Tourner la page… ou pas.

Le livre ne sera mis en vente que demain, mais il pointe déjà en tête des meilleures sur le site Amazon... Et face à la demande, certains libraires le proposaient sur leurs présentoirs dès hier... C'est donc ce qui s'appelle un lancement réussi, et son auteur s'en félicite dans LE JOURNAL DU DIMANCHE ... "Je ne peux pas dire, confesse-t-il, que ce n'est pas une grande satisfaction. " Cet auteur, vous l'avez reconnu : c'est Nicolas Sarkozy, pas peu fier de voir l'intérêt provoqué pas son texte, "La France pour la vie"... Les bonnes feuilles ont paru cette semaine dans LE FIGARO ... Ce soir, il sera l'invité de "7 à 8" sur TF1... Puis, dès la semaine prochaine, il commencera des déplacements pour des séances de dédicaces... Et ce matin, dans LE JDD , nous avons donc ses confidences... Pourquoi ce livre et pourquoi tant de si étonnants "mea culpa" ? L'ancien chef de l'Etat récuse l'expression : "Ce n'est pas un 'mea culpa', c'est beaucoup plus important que ça, oui - c'est un retour d'expérience." "Et puis, à quoi bon faire un livre si vous ne dites pas des choses personnelles" , ajoute-t-il en précisant que les journalistes le voient bien plus fort qu'il ne l'est... Fendre l'armure, en somme, montrer qu'il est capable de reconnaître tout en esquissant les bases d'un futur programme, sur la fiscalité, l'immigration, le temps de travail... Mais, dit-il, "ce n'est pas une déclaration de candidature, je ne cherche pas à convaincre, je chercher à expliquer. Expliquer la complexité des sentiments et des événements." Ce bouquin, il l'a commencé cet été, et bouclé lors des fêtes de la fin d'année... "Des livres, certains en font trois... Franchement, je les admire... C'était déjà tellement difficile d'en écrire." Allusion, même pas voilée, aux trois ouvrages programmatiques qui doivent jalonner la campagne d'Alain Juppé. D'ailleurs, à plusieurs reprises, il évoque Juppé dans le siens. Notamment en révélant que c'est lui, Nicolas Sarkozy, en tant que président de la défunte UMP, qui avait réglé les frais d'avocat d'Alain Juppé lors du procès des "emplois fictifs" ... A l'heure de l'affaire Bygmalion, le message est on ne peut clair, souligne le journal. Comprendre : au jeu des boules puantes, tout le monde a des munitions... Et quand on lui parle des sondages, il rappelle l'épisode Chirac-Balladur... Le favori battu par son meilleur ennemi. D'ailleurs, dans le jugement sévère que portent sur lui les Français, Nicolas Sarkozy voit une raison d'espérer... Et pour le montrer, il emploie une troublante métaphore : "Vous savez, dans un couple qui divorce, s'ils continuent à s'insulter, c'est au fond qu'ils s'aiment encore... C'est que la page n'est pas tournée." Et aujourd'hui, il veut donc croire que "la page n'est pas tournée" . C'est le titre à la Une de l'hebdomadaire.

Et puis, dans le même temps, à gauche, il en est certains qui espèrent écrire maintenant une nouvelle page... Notamment avec des primaires. Et dès maintenant, ça s'organise, nous explique LE JDD ... 500 militants associatifs et syndicaux, ex du Front de gauche et écolos lancent ce dimanche un comité et même une collecte de fonds afin d'organiser le vote... Et un premier débat aura même lieu le 3 février, à la Bellevilloise à Paris, en présence de tous ceux qui avaient signé l'appel à une primaire à gauche : Thomas Piketty, Romain Goupil ou encore Daniel Cohn-Bendit...

Sachant que l'actuel ministre de l’Économie pourrait se lancer lui aussi. Non pas dans la primaire, mais dans la course à la présidentielle. C'est en tout cas ce que croit savoir Marc Endeweld qui, dans MARIANNE , nous explique que l'ancien chouchou de François Hollande attend « le moment opportun » pour faire part de ses intentions. « Ancien » chouchou car aujourd'hui, le vent aurait tourné, et les intimes du président de la République parlent d'Emmanuel Macron en des termes assez peu élogieux : il ne serait qu'une « chimère » , juste « un acteur de cinéma, pseudo-intellectuel mais ultra-narcissique et incapable de porter un projet collectif » . Et, de fait, il aurait donc un projet très personnel : l’Élysée, dès 2017. Et pour ce faire, ses proches le poussent même à quitter au plus vite le gouvernement et à se déclarer d'ici trois mois. En attendant, le jeune ministre cultive ses réseaux : chercheurs, entrepreneurs, essayistes, écrivains, son bureau ne désemplit pas et il compte déjà le soutien d'un mécène en mesure de financer sa campagne : l'industriel Henri Hermand, 91 ans, soutien de longue date de ce qu'on appelle « la deuxième gauche ». Reste le problème du parti. Il n'est pas au PS et ne dispose, dès lors, d'aucun maillage territorial. « Mais la situation politique est tellement plastique qu'il peut parfaitement l'emporter sur un coup de poker » , note le politologue Gaël Brustier qui rappelle qu'en 2011, Montebourg, « avec 20 mecs efficaces, a fait 17% à la dernière primaire. Alors, dit-il, avec 300 mecs efficaces dans toute la France, pour Macron, tout est possible ! »

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Du reste, dans LE MONDE , vous lirez qu'au sommet de Davos, le ministre a multiplié les interviews sur les chaînes internationales et les rencontres avec les grands argentiers de la planète, chez qui il a une cote d'enfer.« L'élite de la finance atteinte de macronite » , s'amuse le quotidien, qui évoque également ses nouveaux propos polémiques à propos des 35 heures. A ses yeux, la réforme du droit du travail va, de facto, y mettre fin. Mais à l'Elysée, tout comme d'ailleurs au ministère du travail, on rétorque qu'il prend ses rêves pour la réalité. Pour l'heure, donc, pas question de tourner la page des 35 heures.

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Tourner la page, c'est également ce que souhaiterait pouvoir faire les familles des passagers disparus dans l'avion de la Malaysia Airlines il y bientôt deux ans. C'était dans la nuit du 7 au 8 mars 2014, et le quinzomadaire SOCIETY nous propose une longue enquête, une très longue enquête sur ce qui apparaît comme le plus grand mystère de l'histoire de l'aviation. Car on ne sait toujours pas ce qu'il est advenu du vol MH370, qui devait relier Kualu Lumpur et Pékin. Pourquoi l'avion a-t-il changé de vol sans prévenir ? Et pourquoi les autorités n'ont-elles pas réagi quand elles s'en sont rendu compte ? Pourquoi n'a-t-on retrouvé aucun corps ? Et quel était le chargement que l'appareil convoyait en plus des passagers ? On a dit qu'il s'agissait de mangoustans, un fruit exotique semblable au litchi. Mais ce n'était pas la saison. Il n'y a pas de mangoustan en mars. Y a-t-il eu une attaque terroriste ? Une panne ? Une erreur du pilote ? Un détournement de la Chine afin de récupérer des armes ? Ou bien est-ce les Américains qui ont abattu le Boeing comme un vulgaire missile ennemi ? Cette dernière hypothèse, on l'a lue, notamment, sous la plume de l'écrivain Marc Dugain – lui aussi a mené l'enquête et pointé des « zones d'ombre » entretenues, selon lui, tant par les autorités malaisiennes que par les services de renseignement étrangers. Alors que nous cache-t-on, comme aiment le dire les complotistes ? Alors qui nous cache quoi ? Série de questions sans réponse qui laissent aujourd'hui les familles des 239 passagers qui avaient embarqué sur le vol dans le désarroi le plus total. Hier, on a appris qu'un débris métallique d'avion avait été retrouvé au large de la Thaïlande... Voilà qui va sans doute relancer les spéculations...

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Le désarroi, c'est également ce que ressentent les ex-ouvriers du site Goodyear d'Amiens condamnés le 12 janvier dernier. Désarroi, colère, amertume. Tout compte fait, le terme écœurement est sans doute le plus adapté. Huit hommes condamnés à 15 mois de prison, dont 9 fermes, pour avoir participé à ce que la justice qualifie de « séquestration » du directeur et du DRH de l'usine. Ces anciens salariés témoignent dans L'HUMANITE DIMANCHE . « Le plus dur, dit l'un, ce n'est pas pour moi, mais pour ma femme et puis pour mes enfants. » Un autre : « Imagine ce que ça fait pour un gosse à l'école quand on lui dit 'Ferme-là, ton père est en prison ! » Tous disent qu'évidemment, ils ne méritaient pas un jugement si sévère. Contrairement aux patrons, qui ont fermé le site, tandis qu'eux n'ont fait que défendre leurs emplois. L'impression d'une grande injustice et la certitude qu'il s'agit d'une décision politique. Une condamnation pour l'exemple et pour mettre une chape de plomb sur le monde ouvrier – museler toute contestation. Et l'hebdomadaire d'épingler le vrai bilan de la fermeture : plus d'un millier de licenciés, puis douze décès dont trois suicides. La violence sociale, elle est là, explique le journal. Même point de vue pour POLITIS , qui revient sur les conditions de travail des salariés de Goodyear à Amiens. Des cadences infernales, surmenage, dépressions et les dernières années, la fréquence des accidents qui bondit de 130%. Quant au jugement du 12 janvier, de la prison pour séquestration, un historien souligne que c'est une première dans notre histoire sociale. Et à ses yeux, ce n'est rien d'autre qu'une criminalisation de l'action syndicale.

Dans la presse, on notera aussi ce joli titre du PARISIEN : "Les Français kiffent leurs keufs "... 83% des personnes interrogées ont une bonne opinion des forces de police, et c'est nettement plus que l'an passé.

Et puis, deux hommages dans LE JDD ... Hommage de Tahar Ben Jelloun à Edmonde Charles-Roux... Et hommage de Bernard Pivot à l'écrivain Michel Tournier... Tous les deux sont morts cette semaine, et sans doute est-ce l'occasion de lire ou relire leurs livres... Lire ou relire ce qu'ils ont écrit sur leurs pages.

La revue de presse du dimanche 24 janvier

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