Bonjour à tous… Ce n’est pas la première fois qu’un Président de la République appelle directement un journaliste pour lui parler. Mais d’habitude, rien n’est révélé. Pour deux raisons. Quand on vous appelle de l’Elysée, ce n’est pas forcément pour vous complimenter. Et si cela était, mieux vaut ne pas trop en faire publicité, car on aurait vite fait de vous accuser de connivence et de complaisance pour le pouvoir en place. C’est dire, qu’il y a quelque chance pour que la classe politique et la classe médiatique se précipitent aujourd’hui sur l’hebdomadaire MARIANNE, invité l’autre jour, contre toute attente, à l’Elysée, pour boire un pot avec Sarko. La relation de l’événement est assurée par Nicolas Domenach et Maurice Szafran, sur trois pages du magazine, que dirigeait, il n’y a pas si longtemps, le journaliste-philosophe Jean-François Kahn. JFK avait été autrefois, invité lui aussi à converser à l’Elysée avec Giscard, et même avec Pompidou qui lui avait dit : « Ah, Monsieur Kahn, on voit quand on vous lit, que vous ne nous aimez pas beaucoup. Mais au moins, c’est intelligent ». Bis repetita, avec Domenach et Szafran qui racontent d’emblée cette semaine, leur entretien plutôt musclé avec un Nicolas Sarkozy assez remonté, lui aussi. « Pourriez-vous venir voir le Président ? Ca fait longtemps que vous ne vous êtes pas parlés ». Voilà, écrivent mes deux confrères, une proposition qui ne se refuse pas… même si elle mérite réflexion. Car l’invitation est piquante pour les responsables d’un journal qui a battu ses records de vente en titrant : « Putain… quatre ans ! ». Et le couple Domenach-Szafran d’expliquer : "Nicolas Sarkozy n’a aucune chance de nous retourner, il le sait. Vingt ans qu’on se connaît, qu’on débat, qu’on combat. Vingt ans que face à nous quelquefois, il a fait le dur, mais on se respecte. La dernière fois qu’on s’était vus, c’était au début de la campagne présidentielle. La rencontre avait été virile, nous étions pour lui en effet les représentants « d’une presse fascisante ». Je pourrais à ce stade, vous laissez seuls lire la suite, mais à quoi bon vous faire languir. Florilège des propos glanés par mes deux confrères lors de ce café improvisé à l’Elysée. Sarko est assis sur le canapé, dans son bureau. A sa droite, la photo de Nelson Mandela, à sa gauche une petite statue de la Liberté et derrière nous, disent les journalistes, en face de lui, sur la cheminée, un portrait de Carla Bruni. Tout commence bien. Pas un mot sur la presse pourrie, la presse qui ne comprend rien. Mais au contraire, des félicitations aux confrères pour la bonne santé financière de leur hebdomadaire. Sarko dixit… « Je suis heureux de contribuer à votre prospérité ». Et dans un sourire jugé carnassier par les responsables de MARIANNE… « La presse écrite va mourir. Je ne serai pas toujours là pour vous faire vivre ». Et le Président de la République de mettre le doigt sur les modes de financement de la presse française, obsolètes selon lui, avec des circuits de distribution hors de prix, des déficits insoutenables, des kiosques, de plus en plus de kiosques fermés… alors qu’à l’étranger, il suffit de tendre le bras pour trouver un journal ». « Quand j’étais gosse, insiste Sarkozy, (avant d’indiquer qu’il va bien falloir mettre sur pied bientôt les états-généraux de la presse et qu’il va s’en occuper). Quand j’étais gosse, on trouvait des journaux à tous les coins de rue, maintenant c’est un cauchemar ». La suite est plus politique. Je n’en détacherai que deux propos, manifestant d’un Président super-confiant malgré les sondages, malgré ce qui s’écrit, malgré tout ce qu’on dit. La preuve ? « Jamais, dit Nicolas Sarkozy à Domenach et Szafran, jamais il n’y a eu dans notre pays un Président qui en ait tant fait et qui au bout d’un an, bénéficie d’une situation aussi favorable que la mienne ». Commentaire des confrères : « Sa modestie est inoxydable. De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, devaient être des rois fainéants ou alors impuissants ». « Mais tout de même, Monsieur le Président, vous avez perdu les élections Municipales ? ». « Mes pauvres amis, elles ont été perdues, comme vous dites, par l’UMP à 2,5 %. Quand le britannique Gordon Brown a chu de 20 %. Romano Prodi de 9 % en Italie et que l’espagnol Zapatero est dans le trou. Tous les Chefs d’Etat s’écroulent dans les sondages, alors que les plus mauvaises enquêtes d’opinon pour moi, sont à 40 % favorables. C’est supportable. La France n’est pas paralysée, elle me laisse gouverner. Avec 64 réformes en cours… le pays devrait être bloqué. Je suis le seul Président qui refuse de s’enfermer à l’Elysée. Deux déplacements par semaine, quand Chirac et Raffarin, s’étaient déjà mis aux abonnés absents. » J’en viens à la conclusion de ce dialogue ping-pong, entre un Président qui ose, et les deux journalistes qu’il n’a visiblement pas aveuglés. « C’est dingue, hein, leur a-t-il dit à propos de son mariage… Quand les Présidents de la République française avaient des maîtresses, les médias se taisaient. Aujourd’hui, 78 livres me sont consacrés. On fait de moi une légende ! Mais j’ai 53 ans, et contrairement à mes prédécesseurs, j’ai un vrai métier, que je pourrai reprendre un jour. Je serai encore jeune. En attendant, j’ai été mandaté par les Français, pour piloter. Pas pour prendre la place du mort dans la voiture ». Fin de citation. Voilà, c’était la surprise du chef. Il y en a d’autres… à propos de Nicolas Sarkozy. Hier en effet le Chef de l’Etat était en Angola, pays pétrolier, ô combien pétrolier, et si j’en crois LE MONDE d’aujourd’hui, rien ne va plus entre l’ex-colonie portugaise et le Président Santos de l’Angolagate, avec lequel, avant le procès des ventes d’armes, prévu en France, à l’automne prochain, Nicolas Sarkozy a renoué le contact. 5 heures d’entretien, 17 heures d’avion. Surprise aussi, mardi prochain, Nicolas Sarkozy répondra en direct aux auditeurs d’une radio généraliste voisine. Sur RTL, prévient ce matin LE PARISIEN. Mauvaise surprise enfin, pour le revuiste de presse de France Inter. D’ordinaire, on m’adresse L’EXPRESS à titre gracieux en trois exemplaires. Ce week-end, rien. J’ai du emprunter L’EXPRESS au rédacteur en chef de France Inter, Henri Charpentier. Et j’ai compris, quand j’ai lu à la première page de l’hebdomadaire qu’on m’a dérobé. « Sexe ! Les nouvelles libertés des femmes ». Elles sont audacieuses, mais pas trop. Guide de leurs fantasmes… et la médecine au service du plaisir. Etc.. etc… J’ai tourné la page… Dessin de Plantu… Editorial de Christophe Barbier, sur les tyrans birmans qui ont visiblement la haine de leur peuple. Et puis, en fin de sommaire, un document sur L’EXPRESS d’il y a cinquante ans… C’était L’EXPRESS de Servan-Schreiber, François Giroud, François Mauriac, Claude Imbert , Georges Suffert, qui titrait : « De Gaulle, oui ou non ? ». Au moins c’était clair. Car comme le souligne Jacques Julliard dans sa chronique du NOUVEL OBSERVATEUR cette semaine, « on en a un peu marre, de cette France gâteuse, qui n’en finit pas de commémorer jour après jour, minute par minute, mai 1968 ». Et l’avenir alors, demande le chroniqueur du NOUVEL OBSERVATEUR. Avec tous ceux qui sans doute considèrent qu’on ne dit pas grand-chose paradoxalement du 13 mai 58 qui fut pourtant un tournant. On ne pourra pas accuser à cet égard Claude Imbert et Frantz-Olivier Giesbert. LE POINT publie en effet un numéro souvenir. Oui, mais sur la Saga des pieds noirs. Quand l’Algérie était française.. Passé, présent, futur.. En une vingtaine de pages, tout est conjugué dans LE POINT ce matin. Aujourd’hui, c’est dans les ports français, ce n’est pas en Algérie que la révolte gronde… Dur, dur, pour les pêcheurs… On le sait, l’ensemble de la presse quotidienne régionale y revient pourtant ce matin. Et vous avez encore peut-être dans l’oreille ce constat fait hier par Michel Barnier, le ministre de l’agriculture et de la pêche, qui disait au micro de France Inter : « il va falloir voir pourquoi le cabillaud vendu à la criée sur les ports français à 2,50 euros, est à 23 euros au supermarché ! ». J’en termine avec le scoop des scoops… Rimbaud… Arthur Rimbaud, qui fut poète, puis commerçant en Afrique, était aussi journaliste. Il écrivait dans le PROGRES DES ARDENNES… en 1870… des articles patriotiques contre Bismarck. C’est ce que révèle le journal LE MONDE, ce samedi. Rimbaud patriote. Elle est patriote aussi et peut-être Rimbaldienne. Elle s’appelle Anne-Marie Le Pourhiet, elle est professeur de droit public. Et dans LE FIGARO d’aujourd’hui elle écrit qu’elle ne veut pas qu’on touche au préambule de la Constitution. Elle dit même ceci : « Prenons garde à ce que l’on ne nous remplace subrepticement la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » par la trilogie «dignité, diversité, parité » et que l’emblème « bleu, blanc, rouge » ne vire subitement au « Black, blanc, beur ».

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