Bonjour à tous… C’est le moment ou jamais de sauter sur sa chaise comme un cabri, et de crier « L’Europe, l’Europe, l’Europe », puisque ce week-end, à Berlin, l’Union européenne fête ses cinquante ans ! « Ce fut le rêve de quelques-uns, écrit ce matin Didier Pobel dans Le Dauphiné Libéré et c’est désormais une réalité à 27, qu’il faut à l’heure du doute et de l’indifférence, savoir réinventer. » « Ich bin ein berliner » lançait il y a 40 ans, Kennedy, entre Check-Point Charlie et l’Hôtel de Ville de Schöneberg. Nombre de chefs d’Etat, invités par Angela Merkel aujourd’hui pourront le répéter derrière lui. La presse d’ailleurs ne s’y est pas trompée. Certes, elle accorde encore beaucoup de place aux sondages qui rapprochent Ségolène Royal de Nicolas Sarkozy, mais l’Europe la mobilise davantage. - C’est ainsi que Libération est allée à la rencontre des français, partisans du Non, au référendum de mai 2005, afin de savoir où diable, ils étaient passés, deux années après. - De la même façon, Le Figaro, sous la plume d’Alexandre Adler, entreprend de distinguer les bons élèves, de la classe européenne, des très moyens et des franchement nuls ! - Bons élèves : les Belges, les Portugais, les Irlandais, les Grecs. Tous en progrès. Dans la catégorie disciplinés, mais ne voulant rien faire que consolider les acquis, selon Adler, les Scandinaves et l’Angleterre. - Catégorie mauvais coucheurs et quasiment cancres de la classe européenne, la Pologne ubuesque des frères Kaczynski, associée à la République tchèque de Vaclav Klaus. Et enfin, rejoignant la cohorte des eurosceptiques : les Pays-Bas, l’Autriche, et plus discrètement l’Italie. Ceux-là, selon Alexandre Adler n’ont plus guère d’ambition européenne solide ! … Restent donc, comme à l’accoutumée, conclut mon confrère du Figaro, la France et l’Allemagne. Comme d’habitude, puisque à chaque grande période de l’Histoire européenne, un attelage commun s’est fondé, sur les relations intimes des dirigeants franco-allemands. De Gaulle-Adenauer. Giscard-Schmidt. Mitterrand-Kohl. Chirac-Schröder… On attend la suite évidemment, sachant que l’Allemagne d’Angela Merkel a le sentiment d’avoir dû faire face, toute seule, aux dures années de sa réunification. Que l’Angleterre se sent très à l’aise aujourd’hui pour combattre l’idéologie fédéraliste européenne, et que la France, attend de connaître son prochain Président. Toutes choses qui n’empêchent pas le chroniqueur du Figaro, de relever qu’à cinquante ans, même si ce n’est pas le plus bel âge de la vie… l’Europe a belle allure, et porte beau ! Ce que relèvent aussi Elie Barnavi dans La Croix, et François Regis Hutin dans « Ouest-France ». « Rendez-vous compte, écrit le premier, l’Europe est un Empire sans empereur… Où les vaincus de la dernière guerre, sont devenus partenaires des vainqueurs, et vivent en paix ! » « L’Europe, c’est la paix du continent, et un modèle pour la paix du monde, renchérit François Régis Hutin dans Ouest-France. » Et ça marche, mieux qu’on le dit, mieux qu’on le croit, en cette période de désarroi, comme le souligne Alexandre Adler, que je veux citer encore, page 19 du Figaro. « L’Euroland fonctionne avec une monnaie stable et respectée qui sert à trois cents millions d’Européens avec tout autour, un second cercle de deux cent cinquante millions de consommateurs et de producteurs qui soutiennent le rayonnement de ce premier noyau. Le centre financier de Londres est le plus puissant de la terre, en passe de gagner la longue bataille concurrentielle qui l’oppose à New York. L’industrie aéronautique européenne, malgré les difficultés attristantes d’Airbus et d’EADS, continue de faire jeu égal avec celle des Etats-Unis, et les carnets de commandes demeurent pleins. L’espérance de vie de ce continent en passe d’unification est la plus élevée de la terre, après celle du Japon, et les taux de croissance relativement inégaux, poursuit Adler, font tout de même place à de très grands succès, tels celui de l’Irlande, qui a dépassé, cette année, la France en Produit Intérieur Brut par habitant ; l’Espagne, dont le rattrapage par rapport au reste de l’Europe induit et prolonge une véritable euphorie ; l’extraordinaire Finlande de Nokia, dont la réussite fait un peu oublier le fort taux de chômage du pays, et, à bonne distance, la remise en marche incontestable de toute l’Europe centrale, qui connaît plutôt les premières difficultés à caractère redistributif d’une croissance retrouvée que le marasme de pays effondrés qu’ils ne sont plus du tout. » Gérard Dupuy dans Libération salue lui aussi, le chemin parcouru, en cinquante ans, par les Européens… Même si, écrit-il, ce fut souvent à tâtons. Et s’il n’y a jamais eu d’âge d’or de la construction de l’Union. Mais l’éditorialiste de noter que la mauvaise humeur des électeurs du Non Français de 2005, est retombée. La preuve selon lui, trois français sur 4, aujourd’hui sympathisent avec les candidats-présidents, tous ou presque partisans du oui. Où sont passés les nonistes… titre même Libé, du ton qu’employait Jean Constantin quand il chantait « Où sont passées mes pantoufles ? » Mais après avoir remarqué que le non des français et des Néerlandais, n’avait pas été inoffensif puisque depuis 2 ans, l’Europe expédie les affaires courantes, Gérard Dupuy conclut… « L’Europe peut se passer de Constitution mais elle ne peut pas se livrer à la seule force de l’inertie. C’est pourquoi elle doit en finir le plus vite possible avec la règle de l’unanimité, qui donne un pouvoir disproportionné à chacun de ses membres si minoritaire soit-il. Et Dupuy d’attendre un coup de pouce et une Europe relancée. Quoiqu’il en soit : « L’Europe est notre avenir commun », se rassure Dominique Vales dans La Montagne. Vales, selon lequel, le Non des Français, au referendum de 2005, n’était pas un Non à l’Europe. Mais un coup de froid. Il neige en Lorraine, ce matin, mais Pierre Taribo de l’Est Républicain a le cœur chaud… L’Europe, écrit-il, c’est un miracle… que l’on doit à ses pères fondateurs. Reste à savoir, qui peut relancer aujourd’hui, l’usine à gaz, qu’elle est devenue ? Nicolas Sarkozy, écrit-il, n’est pas très ardent avec son projet de minitraité européen. François Bayrou est incontestablement européen, mais il veut écrire un traité tout seul. Quant à Ségolène Royal est embarrassée par l’attelage électoral qu’elle conduit. Un attelage dans lequel se côtoient le vieux grognard souverainiste Jean-Pierre Chevènement et Jacques Delors européen convaincu, qui ne voient pas l’Union avec les mêmes yeux. Jusqu’à présent, conclut Taribo, les trois candidats n’ont pas beaucoup peu parlé de l’Europe. Que vont-ils faire devant ce projet en panne ? Leurs réponses nous intéressent. Car l’Europe bâtie il y a cinquante ans, est à relancer, peut-être à refonder. Dans les Dernière Nouvelles d’Alsace, Jean-Claude Kiefer écrit lui aussi que « fêter le passé ne suffit pas. » D’ailleurs, ajoute-t-il… en 57, le moment historique de la signature du premier traité à Rome… (un traité que Moscou et le Parti Communiste ont voulu torpiller), n’a pas été compris sur le moment ! Maurice Faure, seul survivant parmi les signataires, explique aujourd’hui à La Croix, qu’il est heureux de l’existence de l’euro… et qu’en cinquante ans l’Europe n’a pas si mal évolué que ça. Ensemble c’est tout, conclut Marie-Louise Roubaud dans la Dépêche du Midi, qui écrit : les Européens rêvent d’une autre Europe, les Français d’une autre France et les citadins d’une autre ville qui ne serait pas « un désert d’hommes, un désert des Tartares, rien de nouveau en somme, sous le soleil des civilisations qui se savent mortelles depuis Valéry. »

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