Bonjour à tous… « Quand les carrières remplacent les caractères. Quand les « people » remplacent le peuple. Que reste-t-il de la politique et du sens de l’Histoire ? » C’est Régis Debray… l’écrivain, le philosophe, le médiologue Régis Debray, qui posait cette question brûlante, hier, dans la rubrique « Débats » du journal Le Monde. J’en ai souligné quelques extraits au stylo-feutre, avant de détacher toute la page pour la classer et soigneusement la conserver. Et j’ai bien fait, puisque ce matin, la réflexion de Régis Debray est prolongée par Mathieu Lindon dans « Libération », Bruno Frappat dans « La Croix », et Alain Gérard Slama dans le « Figaro-Magazine » pour ne citer que ces trois-là. Slama, regrette les duels médiatiques d’autrefois. Frappat, l’époque où face caméra, Charles De Gaulle parlait à tous les Français et leur disait ce qu’il voulait dire, et pas ce qu’on voulait entendre ! Mathieu Lindon, lui, s’enhardit dans « Libération » avec cette interrogation : faudra-t-il au mois d’avril voter Tom ou Jerry ? Choisir le chat, ou la souris ? Pour Maurice Srafran et Serge Maury de « Marianne », c’est tout choisi. Ce ne sera pas Tom, décrit comme le grand méchant qui va, selon Marianne, nous pourrir à tous la vie. Si Sarkozy gagne, s’écrie en effet, l’hebdomadaire de Jean-François Kahn aujourd’hui, et s’il applique son programme, ce sera la fracture sociale, vue de Neuilly-sur-Seine et la méthode Chirac, en mieux, plus fine, plus rapide, plus moderne. Avec Jaurès et Blum en appui. Et Bayrou, me direz-vous, vous oubliez Bayrou. Mais que non pas ! Il est le troisième homme militant de la social-économie, auquel Le Parisien, accorde ce matin autant de place, qu’à Lionel Jospin qui revient au Parti socialiste, pour barrer la route à Nicolas Sarkozy. Bayrou, salue Jean Peyrelevade, dans Le Parisien ce matin, Bayrou, Jean Peyrelevade qui, faut le rappeler a dirigé le cabinet de Pierre Mauroy autrefois, avant de redresser le Crédit Lyonnais… Bayrou, explique Jean Peyrelevade, Bayrou, c’est l’anti-démagogie. Les autres, les autres candidats enfilent des promesses comme des perles. Mais ce n’est pas parce qu’on remet de la peinture sur les murs, qu’on change la construction de la maison. C’est toujours Jean Peyrelevade qui parle. Moi, dit-il, j’attends toujours que soit tenu à gauche un discours de gouvernement. Et on revient à la question… le chat ou la souris ? Dans « L’Humanité » aujourd’hui, Pierre Laurent plaide, pour Marie-George Buffet. Pourquoi pas elle, écrit-il, avant de féliciter la candidate communiste, d’avoir obtenu, à Marseille, l’appui de Monsieur Oskar La Fontaine, l’ancien Président du SPD allemand. La gauche a dit celui-ci, la gauche ne doit pas perdre son fil rouge. Et l’éditorialiste de « L’Humanité » renchérit aujourd’hui… Il faut élire la gauche, pour qu’elle change la vie. On veut étouffer la voix de Marie-George Buffet, mais il reste dix semaines, avant le scrutin, et le peuple, le peuple… n’a pas dit son dernier mot. Le peuple… voyez on y revient. Largement même, avec la magnifique page 20 du journal « Le Monde », daté vendredi 23 février. Quand les carrières remplacent les caractères, et les people remplace le peuple, que reste-t-il de la politique ? Extrait du point de vue de Régis Debray. « Ce n’est pas un sort enviable que monter à 23 ans dans une voiture avec chauffeur pour n’en plus sortir jamais. L’ENA, le stage en préfecture. Puis droit sur l’Elysée. Parachutage dans une bonne circonscription. Là, on laboure un minimum. Le petit blanc au zinc, le marché le dimanche. Et puis l’Assemblée, un petit ministère, et sitôt après le fauteuil en région ou en département. Ces états de service bien enchaînés font assurément une carrière (à gauche ou à droite), rarement un caractère. Raymond Aron plaignait, il y a trente ans, les cerveaux présidentiels qui ne savaient pas que l’histoire est tragique. Ceux qui ignorent que l’histoire est, tout simplement, l’histoire, vont requérir encore plus d’indulgence. La grande Histoire avec un grand H serait-elle sortie de l’écran radar d’un Hexagone chloroformé ? Travail, famille, régions ? L’inconsistance des prises de position internationale des recordmen ou recordwomen en piste a de quoi inquiéter. Et Régis Debray de soupirer sur ces leaders, candidats à l’élection présidentielle, qui n’ont plus le loisir, ni d’aller au théâtre, ni de flâner dans les librairies. Trop de candidats du « moi je » selon lui, qui naviguent à vue, sur un océan de sondages. Trop de Narcisses, impressionnés par la télé, et pour qui la philosophie s’arrêterait à Bernard Henri Lévy, et la littérature à Christine Angot et Jean d’O. Jean d’O, c’est comme ça qu’on appelle Jean d’Ormesson à Saint-Germain des Prés. Et le médiologue de rappeler que derrière un Alexandre comme le notait De Gaulle, il y avait un Aristote… Et derrière une politique, des perspectives ! « Aujourd’hui, insiste-t-il, la mise à plat des évènements hachés menu au « 20 heures », ruine autant la géographie que l’histoire. On navigue à vue, sans carte, sur un océan de sondages démonté. L’ennui n’est pas qu’il y ait cent, cinquante, ou cinq cents propositions, mais que ces douceurs promises ne convergent vers aucun horizon définissable. Ce congé donné par la dictature du fait divers aux longues durées fournit du travail à des sondeurs, mais pas à des historiens. Les fonctionnaires de la totalité, en chômage technique, ont de bonnes excuses pour décrocher. Et les antitotalitaires, pour exulter. Rappelons-leur avant de leur dire bonsoir, cette évidence première, nous faisons partie d’une nation, comme les êtres humains font partie de l’humanité, mais nous le faisons qu’en mémoire et en espérance. Et voici la conclusion du philosophe qui remercie Chirac, de nous avoir évité, la honte de la guerre en Irak, avant d’écrire, que Ségolène est une dame de cœur. Seulement voilà, ajoute-t-il… « Les bons sentiments ne font pas forcément les bons gouvernements, les mauvais non plus d’ailleurs… Et il ajoute… Troublant, hein, ce glissement du personnel politique à droite. On aura bientôt en France, un parti démocrate à l’américaine… et une queue de comète gaulliste, avec un parti libéral comme il faut… C’est dommage que la gauche de gauche, celle qui ne se contenterait pas de citer Jean Jaurès, Léon Blum ou Pierre Mendès France, rappellerait ce qu’ils ont dit et écrit, c’est dommage que cette gauche-là n’ait pu se donner un candidat unique. » Et Debray de se démasquer en expliquant qu’au finish, par fidélité, il va voter Ségolène, ou peut-être, si cela arrive François Bayrou… Le tracteur, contre le karcher… Contre la révolution conservatrice. Et voici sa chute en trois mots : faut-il dramatiser ? « Oh, soupire Debré, vu ce qu’il reste en France, de pouvoir au pouvoir politique, et en Europe de marge de manœuvre à la France… peut-être pas. Un ballet de papillons dans la cour de l’Elysée ne déclenchera jamais un cyclone. Encore deux bonnes lectures, pour la route, puisqu’il paraît que vous revenez de vacances, sur des routes embouteillées, heureux français. Bruno Frappat dans « La Croix »… trouve que le futur, présenté à la télé est sacrément limité. Il écrit… « Prenons les fameux « panels » de Français « représentatifs » que l’on met en présence des candidats à l’élection présidentielles sur TF1. Ce sont de très braves gens, comme vous et moi. Ils ont des têtes sympathiques et diverses, ils ont un trac épouvantable et les plus agressifs sont tout intimidés, à l’antenne. Certains lisent leurs « questions », copiées sur des morceaux de papier qui tremblent au bout des mains. Ils se lèvent pour parler, comme de bons élèves. Ils disent leurs soucis, normal : niveau de vie, retraites, emploi, sécurité, logement, école. Mais encore ? Rien, rien. Parce qu’ils sont effleurés par les nouvelles du vaste monde, qu’ils n’évoquent jamais. Ils ne posent pas de questions sur lui. Ils sont comme confinés, insulaires. Quant aux candidats, priés de répondre aux questions posées, n’ont même pas la possibilité de faire ce que fit drôlement de Gaulle quand il lança un jour, en conférence de presse, la pirouette célèbre : « Je crois qu’on m’a posé une question sur… » Mais face à de Gaulle, conclut Frappat, on n’eut jamais l’idée, le front, le toupet, de placer un « panel » revendicatif et intimidé. De Gaulle parlait à tous les Français. Alors que faire, allez-vous me demander ? Eh bien, Alain Gérard Slama dans le Figaro Magazine aujourd’hui, donne une idée : Peut-être dit-il, faudrait-il réveiller l’esprit des duels d’autrefois… à la télé et à la radio… mais il faut changer la règle absurde, celle qui ne permet pas aujourd’hui aux candidats de se retrouver parce qu’il faudrait qu’ils se retrouvent tous… Alors le duel, il est dans le Figaro-Magazine D’ailleurs… C’est François Fillon face à Jean-Marc Ayrault… Le premier ministre envisagé de Nicolas Sarkozy contre celui de Ségolène Royal… Ils disent ce qui sera peut-être fait au mois de mai…

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