La revue de presse de Yann Gallic

Fronde au sommet de l'Etat

Il y a comme un climat délétère qui risque d'empoisonner la rentrée du gouvernement selon Le Parisien : "Hollande est impopulaire quoiqu'il fasse, qu'il change de politique, de style ou de lunettes. Rien n'y fait", écrit Jean-Marie Montali dans son édito du jour. Et comme si ça ne suffisait pas, voilà que deux ministres - et pas des moindres - remettent en cause la politique économique du chef de l'Etat. A commencer par Arnaud Montebourg. Dans un entretien au journal Le Monde , le ministre de l'économie fustige la réduction dogmatique des déficits. "On a aidé les entreprises, il est urgent d'aider les ménages". En accord parfait avec Benoît Hamon. Dans Le Parisien , le ministre de l'Education critique la politique de l'offre, si chère au président de la République: "On ne peut rien vendre aux Français s'ils n'ont pas des revenus suffisants. Arnaud et moi, nous ne sommes pas loin des frondeurs. Mais nous voulons peser au sein du gouvernement." Arnaud Montebourg et Benoît Hamon pourront d'ailleurs aiguiser leur esprit critique aujourd'hui lors de la fête de la Rose à Frangy-en-Bresse. La rose socialiste qui commence sérieusement à se flétrir. Si l'on en croitMediapart , Manuel Valls tente de mettre sa majorité au garde-à-vous alors que de plus en plus de députés socialistes ne se reconnaissent plus dans la politique du gouvernement. Le malaise est palpable. Cette semaine, le chef du gouvernement a rassemblé ses ministres à Matignon. Une réunion qui donné lieu à un échange très vif entre Manuel Valls et Aurélie Filippetti. Car la ministre de la Culture a osé poser cette question: "Si le gouvernement en arrive à ce point, ne vaut-il pas mieux renoncer tout de suite à faire une politique de gauche? Est-ce qu'il ne faut pas s'excuser d'être de gauche pour plaire au patronat?"

"Au pays de la gauche suicidaire"

Le Journal du Dimanche consacre sa une à Cécile Duflot. L'ancienne ministre du logement vient de sortir un livre dans lequel elle dit tout le mal qu'elle pense de François Hollande. "Bienvenue au pays de la gauche suicidaire, écrit Bruno Jeudy. Depuis une semaine, le petit théâtre de la politique offre l'une des plus mauvaises pièces dont elle a le secret. Pathétique spectacle que de voir une ancienne ministre s'en prendre avec une rare virulence au président de la République qu'elle servait encore il y a moins de 5 mois."

Le JDD n'est pas tendre avec Cécile Duflot accusée d'avoir plombé l'un des secteurs phares de notre économie: celui de la construction et du logement. Depuis 2011, le marché s'écroule. Mais d'après l'hebdomadaire, Cécile Duflot aurait précipité cette chute avec sa loi sur le logement. Au cours des 12 derniers mois, les permis de construire et les mises en chantier de logements neufs ont reculé de plus de 10%. Les professionnels du bâtiment parlent d'une "loi catastrophique". Manuel Valls s'apprête à annoncer un plan d'urgence pour relancer la construction. Selon Christophe Caresche, le député socialiste de Paris interviewé dans le JDD , "Cécile Duflot s'est servie du logement pour faire de la politique". La voilà rhabillée pour l'hiver. Pourtant, l'ancienne ministre n'a fait qu'appliquer le programme de François Hollande.

70 ans de la libération de Paris

En août 1944, la libération de Paris marque aussi libération de la presse après 4 années de censure et de propagande allemande. En ces jours d’insurrection dans les rues de la capitale, les rédactions et les imprimeries sont en pleine effervescence. Les résistants reprennent possession des lieux occupés par la presse collaborationniste qui est désormais interdite. Le Parisien Magazine évoque les premières heures de son ancêtre, le Parisien Libéré , qui voit le jour le 22 août 1944. Une seule feuille recto verso et des articles imprimés en petits caractères car il faut économiser le papier. Vendu à la criée pour seulement 2 francs, le premier numéro duParisien Libéré affiche fièrement sa une avec ce titre en lettres noires : « La victoire de Paris est en marche ! ». Les journaux clandestins sortent de l’ombre : l’Humanité, Libération, Franc-Tireur etCombat … En août 1944, les Parisiens s’arrachent les premiers quotidiens libres. Souvenirs d’une époque révolue. Souvenirs d’un autre siècle.

70 ans après, la presse papier a-t-elle encore un avenir ?

Quand il écrivait dans Combat , Albert Camus appelait les journalistes à couper « les liens incestueux entre la profession et les puissances d’argent ». 70 ans plus tard, le constat est amer. La plupart des journaux appartiennent à des grands groupes ou à des banquiers : Dassault, Lagardère, LVMH, Rothschild … Les lecteurs sont de moins en moins nombreux. Les rédactions sont fragilisées par les plans sociaux. Et pas seulement en France. A lire aujourd’hui dans Le Monde : la révolte des journalistes duSpiegel . Les salariés de l’hebdomadaire allemand se battent contre la réorganisation de leur journal dont les ventes sont en perte de vitesse. Les actionnaires veulent imposer un modèle plus rentable qui réunirait les deux rédactions duSpiegel , papier et numérique. Ce n’est pas une découverte : le monde de l’information est en pleine mutation. "Journalistes, lecteurs, citoyens, nous sommes tous concernés par ces bouleversements" , écrit Pierre Haski dansRue89 . Le site a mis en ligne les 20 premières minutes d’un documentaire au titre prémonitoire: "Vers un monde sans papier ". Une enquête réalisée par deux anciens journalistes de Libération .

Extrait du documentaire "Vers un monde sans papier", diffusé sur Arte le 26 août 2014:

http://rue89.nouvelobs.com/2014/08/21/a-voir-extrait-documentaire-darte-vers-monde-sans-papier-254212

Mais il n’y a pas de fatalité. Ce documentaire montre comment les journaux s’adaptent en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, et en Inde. Contrairement aux idées reçues, ce sont surtout les contenus de qualité qui fidélisent les lecteurs sur Internet. La révolution numérique - qui transforme la manière dont nous produisons et consommons l’information - pourrait donc "être une renaissance", se félicite Pierre Haski dansRue89 . Et pourquoi pas un nouvel "âge d’or" pour les journaux.Dans quelques années peut-être, la revue de presse de France Inter deviendra exclusivement une revue de web. Quand les pixels auront définitivement supplanté les rotatives. Quand les kiosques à journaux ne seront plus qu’un lointain souvenir. Le souvenir d’un autre siècle.

Ricet Barrier chante "Le crieur de journaux" (1957):

https://www.youtube.com/watch?v=pyS7JK0Lmfg

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