Des palmes et des sponsors…

Alors, pour qui la Palme d'or ? Pour qui le Prix du Jury ? Pour qui celui de la mise en scène et les prix d'interprétations ? Ce matin, les journaux se perdent en conjectures à quelques heures du palmarès du Festival de Cannes. De l'avis des critiques, aucun film de s'impose et le jury aura donc fort à faire ce matin. Car c'est donc ce matin que ses neuf membres se réunissent autour des frères Cohen, dans un endroit tenu secret, mais protégé par la police, ainsi que le raconte Alain Grasset dans LE PARISIEN. Joël et Ethan Cohen ont demandé une voix chacun. Sachant que pour chaque prix, il s'agit d'un scrutin à la majorité absolue : au moins 5 voix sur 9. Et la tradition veut que ce soit un seau à champagne qui fasse office d'urne... Ensuite, les jurés regagneront leurs hôtels cannois, au début de l'après-midi, et on ne les reverra que vers 18H30, pour la traditionnelle montée des marches du palais...

Des marches sur lesquelles se sont, depuis dix jours, affichés des vedettes et starlettes de tout genre : des people, des sportifs et foultitude de mannequins. On est tenté de dire "comme chaque année, en somme", mais non : pour le JOURNAL DU DIMANCHE, c'est encore pire qu'avant... Bien pire, car désormais, bien davantage que les acteurs et que les réalisateurs, ce sont les marques de luxe qui profitent de Cannes pour faire leur cinéma. Surenchère commerciale et cette question qui porte en elle-même sa réponse : « Le Festival de Cannes a-t-il encore une âme ? »

C'est Danielle Attali qui signe le dossier et le moins qu'on puisse dire, c'est que ma consœur du JDD sort déçue et même effarée de ses deux semaines sur la Croisette. Tout d'abord déçue par une sélection qu'elle ne juge pas au niveau. Ensuite effarée, donc, par l'omniprésence des marques sur le tapis rouge. Les égéries de L'Oréal, celles du bijoutier Chopard et l'arrivée du groupe Kering, l'un des leaders mondiaux du luxe, qui possède notamment Saint-Laurent et Ballanciaga, Gucci, Alexander McQueen... De plus en plus, donc, de mannequins, parce que, de l'avis d'un expert, elles vendent mieux les vêtements et les parures que les actrices. L'escalade des sponsors semble, dès lors, irrésistible. « Mais c'est un beau mariage », tempère un photographe qui fréquente les lieux depuis bientôt trente ans... « Le système hollywoodien s'est exporté, dit-il : les marques vivent grâce à Cannes, et Cannes vit grâce aux marques. » Dont acte, mais de l'avis du JOURNAL DU DIMANCHE, ce beau mariage tient plutôt de la dérive marchande...

Alors, ce soir, on saura donc quels sont les lauréats. Et l'on espère qu'ils oublieront de remercier les couturiers qui les ont habillés... On reparlera cinéma, car ce festival est tout de même la plus grande manifestation de cinéma au monde... Un festival, dont LE PARISIEN nous rappelle qu'il fut créé sur une initiative de Jean Zay, alors ministre des Beaux-Arts et de l'Education Nationale.

Jean Zay, qui compte parmi les quatre grandes figures de la Résistance appelées à entrer dans quelques jours au Panthéon. La cérémonie aura lieu mercredi prochain. Et pendant tout le week-end, François Hollande devait peaufiner son discours. Discours d'hommage, donc, à Jean Zay, Pierre Brossolette, Germaine Tillion, et Geneviève de Gaulle-Anthonioz. D'après le JDD, le président de la République a bénéficié, pour ce faire, du concours de différentes plumes, dont celle de Laurent Joffrin, le patron de LIBERATION, lequel avait déjà été mis à contribution, notamment lors de l'écriture du discours du Bourget. Alors, que dira-t-il ? Selon son entourage, François Hollande devrait montrer « quelles idées de la France ces quatre résistants avaient en commun et quelle leçon ils nous adressent : celle d'un pays ouvert, d'un pays qui permet aux individus de se dépasser »...

Photos de ces quatre panthéonisés à la Une de OUEST FRANCE. Et leurs portraits dans L'OBS... Dessins signés d'un des pionniers du street -art français, Ernest Pignon-Ernest. Ils seront déployés mercredi, en format 4 sur 8 sur la façade du Panthéon, et l'artiste confie qu'ils lui ont « donné beaucoup de peine ». Avant de parvenir au résultat, il a réalisé une quarantaine de versions de chacun des portraits. L'hebdomadaire en profite pour poser cette question : « Qu'est-ce que l'esprit de résistance ? Et cet esprit peut-il nous inspirer aujourd'hui ? » Passionnant entretien avec le sociologue Edgar Morin, qui revient sur son propre engagement contre les nazis... « Aujourd'hui, dit-il, nous sommes condamnés à résister. »

J'en profite pour vous signaler la parution d'un petit livre aux éditions Textuel. Un livre consacré au parcours et, surtout, au courage de ces deux femmes et ces deux hommes qui vont entrer au Panthéon. Il est préfacé par la chercheuse et philosophe Mona Ozouf, laquelle est connue pour avoir soufflé les noms de trois des quatre résistants qui seront célébrés mercredi. Dans le mensuel L'HISTOIRE, elle revient d'ailleurs en longueur sur l'histoire du Panthéon, « un temple à la gloire de l'homme »... Une transformation née suite à la Révolution. C'est parce qu'elle croyait que les hommes sont capables de grandeur, et que l'exemple peut être efficace, que la Révolution a transformé ce qui était une église en temple à la gloire des grands hommes. A lire, donc, dans L'HISTOIRE, dont le dossier principal est toutefois consacré à un autre sujet... Une ville, Bagdad : « Bagdad, depuis les Mille et Une Nuits jusqu'à la cité en guerre »...

Bagdad, dont certains craignent qu'elle tombe un jour aux mains de l'Etat Islamique. Inquiétude, car les djihadistes de l'Etat Islamiques, qu'on pensait affaiblit il y a une dizaine de jours, ont multiplié les conquêtes aux cours de la semaine... Ramadi en Irak, Palmyre en Syrie... Le poste-frontière syrien de Al-Tanaf est lui aussi passé sous leur coupe... « Qui pourra arrêter Daech ? » s'alarme le JDD, tandis que LE PARISIEN constate : « Les combattants de DAECH mettent les Occidentaux en échec »... De fait, les bombardements américains n'ont pas ralenti son avancée, et ses combattants continuent de semer la terreur sur tous les fronts... « L'Etat islamique avance et Obama ne bouge pas », titre de son côté LE MONDE... Aucune remise en question de son engagement limité. Engagement qui, pourtant, montre qu'il n'est pas suffisant, voire qu'il est totalement inefficace...

Hier, des combattants du groupe ont pénétré dans le célèbre musée de Palmyre. Ils ont brisé quelques répliques en plâtre avant de refermer les portes... Pour l'heure, il ne s'en pas encore pris aux ruines romaines de la cité antique... Une cité à laquelle rendait hommage Baudelaire, dans un quatrain des « Fleurs du Mal » :

Mais les bijoux perdus de l'antique Palmyre

Les métaux inconnus, les perles de la mer

Par votre main montés, ne pourraient pas suffire

A ce beau diadème éblouissant et clair

Les bijoux perdus de Palmyre. C'est le poème Bénédiction ...

La palme du sondage le plus flatteur pour Alain Juppé. Sondage ODOXA pour LE PARISIEN... Certes, Nicolas Sarkozy reste le candidat préféré des électeurs de droite, mais en cas de duel à la primaire, Juppé battrait largement Sarkozy : 55% des voix contre 45%. Mais il ne s'agit, bien sûr, que d'un sondage... Nicolas Sarkozy se plait à répéter à ses proches que son challenger aura 71 ans en mai 2017 et qu'il n'en fera qu'une bouchée. Réplique, acide, de Juppé : « Il risque de s'empoisonner »... Ambiance, ambiance...

La palme du fayottage à l'hebdomadaire ELLE, qui consacre, cette semaine, quasiment tout son numéro à l'ancien top-modèle Inès de la Fressange... Son style, ses créations, ses recettes de cuisine... « Son homme doit être fou d'elle », peut-on lire dans le magazine... Son homme s'appelant Denis Olivennes, le patron de Lagardère active, propriétaire de ELLE. On n'est jamais mieux servi que par soi-même...

Enfin, la palme du culot pour ce lycéen de 16 ans, dont le site du JDD nous raconte l'exploit. Il s'appelle Joseph, il est en première scientifique dans un lycée parisien et lundi dernier, il a appelé le Premier ministre pour lui demander son aide pour un exposé que réalisait sa petite amie. Le thème de l'exposé : les jeunes et les partis politiques, domaine où Manuel Valls a sans doute des choses à apporter. L'audacieux lycéen avait eu son numéro de portable par une députée, mère d'un de ses amis... Et il l'avait d’ailleurs déjà contacté il y a an. Manuel Valls lui avait répondu... Mais cette fois, celui-ci n'a pas accepté de l'aider. « Désolé, mais là, je ne peux pas. Si je fais ça, je n'aurais plus le temps de faire mon métier. Envoyez-moi un petit mot par texto, puisque vous avez mon numéro, et je verrai ce que je peux faire ! » Conseil aux lycéens : pour vos prochains exposés, sachez donc que vous pouvez appeler le Premier ministre !

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