Ivan Levaï – Revue de presse – France Inter Dimanche 23 septembre 2007 Bonjour à tous… Il faudrait pouvoir lire les journaux, yeux fermés. Ou alors sauter certains passages, les gommer, les rogner, en regardant sur le côté. Bref, censurer avec subtilité, pour ne mécontenter ni les puissants du moment, ni nos propres dirigeants. Mais Mettez-vous à la place du tambour de ville, rémunéré pour lire la presse du week-end, qui découvre dès potron-minet : 1) Que les sondages de popularité du Président et du Chef du gouvernement sont en baisse ! 2) Que Ségolène Royal fait un tabac à Montréal où elle est accueillie comme une rock-star, s’il faut en croire le journal québécois « Le Devoir ». 3) Que si le rire est partout de mauvaise qualité à la Télé, la faute en incombe à Nicolas Sarkozy et aux pressions qu’il exerce sur les médias. 4) Si Guy Carlier quitte France Inter, pour la radio d’à côté, c’est parce qu’il est en colère, contre notre directeur Monsieur Schlesinger. Il me faudrait le talent, et la pudeur d’un Poivre d’Arvor, interrogeant Monsieur Sarkozy sur le rôle de son épouse en Libye pour réussir à faire passer tout cela. En m’évitant naturellement avertissement, licenciement, et mine de sel. J’essaie tout de même, en commençant, par la pleine page du MONDE, consacrée à Guy Carlier, qui nous quitte, pour rejoindre Nicolas Poincaré, sur RTL. « Vous comprenez dit notre ami chroniqueur Guy Carlier, c’est dur à 58 ans de se lever de bonne heure, quand on travaille comme moi, sur le fil du rasoir, avec le stress et le danger que peut entraîner, un mot de trop, un dérapage, une polémique. Et dans l’interview accordée à Martine Delahaye, Carlier précise, j’avais demandé, au directeur d’Inter de faire un petit effort financier, mais l’administration a dit non. Ca m’a déçu, on voulait que je fasse une chronique supplémentaire, au même tarif que les autres. Pire, on m’a dit que je coûtais bon an, mal an 80.000 euros à la station. Et que c’était trop. Dieu merci… Guy Carlier complète sa doléance du travailler plus pour gagner moins, en avouant qu’il a un côté, enfant gâté. Que c’est même indécent quand on sait ce que vivent les français. Il ajoute aussi, que sa rupture avec Inter est amoureuse. Qu’il reste avec nous, au fond du cœur… Et qu’il a toujours été, derrière ce micro, entièrement libre ! Riez, vous êtes cernés ! Ca c’est le titre, de la page consacrée par LIBERATION week-end, aux émissions comiques, qui ravagent selon notre confrère le Paysage Audiovisuel Français. « Impossible d’échapper à la déferlante, sur toutes les chaînes » s’attristent Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos. Et mes confrères de LIBERATION, de picorer quelques traits d’esprit moderne, dans 60 secondes pour rire sur la 2, Made in Palmade sur France 3 et la méthode Couet sur TF1. A côté de tout cela, écrivent-ils, Ruquier, c’est du caviar. Extraits… d’un sketch. Hélène et Mitch sur la 2. On joue la fée Bourinella et Mirlichouille le lutin à trois boules. Synopsis… Mirlichouille veut participer au concours de la plus belle touffe ! Aussi léger, le sketch Ali et Alexandre… Je vois votre femme dit l’un, déguisé en voyante. Que fait-elle ? Elle lèche. Quoi ? Une grosse ! Une grosse quoi ? Une grosse glace ! Dernière plaisanterie nucléaire du florilège repris par Libération. « Je suis passé Porte Maillot… Il pleuvait. Avec toute cette eau, j’aurais pu venir en maillot ! » LIBERATION conclut là-dessus, avec le point de vue d’un universitaire d’Ottawa, M. Maxime Prévost. Lui, cite Victor Hugo, et l’homme qui rit. Ouvrage dans lequel Hugo écrit que dans notre société, les drames, les catastrophes, les agonies se résolvent dans le rire, qui est quelquefois une grimace de joie. Hélas, le même universitaire, croit devoir ajouter : « Et voilà ce que c’est, d’avoir élu, un Président de droite. Il voit forcément d’un bon œil, le déferlement du rire, sur la place publique. Non seulement parce que le rire peut constituer un opium, mais surtout parce que le rieur se considère en position de force, et consent donc implicitement à l’ordre établi. » Fin de citation. Je vous l’avais dit… Ne cherchez pas le coupable de la vulgarité crasse, du rire Télé… C’est Sarkozy. LIBERATION, partage me semble-t-il, cette impression en concluant Mirlichouille-Sarkozy, même combat. Trois pages plus loin, dans le même quotidien, l’écrivain Marc Dugain, l’auteur « D’heureux comme Dieu en France » décrit un retour à Paris… Avec, visite à sa banque… son éditeur… et un rendez-vous avec une responsable de la culture, sur une chaîne télévision française. Elle est dit-il, très professionnelle, et comprend bien la question du rapport, réalité-actualité-fiction. Et Marc Dugain en profite pour ajouter… « Phénomène récent : l’actualité désormais est montée comme une fiction… mais, mais… jamais la presse n’a été aussi peu censurée… et jamais, elle n’a été aussi peu indépendante d’esprit. » Merci Marc Dugain, d’écrire, aujourd’hui, que c’est de notre faute aussi… Si ! D’ailleurs, je vais lire, un extrait de votre journal week-end… Quand il dit, justement que le dimanche est un jour comme les autres. Dans l’immeuble d’en face, il y a un type qui diffuse Barbara fenêtre ouverte. Je me mets à la mienne et je lui crie : « Plus fort ! » Il augmente le volume et me fait un petit signe de la main. Je feuillette les journaux de la semaine qui se sont empilés. Ce qui revient souvent, c’est la question de savoir où est passée la gauche française. Le gouvernement actuel aurait débauché des gens de gauche. J’ai beau relire la liste, je ne vois personne qui ait jamais été de gauche là-dedans. Et Dugain d’ajouter qu’il a voté deux fois pour un président de gauche, c’était Mitterrand dont une des joies simples était ses déjeuners avec Bousquet, qui lui rappelaient le bon temps, celui de Vichy, quand rien ni personne ne l’obligeait à se déguiser en type bien. Et, pour raboter le fond, il ne manquait plus que « l’Immaculée Déception » se recommande de lui et de Jeanne d’Arc, pensant que lui, ça ne suffit plus. Avec sa médaille d’argent aux derniers Jeux Olympiques, qu’elle promène radieuse autour du cou, elle traîne dans les journaux people, quémandant de l’amour, faute de voix. Tous ces gens qui attendent le dimanche comme une bénédiction se sont fait étriller comme les petits porteurs du canal de Suez en leur temps. La journée s’est évaporée derrière ma table de travail. Alors maintenant, je vais baisser le son… pour vous dire que dans le sondage IFOP-Journal du Dimanche… Nicolas Sarkozy perd 8 points… Il était à 69 d’indice de popularité il est à 61… avec 36% de mécontents… un peu et beaucoup de mécontents. Fillon passe lui aussi de 63 à 56… Début d’inquiétude commente Jean-Luc Parodi. Mais c’est peut-être le prix de la méthode Sarkozy, et de s’occuper de tout, en avançant coûte que coûte, suggère Philippe Ridet, dans le MONDE, daté d’aujourd’hui. Analyse voisine, excellente, de Jean-Marie Rouart dans NICE MATIN. Là, l’académicien, explique que Sarko, c’est un Giscard survitaminé… Je répète : Sarko c’est un Giscard survitaminé ! « Un farfelu sympathique, ajoute Jean-Marie Rouart, a proposé une journée sans Sarkozy, à la télé… mais c’est plutôt mal barré. » Sans doute, il y a même des gens qui vont mesurer son temps de présence dans les médias et probablement proposer d’équilibrer. Je lis d’ailleurs, Monsieur le Président, qu’un record est battu… Lisez ça, c’est dans Le Monde page 3. 7 heures et 43 minutes, en direct à l’antenne ! Mais non, ce n’est pas ici… Stéphane Paoli, c’était au Venezuela, le 9 septembre dernier dans une émission intitulée … « Allo Monsieur le Président ». Chavez est resté 7 heures, 43 minutes à l’antenne. Mais il paraît que c’était intéressant. Et nous, on reste combien de temps à l’antenne, Stéphane ? Il faut absolument lire dans Le PARISIEN, Henri Guéno, vous le savez c’est la plume du président. Il dit : je ne suis pas favorable aux tests ADN. Et là moi je ne ris plus du tout. Achetez le Journal du Dimanche. C’est pas compliqué. On a retrouvé aux Etats-Unis un collectionneur. Ce type, il n’avait rien dit. Il a un album de 160 photos à Auschwitz Birkenau. Par qui ? Par des allemands, des nazis, et dans cet album et sur ces photos, on voit que c’était des hommes ordinaires et des femmes ordinaires, qui rigolaient, qui se promenaient, qui se goinfraient de myrtilles ; on les voit tous et on voit même Minguélé, avec leurs chiens, qui caressaient leurs chiens, voilà dans cet album. Il faut détacher la page, il faut regarder ça et puis la montrer à tous ceux qui n’y croyaient pas, Et il y en a, les négationnistes.

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