Bonjour à tous, S comme suspens… en français ! Comme « suspensus » en latin et comme « suspense » en anglais. Suspens, Suspense, toutes les certitudes d’une médiologie arrogante sont aujourd’hui suspendues, momentanément arrêtées, dans l’attente d’un prochain jugement. On sait qu’il va faire très chaud ce dimanche, et que vous serez très serrés sur les routes de France ce soir. Mais qui va triompher au Festival de Cannes ? « No sé », comme pourraient dire, Pénélope Cruz, et Pedro Almodovar. Qui, de Marseille ou de Bordeaux, emportera le titre de la Ligue 1, samedi prochain, puisque les Girondins ont gagné hier contre Monaco, tandis que l’OM s’imposait à Nancy. Allez savoir ! C’est l’incertitude là-aussi. Mais comme le pronostique très bien « L’Equipe » ce matin… Bordeaux patientera, et nous donc ? Suspens… et suspense également en politique française, puisque le mot dans sa version anglaise, correspond selon les dictionnaires à ce moment d’un film, d’un roman où l’action tient le spectateur, le lecteur, l’auditeur « dans l’attente angoissée de ce qui va se produire ». Attente angoissée en effet, ce dimanche, des éditorialistes des journaux autour de trois suspenses. - Qui va gagner, et sur quels scores, les très prochaines élections européennes ? - Quel sera le niveau de l’abstention ? - Et le prochain remaniement, verra-t-il entrer au gouvernement, Claude Allègre, Philippe Seguin et Richard Descoings. Oui ou non. - En 2012, François Bayrou va-t-il plumer l’électorat socialiste, le centre et fédérer tous les déçus du Sarkozysme pour mettre la pâtée à l’actuel Président de la République ? Réponse du Premier intéressé à la victoire de François Bayrou, entendez Bayrou lui-même, interrogé par Béatrice Houchard et Dominique de Montvalon dans « Le Parisien ». Je maintiens le suspens un instant, en faisant précéder quelques extraits du document, d’une lecture un peu plus réconfortante : la chronique d’Eric-Emmanuel Schmitt dans « Le Journal du Dimanche ». Elle est intitulée « J’aime l’esprit du mois de mai… » et fédère pour le coup, tous les auditeurs de France Inter. L’écrivain commence par évoquer « Le flou émollient des dimanches matins… où on se lève tard, sans réveil inaugural au terme d’un long sommeil parsemé de rêves successifs qui rend le début de la journée très incertain. Avec la mode du brunch, dans le silence de la ville », poursuit Eric-Emmanuel Schmitt, « je perds tous mes repères ». 52 fois par an, je me demande, en regardant ma montre, si nous ne sommes pas un de ces deux dimanches où l’on doit changer d’heure. La suite manque également de formes précises : promenades, lectures, cinéma, rencontres amicales, toutes les activités dominicales se nimbent d’évasion, invitent à la méditation ». Césure dans la chronique et même patatras qui vous rappellera Juliette Gréco, chantant méchamment « Je hais les dimanches » !. Eric-Emmanuel Schmitt, écrit en effet : « Seul le dimanche soir a de la consistance. Douloureux, distillant sa propre nostalgie. Il sonne son glas et me serre la gorge. Il précède le lundi matin. Bref, le dimanche est un jour qui commence confus, mais finit brutalement, comme la vie elle-même ». Dommage, hein, que les politiques, ne disent rien, de cet amour de la vie et du mois de mai, dont parlent si bien les auteurs français depuis Musset, jusqu’à Aznavour. S… comme Stupeur… C’est encore Eric-Emmanuel Schmitt qui parle comme vous, des médias et de la politique dans sa chronique. Je cite son lundi… J’évoquerai l’interview de François Bayrou, au « Parisien », sitôt après. « Je lis les journaux et découvre avec stupeur que, au rebours de ce que m’assure mon agenda, nous sommes en 2012. Qui sera candidat à la présidentielle en face de Nicolas Sarkozy ? Qui a une chance de le combattre, sinon de le dégommer ? On énumère les prétendants, Bayrou, Besancenot, Villepin, plusieurs lignes de dauphins socialistes. Je me pince pour vérifier que je consulte bien la presse politique, non un magazine spécialisé consacré aux paris et aux courses. Rien à faire. Le constat s’impose : à l’analyse des idées on substitue l’analyse des opportunités ; on remplace la discussion des projets civils par la discussion des stratégies personnelles ; on décrit la comédie des ambitieux, le vaudeville des alcôves républicaines. Certes, parfois, je ris ou je m’étonne, car certains personnages sont plaisants et quelques plumes dignes de leurs person-nages, mais je m’insurge aussi : la fiction occupe plus de place que la réalité, le spectacle de la politique l’emporte sur la politique. Du coup, je me pose une question : les Français – ou du moins les journaux français – aiment-ils la réalité ou la fiction ? Aiment-ils la politique ou l’art politique ? Bref, je me demande si la presse française, à la différence de son Président, n’est pas trop littéraire… ». Et Schmitt de conclure, sur les ponts de mai éphémères, fragiles, évanescents, qui le font descendre en son jardin, fleuri et plus éloquent que jamais. Notre cher Alain Baraton, chef-jardinier de Versailles, s’exprime joliment lui-aussi, sur les jardins exhubérants, dans les colonnes du « Figaroscope ». Qu’est-ce qu’un beau jardin, interrogeaient mes confrères… « C’est un jardin qu’on quitte à regret. Un jardin pensé, mais pas trop travaillé ». - Que faut-il faire, Monsieur Baraton ? « Y mettre au moins un arbre… L’arbre, c’est la vie, les oiseaux. On peut y jouer, y grimper, y construire des cabanes, les branches donnent de l’ombre. Il permet de marquer les saisons, puis de laisser une trace après votre mort ». - Quelles sont les fleurs incontournables ? « Elles doivent marquer l’éphémère : certaines vous donnent des regrets, car on a raté le court moment où elles fleurissent. Mais parfois, un oiseau apporte une graine, et on voit soudain jaillir une inconnue. Aussi belle, si ce n’est plus, qu’un parterre de bégonias ». A la première page de tous les journaux, hebdos cette semaine, une belle, très belle de moins en moins inconnue… Pénélope Cruz… En robe rouge dans « Le Figaro magazine ». Aura-t-elle, ce soir, à Cannes, le prix d’interprétation, si Almodovar n’a pas la palme. Et l’autre belle, très belle, Leatitia Casta, blonde, en robe noire, et enceinte, sublime à la première page du « Journal du Dimanche », en train de monter les marches hier soir. Mais pour le « Journal du Dimanche », c’est Jacques Audiard pour son film « Un prophète »… qui devrait avoir la palme ! « Le Parisien » qui se mouille et explique ! « Chacun a beau défendre son coup de cœur avec fougue, impossible d’obtenir l’unanimité sur « Les Herbes folles » d’Alain Resnais », « Looking for Eric » de Ken Loach, « Le ruban blanc » de Michel Haneke ou « Inglourious Basterds » de Quentin Tarantino. La seule solution, c’est « Un prophète », qui met tout le monde d’accord. Magistralement mis en scène, brillamment interprété, le film de Jacques Audiard raconte l’éducation criminelle d’un jeune Arabe tombé sous la coupe d’un parrain corse en prison. Un choc ».

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