Il s’appelle Klaus Vogel, il a 60 ans, il est Allemand et pendant des années, il a fait le même cauchemar : un homme à la mer à qui il tend la main.

Son regard est empli d’effroi, mais impossible de l’agripper, sa main ne cesse de glisser et il n’est que le premier d’une longue farandole de naufragés désespérés qui tentent de flotter. Puis les plus éloignés disparaissent progressivement. « Je n’ai pas pu attraper le premier, et finalement ils sont tous morts », raconte Klaus Vogel dans les colonnes de SOCIETY.

C’est il y a 25 ans que, pour la première fois, il a fait ce cauchemar-là. A l’époque, il est lieutenant sur un cargo et la veille, son capitaine a refusé de prendre la route qu’il avait tracée – la route pourtant la plus rapide, la route pourtant la plus logique.

Mais non, il n’avait pas voulu, au motif qu’elle passait près des côtes du Vietnam et qu’ils risquaient donc de croiser des boat people en détresse. Klaus a donc obéi, tracé un autre itinéraire. Puis le soir même, il faisait le cauchemar de l’homme à la mer à qui il tend la main.

C’est le cauchemar de la mauvaise conscience

« J’étais prêt à participer à des sauvetages, et l’équipage aussi je crois, et c’est simplement par souci économique qu’on a fait un détour : au moins, on était sûr de ne pas croiser un boat people en difficulté qui nous aurait retardé. Mais, poursuit-il, cette idée de perdre du temps, et donc de l’argent parce que l’on sauve des hommes, du point de vue moral, c’est incompréhensible. On ne perd pas du temps dès lors qu’on gagne des vies ! »

Lui en a gagné, des vies. Il a sauvé des milliers de vies.

Et c’est pour cette raison que le quinzomadaire dresse son portrait sur trois pages. Décidant de faire le boulot dont l’Europe et les politiques se sont, en somme, lavé les mains, l’ancien responsable de la marine marchande a fondé, il y a deux ans, SOS MEDITERRANEE. Une ONG dont le patrouilleur baptisé L’Aquarius, vient en aide à ceux qui ont eu la malchance de naître du mauvais côté de la mer.

L’Aquarius a déjà récupéré près de 20.000 naufragés au large des côtes libyennes, et depuis ces missions de sauvetage, Klaus Vogel ne fait plus le cauchemar qui l’a hanté durant plus de 30 ans. Plus de cauchemar, mais ce sont les témoignages des rescapés qui l’empêchent désormais de dormir. Il a donc décidé de passer le relai. Il a transmis à d’autres les rennes de l’ONG et de son projet Aquarius. « Pour moi, aller plus loin serait aller trop loin », dit-il.

Et l’on songe alors à cette parole du Coran qui, du reste, est également un proverbe juif : « Celui qui sauve une vie sauve l’humanité entière. »

Humanité, un mot qu’on retrouve ce matin dans le dossier de LIBERATION. Dossier précisément dédié à la politique migratoire et à l’accueil que l’on réserve aux réfugiés dans l’Hexagone. Or, selon le quotidien, on se retrouve aujourd’hui devant une contradiction. Contraction dans les discours.

D’un côté, Emmanuel Macron a lancé hier à Bruxelles que la France devait accueillir des réfugiés : « C’est notre devoir et notre honneur ». « Les accueillir, c’est notre honneur » : citation que le journal met en Une ce matin. Mais de l’autre côté, le même jour à Calais, en visite dans la ville où butent les migrants cherchant à rallier l’Angleterre, le ministre de l’Intérieur s’est borné à soutenir ses forces de police, en précisant que « Pour avoir une grande humanité, il faut une grande fermeté. On ne peut pas accueillir avec humanité lorsque tout à coup, on a un afflux migratoire considérable. » Puis il a ajouté que les associations d’aide aux migrants dans la région, « feraient mieux de déployer leur savoir-faire ailleurs ».

Il faut mettre des actes en face des valeurs de Macron

« Empêcher les associations humanitaires d’apporter une aide, c’est choquant », commente Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme. « Il faut mettre des actes en face des valeurs de Macron », estime de son côté Pierre Henry, le directeur de France Terre d’Asile, qui suggère la construction de centres de premier accueil. Avec Gérard Collomb, c’est « la fermeté sans l’humanité », résume LIBERATION, dans l’édito duquel Johan Hufnagel décrit ce qu’il appelle « le virus de Calais ». Un virus qui « se répand depuis quinze ans place Beauvau ».

« En 2002, écrit-il, l’impétueux ministre d’alors, Nicolas Sarkozy, décide, par humanité, de fermer le hangar de Sangatte, à 10 kilomètres de Calais, où les réfugiés, fuyant pour la plupart la guerre du Kossovo, s’entassent dans des conditions très difficiles. En 2009, Eric Besson se piquera lui aussi d’en finir avec ce qui est devenu une ‘jungle’ de réfugiés afghans, iraniens, soudanais. Puis ce sera au tour de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve de vendre aux Français et aux Calaisiens des solutions miracles et locales pour en finir, au nom de l’humanité. Voilà donc le nouveau ministre atteint par le virus, mais on peut lui reconnaitre au moins une qualité : lui ne pique pas d’humanité, il laisse ça au chef de l’Etat. »

Le symptôme du "et en même temps"

Et l’éditorialiste voit là le symptôme d’un autre mal de notre époque. C’est le symptôme du « et en même temps » : Emmanuel Macron qui appelle au devoir de la plus grande humanité, et en même temps Gérard Collomb qui demande aux associations d’aller se faire voir ailleurs. Alors, certes, « un communicant nous expliquera sans doute que les deux positions ne sont pas opposées, et que mieux accueillir les personnes à bout de force ne passe pas par des camps de fortune et des conditions de vie précaires ».

Mais le fait que pour l’instant, personne ne gère l’urgence. Et Hufnagel conclue que, sur ce dossier-là, « on se dit que le nouveau monde commence furieusement à ressembler à l’ancien : de la poudre de perlimpinpin. »

D’autres sujets politiques dans les journaux ce matin

Séminaire de travail pour les nouveaux députés de La République en Marche. Ils vont rencontrer le Premier ministre Edouard Philippe aujourd’hui. « Les marcheurs reçoivent leur feuille de route », titre LE FIGARO.

Conseil national du Parti Socialiste. Les élus vont devoir trancher la question du soutien au président de la République. Interview de Jean-Christophe Cambadélis dans LIBERATION. Premier secrétaire démissionnaire, il prône un PS collégial, force d’opposition entre Macron et Mélenchon. Citation du monsieur : « Le PS n’est pas mort, c’est sa force propulsive qui l’est. » La force propulsive du Part Socialiste est morte. Je vous laisse réfléchir à ça.

Et puis, de son côté, AUJOURD’HUI LE PARISIEN nous parle fiscalité : « tout ce qui va changer pour vous », c’est le titre à la Une. Impôt sur le revenu, CSG, taxe d’habitation, le quotidien détaille les réformes prévues par le chef de l’Etat. Réformes qui, dit-on, doivent favoriser en priorité ceux qui contribuent à la croissance et à l’emploi. Les salariés comptent parmi les gagnants, avec des fins de mois qu’on annonce plus facile. Mais il y a des perdants : les gros propriétaires terriens, et puis les retraités aisés.

Claquettes-chaussettes

La nouvelle tendance vestimentaire du moment, c’est une tendance qui inquiète les experts de la mode : je veux parler de la tendance des ‘claquettes-chaussettes’ ! Le fait de porter des chaussettes dans des sandales en plastique. Juste un truc de touriste allemand, pensait-on jusque-là, mais depuis quelques temps, le phénomène a, paraît-il, gagné une partie de la jeunesse.

« Alerte, déferlante de claquettes-chaussettes dans les lycées français », relevait récemment LIBE. « L’association claquettes-chaussettes, non, ce n’est pas une faute de goût », titrait de son côté L’EXPRESS. Et, cette semaine, une page entière dans LES INROCKUPTIBLES, qui reviennent sur les origines de cette étrange pratique : en l’occurrence, un morceau de rap signé Alrima, dans lequel il affirme que « même en claquettes, on est bien sapés ». En un peu plus d’un mois, son clip a dépassé les 2 millions de vues sur YouTube et voilà comment se lancent les modes : désormais, la ‘claquette-chaussette’ ne serait plus un ‘fashion faux-pas’.

Enfin, je ne saurais trop vous conseiller de lire le supplément que LE FIGARO consacre à ceux qui ont développé des initiatives pour améliorer la planète : « 35 projets pour changer le monde ». Au Honduras, des jeunes défavorisés formés, dans leur propre village, à devenir chefs d’entreprise. En Algérie, des femmes au foyer qui apprennent l’apiculture. Ou bien alors, en France, un éditeur qui révolutionne le marché du livre, en vendant, aux plus défavorisés, via les écoles, des livres pour enfants à 80 centimes d’euro.

Ces gens-là changent des vies. Ces gens-là sauvent des vies. Donc l’humanité toute entière.

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