Que trouve-t-on ce matin dans les journaux ?

Deux hommes surtout : Jean-Luc Delarue et Lance Armstrong.

Ils se partagent d’ailleurs la première page de Libération . Deux photos, deux visages, deux profils. L’un est dur, fermé, les lèvres pincées. C’est Armstrong. « Lance brisé » - lance brisée, jeu de mot - titre Libération : on reviendra tout à l’heure sur la chute du coureur cycliste, sur le point de voir tout son palmarès effacé.

Et puis il y a Jean-Luc Delarue. Le cliché est beaucoup plus avenant. Les traits sont reposés. L’animateur de télévision semble apaisé, presque délivré. Un sourire flotte sur ses lèves, au-dessus de ce titre « Delarue s’éteint ». Pourtant, pas beaucoup de tendresse dans le papier que Libé consacre ce matin à sa mort. Le journal rappelle tous les surnoms dont avait pu être affublé celui qui vient de mourir à 48 ans d’un cancer : « l’enfant gâté, le gendre idéal, l’homme à l’oreillette, le mannequin glacé avec un teint de soleil, le voleur de patates, l’animateur-producteur riche à en crever, le mordeur de steward, l’assommeur d’hôtesse, le toxico, le malade ». Libération ne comprend pas pourquoi le patron de France 2 Jean Réveillon parle de Delarue comme d’un « passeur d’émotions ». Pour le journal, il n’était qu’un « dealeur de pleurnicheries ». C’est sûr, on ne pourra pas reprocher à Libération de verser dans l’hagiographie, d’embellir le portrait de l’animateur sous prétexte qu’il n’est plus.

Pas plus qu’au Dauphiné Libéré qui en parle comme d’un « enfant terrible de la télé ».

Et j’ai pensé au roman de Boris Vian, « J’irai cracher sur vos tombes », en lisant ce matin l’hommage posthume de Sud-Ouest à Delarue : « Il fut le premier à industrialiser le voyeurisme et à capter à son profit la pluie des sources lacrymales dévoilant les douleurs les plus intimes de centaines de témoins candidats à la célébrité ». Je cite toujours : avant lui « aucun n’avait osé servir en pâture à un public avide de frissons autant de confidences ou de drames touchant à l’amour, la jalousie, à la haine, aux secrets, fussent-ils les plus crus ».

Tous les journaux sont-ils aussi sévères quand ils évoquent la mémoire de l’animateur ?

Non, en fait, les journaux, comme vous qui nous écoutez peut-être aussi, sont très partagés sur Jean-Luc Delarue. Ouest-France préfère se rappeler de celui qui « invitait les gens à se raconter ». La Provence de l’homme qui « a ouvert la télé aux anonymes ». La Provence qui explique : « sa part d’ombre ne doit pas faire oublier qu’il a mis dans la lumière des milliers de Français alors que le débat public n’était pas à la mode à la télévision ». Grâce à lui, « des Français de toute condition ont pu témoigner de maladies orphelines, d’amour, de travail, de dépression, des joies et des drames du quotidien, quand les experts régnaient sur les plateaux télé jusqu’alors ». Certes « on peut parler d’empathie surjouée – écrit le journal - mais qu’importe la mise en scène quand la cause est juste. Avec lui, c’est une part de nous qui s’en va ».

La presse partagée sur Jean-Luc Delarue, et Lance Armstrong, quel traitement lui est réservé ?

Pour Armstrong, vos journaux sont bien moins divisés. Si L’Equipe se fend d’un très sobre « La fin », on sent ce matin comme un soulagement après la décision du coureur américain de renoncer à contester les preuves accumulés contre lui par l’agence américaine antidopage. La Provence résume assez bien le sentiment général en écrivant : « il fallait que ça cesse ». « Les sales tours de Lance Armstrong » dit encore La Nouvelle République . A propos de ces sept Tours de France remportés par le cycliste, Le Parisien se demande ce qu’on va bien pouvoir faire de ces titres.

Le site d’information Slate a d’ailleurs tenté de reconstituer les vrais podiums de ces sept grandes boucles si on enlève Armstrong mais aussi tous les coureurs un jour convaincus de dopage. Et l’exercice se révèle bien difficile tant il faut plonger dans les profondeurs du classement pour trouver un coureur propre !

Ou qui ne s’est pas encore fait prendre, semble penser Le Monde ! L’affaire Armstrong, « c’est une nouvelle démonstration que ce sport est empoisonné par le dopage », dit le journal. Et ce au risque de la santé des coureurs : Le Monde s’est penché sur l’espérance de vie des vainqueurs du Tour de France. C’est édifiant. Avant 1947, elle était largement supérieure à celle des Français : 74 ans contre 60 ans. Mais depuis c’est l’inverse : 60 ans au lieu de 77 ans ».

D’un autre cycliste, amateur celui-là, il est question ce matin dans vos journaux : l’ancien président Nicolas Sarkozy, qui, vous le savez entretient le doute sur son avenir. Après sa défaite, on avait cru comprendre qu’il se retirait de la politique. Mais ses amis n’en sont pas persuadés. Ses amis qui sont réunis en ce moment à Nice. « Les amis de Nicolas Sarkozy », c’est le nom de cette association qui vient de se créer : plusieurs milliers de personnes sont attendues ce matin pour son premier rassemblement.

Une association qui amuse beaucoup le site d’information « Le Huffington Post », qui s’est promené sur son site internet, et sourit des citations mises en exergue. Citations des grands de ce monde à propos de l’ancien président. Exemple : « Nicolas Sarkozy ressemble davantage à une force de la nature qu’à un dirigeant conventionnel » : c’est signé Tony Blair. On peut aussi lire Ingrid Betancourt : « Je regarde cet homme extraordinaire qui a tant lutté pour moi, et je regarde aussi à travers lui toute la France. Ou encore Angela Merkel : « Je soutiens Nicolas Sarkozy sur tous les plans ». Le Huffington Post constate que de nombreux internautes ont détourné ce très laudatif mur de citations, en en inventant d’autres :

« Pou créer l’homme, je me suis inspiré de Nicolas Sarkozy » : c’est signé Dieu. « Quand j’ai aperçu Sarkozy, je me suis démonté tout seul », signé Le Mur de Berlin. « Je vous ai compris. Mais pas autant que Nicolas Sarkozy », signé De Gaulle. Ou encore - c’est mon préféré - « Nicolas Sarkozy a retrouvé mon chat », signé La Mère Michèle.

Avant de se quitter, sachez que demain, je vous donnerai les clés du bonheur. Que j’ai déniché dans un article de L’Express , où il nous est notamment expliqué qu’« il y a, dans le simple fait d’exister, dans la pulsion de vie, une légèreté, un plaisir d’être. Et que cette jouissance se cultive ».

© Samuel Etienne

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