sa volée de casseurs et son envolée de slogans en baudruche : mai 68 s’enflait de l’utopie libertaire ; octobre 2010 s’enfle de l’utopie égalitaire (les « riches » paieront). L’illusion qui a poignardé le XXème siècle ! ». Pour Jean-Claude Guillebaud : « Si l’affaire des retraites est devenue « chaude », c’est précisément parce qu’elle touche un point sensible entre tous : la cohésion sociale, laquelle est étroitement tributaire d’un sentiment de justice. L’échec du sarkozysme tient d’abord à l’étourderie brouillonne avec laquelle l’injustice – fiscale, salariale, géographique ou autre – aura été promue, de mois en mois, en logiciel organisateur ». Jacques Julliard dans le NOUVEL OBSERVATEUR écrit que la journée heureuse commence à 17 heures et que le plus grand parti de France est le parti du temps libre. Sous le titre : « la vie commence à soixante ans », il évoque les bonheurs saisonniers que les Français doivent aux vacances. « Le départ et le retour de vacances sont devenus, à la Toussaint, Noël, Mardi gras, Pâques, Pentecôte, Saint-Jean, Assomption, Saint-Martin, aussi réguliers que le flux et le reflux des marées sur les côtes bretonnes : merveille du calendrier liturgique chrétien, dont le syndicalisme le plus radical a fait un article de foi. Les Français n’ont l’impression de vivre, ce qui s’appelle vivre, qu’en vacances ». J’ai gardé pour la toute fin la chronique de Bruno Frappat dans la CROIX. « Les banderoles vont s’user au vent d’automne. La pluie délave les calicots. Les voix, déjà, ont rendu les armes. » « L’affaire est tellement rodée qu’elle fatigue la mémoire. Cela commence toujours par une réforme. Car il faut réformer, n’est-ce-pas ? Sinon, à quoi bon diriger ? Donc, il y a réforme. De ceci, de cela. Universitaire, sociale, fiscale. Elle menace toujours quelqu’un, la réforme. Des droits acquis. Elle soulève des peurs, parfois des fantasmes. » « Et voici atteint, ce fut le cas cette semaine, le moment où un mouvement social se perd dans deux directions qui, en général, lui sont fatales : la violence juvénile de « casseurs » qui se soucient de la retraite comme de colin-tampon, et, plus grave si c’est possible, l’absence de carburant, ce sang de notre société de bougeotte. Par surcroît, les congés se profilent à l’horizon. Le rôle des vacances, butées sacrées du temps social, devrait être étudié, dans l’histoire de notre pays. Combien de révolutions en marche ont cessé pour cause de Toussaint, de congés de février, de printemps, de Pâques, de Pentecôte ? Il y a aussi, toujours, des élections en point de mire. C’est l’étape d’après ».

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.