Bonjour à tous… « Je veux bien changer d’opinion », disait Tristan Bernard, « mais avec qui ? ». Et vous, auditeurs mes frères, auditrices mes sœurs, accepteriez-vous de changer d’opinion avec nous ?... Sur le voile intégral par exemple, le fameux niqab de l’automobiliste nantaise verbalisée le 2 avril dernier, et soupçonnée aujourd’hui d’être l’une des quatre compagnes d’un fraudeur polygame, faut-il changer d’avis ? L’affaire fait grand bruit ce matin, à la Une des quotidiens suite à l’enquête des services du Ministre de l’Intérieur, qui demande la déchéance de la nationalité française du conjoint de la conductrice. Selon Brice Hortefeux, rapporte le Journal du Dimanche, ce Monsieur, né à Alger et ayant acquis la nationalité française en 75, appartiendrait à la mouvance radicale du Tabligh, et vivrait avec quatre femmes, dont il aurait eu 12 enfants. Et toujours, selon le Journal du Dimanche, les quatre épouses porteuses du voile bénéficieraient de l’Allocation de parent isolé et du Revenu de Solidarité active. C’est beau comme une histoire de l’oncle Paul, et justifie peut-être la sobriété de Presse Océan qui titre simplement : « Hortefeux s’oppose à un Musulman nantais ». Avec ce sous-titre : « Le Ministre de l’Intérieur a demandé au Préfet du département d’étudier la situation familiale de la femme voilée verbalisée au volant ». Le Parisien, de son côté, évoque en première page une polémique qui rebondit, et prend un tour d’autant plus inattendu que la conductrice au niqab et son mari contestaient hier devant la presse sa contravention de 22 euros ! Le Parisien, tout comme La Nouvelle République, publient en première page la photo des plaideurs qui, pour le coup, ne manquent pas d’audace. Cette affaire, souligne mon confrère Tourangeau, participe à la polémique nationale, en plein débat sur le voile intégral. Béatrice Houchard dans Le Parisien, va un peu plus loin quand elle écrit que « ce rebondissement tombe à pic pour les partisans de l’interdiction générale du voile intégral, et le projet de loi annoncé par Nicolas Sarkozy, mercredi dernier ». « C’est un cadeau pour le pouvoir » souligne ma consoeur, après avoir rapporté que Franck Louvrier, le conseiller presse de l’Elysée, a alerté hier par SMS les journalistes spécialisés. « Vous devriez », leur a-t-il dit, « lire mon blog ». « Bonne manière », conclut ma consoeur du Parisien, « d’être sûr que l’affaire ne passerait pas inaperçue ». L’autre affaire, qui ne passe pas inaperçue non plus, c’est cette histoire de photo d’un quidam se torchant artistiquement le derrière, avec le drapeau tricolore. Emotion des Niçois cette semaine, puisque c’est la FNAC de Nice et un jury du Sud-Est qui primaient ledit cliché politiquement incorrect. Emotion aussi, de Michèle Alliot-Marie et de Rachida Dati, son prédécesseur au Ministère de la Justice Place Vendôme et de quelques autres j’imagine. Aucun trouble, en revanche, dans le commentaire de Claude Askolovitch, notre excellent confrère du Journal du Dimanche. Au contraire. Dans son éditorial intitulé « Falbalas », Askolovitch rassemble, l’affaire de la Burqa, et celle du drapeau souillé. « Ce sont », dit-il, « les chiffons rouges des gouvernants ». A la peine pour sauver le modèle social français, ils se rattrapent, en quelques croisades à peu de frais au nom de valeurs incontestables, que rien ne menace. On pourrait, ajoute t-il, se limiter aux règlements administratifs pour juguler la burqa, et se contenter du mépris pour défendre le drapeau. Et l’éditorialiste du Journal du Dimanche de rappeler, à l’intention de Michèle Alliot-Marie, un mot de Flaubert expliquant « que tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de crottes, qu’il est temps de n’en plus avoir du tout ». Je ne sais pas si disant cela l’auteur de « Madame Bovary » envisageait une gouvernance mondialisée de la planète, avec la terre pour seul emblème. Je sais en revanche, que mon confrère Askolovitch est assez honnête, pour changer d’opinion, ou accepter un point de vue contraire. Je me souviens pour ma part du drapeau à croix gammée flottant sur le Palais-Bourbon, le Trocadéro, les Champs-Elysées, et la tristesse des Français qui les voyaient. Je me souviens ici, du bonheur retrouvé en 44, avec à tous les balcons, les drapeaux alliés, marquant les libertés démocratiques restaurées. Je me souviens enfin des 101 façons de se torcher le cul, qu’évoquait si plaisamment Rabelais dans « Gargantua »… (avec de la sauge, du fenouil, de la marjolaine, du foin, de la laine, des rideaux, un bonnet, un chat !... Et même un cachelet de velours emprunté à une damoiselle dont la mollice de la soie, lui causait une volupté bien grande…). Bref, cher Claude Askolovitch, on peut penser ce qu’on veut de la façon dont les chiards et les foirarts d’aujourd’hui, se torchent le derrière, mais il est bon que la loi de la République ne permette pas de le faire avec son drapeau, d’une 102ème et scandaleuse manière. D’ailleurs, les promoteurs-animateurs du concours de la plus belle photo politiquement incorrecte, auraient-ils récompensé un candidat, s’essuyant les fesses avec le drapeau d’une dictature d’aujourd’hui ? Je veux bien changer d’opinion… Mais avec qui ? disions nous en commençant avec Tristan Bernard. Avez-vous changé, auditrices, auditeurs, d’Inter, sur le principe de précaution… Appliqué aux avions, après une éruption volcanique, ou aux maisons du Littoral, après une inondation, voire aux infections redoutées après la découverte d’un virus de la grippe, particulièrement diabolique… Claude Imbert et Franz-Olivier Giesbert en sont bien revenus ce matin, dans Le Point, mais pas Bernard-Henri Lévy, ce qui prouve qu’il peut y avoir chez les journalistes d’une même rédaction, divergences. Sur par exemple le principe de précaution que Claude Imbert appelle « délire de précaution »… « Les voyageurs victimes du volcan islandais et de ses cendres comme les vaccinés de la grippe A font grimper la polémique contre l’empire de la précaution. A elle seule, la réaction de l’Etat à la tragédie de Xynthia est plus convaincante. Le pouvoir y aura, de prime abord, imposé aux victimes des mesures insupportables. Après quoi il dut en rabattre, invoquer un « malentendu », et consentir en fait une volte-face. La péripétie invite à méditer deux vices de l’actuelle gouvernance : une démesure du principe de précaution. Et la précipitation exécutive d’une présidence bien réactive mais outrecuidante ». Quant à Franz-Olivier Giesbert sous le titre : « Dormez bien, les petits !», il renchérit : « Pour une fois, Nicolas Sarkozy n’y est pour rien ou presque. Imaginons les cris d’orfraie dans le pays si le gouvernement avait été moins raide dans l’affaire du nuage. L’idéologie précautionniste fait désormais partie de notre patrimoine national et génétique. Le jour viendra bientôt où il nous sera interdit, sous peine d’amende, de sortir de chez nous sans casques à boulons, pour se protéger dans la rue contre les chutes d’ardoises ou de pots de fleurs ».

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